Houasse, un artiste rare

Le 13 octobre 2020, par Carole Blumenfeld
Matthieu Lett, René-Antoine Houasse. Peindre pour Louis XIV, Arthena, 304 pages, 99 €.

Élève de Charles Le Brun, directeur de l’Académie de France à Rome, René-Antoine Houasse (vers 1645-1710) fut tout à la fois injustement oublié et un talent demeuré extrêmement visible, un paradoxe. Contrairement à celle de nombre de ses pairs ayant fait leurs classes chez le Premier peintre du Roi, son œuvre – ou du moins ce qui en est conservé – figure en majesté à Versailles, au plafond du salon de l’Abondance ou à Trianon, où il est celui qui obtint le plus grand nombre de commandes. Mais le propre des décors louis-quatorziens n’est-il pas justement d’en oublier l’auteur pour ne faire rayonner que la gloire de la France ? Cette étude, essentielle pour la compréhension des chantiers royaux et des mécanismes de réussite au sein de l’administration artistique, permet de mieux comprendre d’ailleurs comment certains artistes ont laissé aussi peu d’œuvres de chevalet pour les particuliers. Ce qui explique, comme le souligne Christian Michel dans la préface, que «Houasse n’est ni un peintre pour collectionneurs ni un peintre de musées.» Il est, au fond, un artiste rare. On peut le regretter en parcourant cet ouvrage richement illustré, comme toujours, tant il est surprenant de découvrir la suavité des coloris de Morphée s’éveillant à l’approche d’Iris, qui aurait pu voir le jour un siècle plus tard, ou la poésie de Mercure jouant de la flûte pour endormir le berger Argus. Matthieu Lett met en lumière la portée littéraire de ses sujets et la difficulté d’en identifier parfois les sources, tant l’artiste souhaitait s’illustrer par l’originalité de son iconographie. Voilà donc une jolie pierre de plus à l’édifice de l’association Arthena, qui renouvelle depuis trente ans la connaissance de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle tant dans le domaine de la peinture que de la sculpture. L’ouvrage fort attendu de Frédérique Lanoë sur les Champaigne devrait d’ailleurs paraître dans deux ans, mais François-Alexandre Verdier, Jean Bérain et Louis Testelin, pas plus que Bon et Louis de Boullogne, Charles Le Brun lui-même ni son concurrent Pierre Mignard, n’ont encore eu cette chance…
 

Tout Guiaud Toute première monographie consacrée au peintre et aquarelliste recruté par le baron Taylor pour ses fameux Voyages pittoresqu
Tout Guiaud
Toute première monographie consacrée au peintre et aquarelliste recruté par le baron Taylor pour ses fameux Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, recensant des centaines d’huiles et œuvres sur papier, cet ouvrage fait office de véritable catalogue raisonné. Il rappelle également combien le rôle des sociétés savantes et d’amis est primordial pour la connaissance et l’histoire de l’art.
Collectif,
Jacques Guiaud, paysagiste, peintre d’histoire, aquarelliste du pays niçois 1810-1876, éd. de l’Acadèmia Nissarda, 432 pages, 637 illustrations, 58 €.

Aimer la peinture Conservateur général du patrimoine, l’auteur a voulu partager avec le lecteur son expérience d’enseignant à Paris, à Rei
Aimer la peinture
Conservateur général du patrimoine, l’auteur a voulu partager avec le lecteur son expérience d’enseignant à Paris, à Reims et à Troyes. Très didactique, ce petit ouvrage propose une exploration de la peinture et de son iconographie par une approche «directe, physique et sensible des œuvres.» Il invite aussi à découvrir et redécouvrir les collections des musées de la région Grand Est.
Patrick Le Chanu,
Pour l’amour de la peinture, éd. Noires Terres, 144 pages, 22 €.
Un album de Goya Riche de cent vingt-six dessins décrivant la société espagnole à travers le prisme de la pauvreté engendrée par la guerre
Un album de Goya
Riche de cent vingt-six dessins décrivant la société espagnole à travers le prisme de la pauvreté engendrée par la guerre d’indépendance et la répression qui suivit, cet album composé par Francisco de Goya entre 1808 et 1814 est le seul qui nous soit parvenu pratiquement intact. Intégralement reproduit dans cet ouvrage et accompagné d’un court essai de José Manuel Matilla Rodríguez, il nous immerge dans l’étrange atmosphère, carcérale ou monastique, d’un monde nocturne.
Francisco de Goya,
Cuaderno C, éd. Skira Paris/Museo del Prado, 288 pages, 130 illustrations, 39 €.
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