facebook
Gazette Drouot logo print

Henri Martin, un postimpressionniste sur la lagune vénitienne

Le 04 novembre 2021, par Philippe Dufour

Moins nombreuses que ses poétiques visions de la Garonne et des paysages du Lot, les vues de Venise se reflétant dans ses canaux, constituent un autre corpus d’Henri Martin, prétexte à des recherches audacieuses.

Henri Martin, un postimpressionniste sur la lagune vénitienne
Henri Martin (1860-1943), Venise, la Salute, vers 1915, huile sur carton signée, 43 51 cm (détail).
Estimation : 40 000/60 000 

Dominant de sa haute silhouette blanche le Grand Canal, la basilique Santa Maria della Salute a été édifiée entre 1631 et 1681 par l’architecte baroque Baldassare Longhena. Depuis, son dôme caractéristique posé sur une structure octogonale – imaginé pour évoquer une couronne offerte à Marie – participe de la magie opérée par Venise, en particulier sur les peintres venus de l’Europe entière… De Francesco Guardi à Claude Monet en passant par William Turner, les artistes ont décliné les contours majestueux de l’édifice sous tous les éclairages et par tous les temps. À l’instar de ses compatriotes de la seconde moitié du XIXe siècle, les Eugène Boudin, Auguste Renoir ou Félix Ziem, Henri Martin n’a pas dérogé à la règle, comme en atteste cette vue de Venise, la Salute… C’est en 1885 que le jeune élève de Jean-Paul Laurens découvre la cité des Doges, alors qu’il vient de décrocher une bourse de voyage en Italie pour y étudier les maîtres anciens, et surtout les Primitifs et Giotto. Parmi les perles de la péninsule, Venise lui fait la plus forte impression, ainsi qu’il le note dans ses carnets : «De toutes les villes que j’ai visitées au cours de mon voyage, Venise est de loin celle qui m’a le plus charmé […]. Que de coins à peindre ici ! je ne m’attendais pas à un tel travail, sinon j’aurais quitté Rome et Florence plus tôt […]. Je reviendrai dès que je pourrai !» Côté technique, le séjour dans le pays – au cours duquel il fait aussi une rencontre capitale, celle de Giovanni Segantini – l’a également questionné sur sa facture : à son retour, il adoptera un système divisionniste de touches courtes et juxtaposées, à la manière de Georges Seurat et de Paul Signac.
Variations autour de l’eau et la lumière
Dans sa maturité, Henri Martin séjourne souvent à Venise, tout particulièrement à la fin de la décennie 1900 ; il en tire matière à des œuvres qui sont très remarquées par la critique lors de l’importante exposition que la galerie Georges Petit lui consacre, en 1910. À cette occasion, le journaliste Achille Segard déclare que «les motifs vénitiens de l’artiste éveillent en lui le même lyrisme instinctif que ceux de sa région»… Cependant, Martin n’est pas tant fasciné par la magnificence, voire la nostalgie, qui se dégage des merveilleux palais et églises de la cité que par ses atmosphères mouillées, où les formes naissent puis se dissolvent au gré des heures et des reflets. L’eau, on le sait, est un élément important dans l’œuvre de l’artiste méridional ; elle peut prendre des aspects très divers, au gré du cours imposant de la Garonne à Toulouse, des transparences de la rivière du Vert à Marquayrol et, bien sûr, du bleu profond de la Méditerranée à Collioure. À Venise – et notamment dans cette Vue de la Salute, qui bénéficie désormais d’une inclusion au catalogue raisonné par la spécialiste du maître, Marie-Anne Destrebecq-Martin –, elle devient le prétexte à une recherche plastique d’une rare liberté . L'artiste, d’ordinaire plus mesuré, juxtapose ici taches et virgules nerveuses sur toute la surface du tableau… Une composition vibrante ?

jeudi 11 novembre 2021 - 14:00 - Live
8-10, rue Miséricorde - 44000 Nantes
Ivoire - Couton - Veyrac - Jamault
Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne