Galeries, une rentrée pas comme les autres

Le 02 septembre 2021, par Annick Colonna-Césari

Certains parlent du renouveau parisien. Car entre le retour des foires physiques, l’installation de nouvelles galeries et la reprise des expositions, l’actualité de la rentrée s’annonce chargée, comme si la crise sanitaire était désormais achevée. Quelques ombres néanmoins subsistent.

Lili Reynaud-Dewar, Untitled (Autumn 2019), 2020, aluminium, 140 x 50 x 72 cm. Proposé à la FIAC par la galerie Lair.

Avec la réouverture des musées et galeries, dès le 19 mai 2021, l’enthousiasme est revenu. Alors que la crise sanitaire paraissait maîtrisée, Paris, telle la Belle au bois dormant, se réveillait, libérée du sort maléfique lancé par la sorcière Covid. Les actualités se sont alors bousculées, de la rénovation de la Bourse de Commerce, qui abrite désormais la collection de François Pinault, à l’emménagement de la fondation Pernod Ricard dans un immeuble flambant neuf. Dans la foulée, on redécouvrait le sublime hôtel de la Marine restauré ainsi que les nouveaux atours du musée de la Chasse et de la Nature et du musée Carnavalet. En cette rentrée, l’offre artistique s’annonce tout aussi riche, de l’exposition de la collection des frères Morozov, organisée par la fondation Louis Vuitton, à celle que le musée Jacquemart-André consacre à Botticelli, en passant par l’empaquetage de l’Arc de triomphe, imaginé par Christo peu avant sa disparition. À ces événements s’ajoute le retour des salons «en «physique», qui se dérouleront dans le respect des consignes sanitaires. Art Paris, décalé d’avril à septembre, lance la saison, suivi par la FIAC, dont la 47e édition aura lieu en octobre, comme à l’accoutumée, trois semaines avant Paris Photo. Ces manifestations susciteront sans doute d’autant plus de curiosité, que, délogées du Grand Palais, pour cause de travaux, elles seront hébergées jusqu’à la fin du chantier en 2024, à l’intérieur d’un spectaculaire bâtiment posé sur le Champ-de-Mars, le «Grand Palais Éphémère», qu’a conçu l’architecte Jean-Michel Wilmotte. Parallèlement à la Fiac devraient se tenir les habituels salons off, d’Asia Now à Galeristes. Enfin, cerise sur le gâteau : cet automne se caractérise par l’ouverture ou le redéploiement de plusieurs galeries, françaises et étrangères.
Paris reste une capitale dynamique
«C’est la bonne nouvelle, la crise sanitaire n’a pas freiné le dynamisme de la capitale, que le Brexit a de toute évidence favorisé», analyse Marion Papillon, présidente du Comité professionnel des galeries d’art (CPGA), avouant simultanément ne plus être aussi sereine depuis que, cet été, le variant Delta a joué les prolongations. Une chose est sûre, en tout cas : ces dernières années, Paris a reconquis son rang de grande capitale internationale, comme en ont témoigné les implantations de puissants marchands, tels le britannique David Zwirner, la galerie américaine Lévy Gorvy ou encore l’italienne Continua, tous trois ayant choisi de s’établir dans le Marais, là où le français Olivier Waltman ancre son nouvel espace, à partir de septembre, tout en conservant celui de Saint-Germain-des-Prés. Cette rentrée semble néanmoins redéfinir la géographie des galeries parisiennes. C’est vers le triangle d’or du 8
e arrondissement, un temps assoupi, que se tournent de plus en plus les regards. Probablement l’Américain Larry Gagosian a-t-il contribué à sa renaissance lorsqu’en 2010 il s’était implanté dans le quartier, juste à côté de Christie’s. Aujourd’hui, la très chic avenue Matignon est redevenue tendance, attirant, dans le sillage des palaces et prestigieuses maisons de ventes, les enseignes de renom : Lelong, Kamel Mennour ou encore, début 2021, Almine Rech, sans oublier les poids lourds internationaux à l’instar de la britannique White Cube qui, en 2020, a ouvert en étage un bureau de 200 mètres carrés. Et le mouvement s’intensifie. Emmanuel Perrotin, qui s’était récemment offert ici même 70 mètres carrés, investit en septembre un hôtel particulier pour y développer des activités de second marché. Nathalie Obadia, a, pour sa part, récupéré 420 mètres carrés d’une succursale de la banque Barclays, à l’angle de la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Non loin, au numéro 18 de l’avenue Matignon, va se fixer la Franco-Somalienne Mariane Ibrahim, pour donner voix aux artistes issus de minorités, en particulier ceux de la diaspora africaine. Enfin, au numéro 2, s’installera en octobre, la galerie Skarstedt, localisée à New York et à Londres. «Nous avons des collectionneurs à Paris, qui est également en temps normal une destination prisée de nos clients, explique Maria Cifuentes, sa directrice. Et je suis sûre qu’avec les artistes que nous représentons, comme Martin Kippenberger ou Barbara Kruger, nous pourrons apporter notre propre pierre au paysage de la capitale française.»
Quelques ombres au tableau
«J’espère que nous pourrons tous profiter de cette effervescence», avance Isabelle Alfonsi, directrice de la galerie Marcelle Alix. Certes, les fermetures annoncées de galeries pour cause de crise sanitaire ne se sont pas produites. Quelques-unes ont même bien tiré leur épingle du jeu, en multipliant notamment les actions ciblées auprès de leurs collectionneurs. En revanche, d’autres, généralement les plus prospectives, n’ont pu résister que grâce aux aides de l’État, qui, elles, vont s’arrêter, et au soutien exceptionnel qu’ont apporté des institutions comme le Centre Pompidou ou le Centre national des arts plastiques (CNAP) en leur achetant des œuvres. «En fait, nous ignorons comment se passera cette rentrée», avoue Marion Papillon. «Après le premier confinement, alors que les musées étaient fermés, nous avons connu un regain de fréquentation, témoigne Dominique Fiat, mais à partir de mai 2021, les Parisiens se sont faits rares.» Soit parce qu’ils s’étaient réfugiés dans leur résidence secondaire, soit qu’ils télétravaillaient loin de la capitale, au moment même où les touristes étaient absents. Un autre sujet inquiète nombre de marchands : il s’agit du projet de «zone à trafic limité» initié par la mairie de Paris, visant à restreindre la circulation automobile dans le centre de la cité. «Tout le monde ne peut pas se déplacer en vélo ou en métro», tempête Georges-Philippe Vallois, estimant que cette annonce explique en partie la ruée vers le 8
e arrondissement.
Monde d’avant ou monde d’après ?
Dans l’immédiat, le public d’Art Paris et de la FIAC sera sans aucun doute heureux de pouvoir contempler des œuvres autrement que par écran interposé. Les marchands eux, sont ravis, même si les visiteurs seront essentiellement hexagonaux. «Cette crise nous a fait comprendre que nous formons avec les foires des couples indissociables, si nous voulons continuer à développer le panel de nos collectionneurs», poursuit Georges-Philippe Vallois. Elle a également incité les foires à adapter leur politique, au moins provisoirement. Même si toutes n’ont pas fait ce choix : «Nous ne pouvons pas diminuer les tarifs dans un secteur aussi sinistré que l’événementiel», déplore Jennifer Flay, directrice de la FIAC. Au contraire, Art Basel a décidé d’accorder un discount de 10 % par mètre carré de stand aux exposants, et, en cas d’annulation pour cause de Covid, de rembourser l’intégralité des sommes versées par les participants. Des principes qu’appliquera de la même façon Stéphane Corréard au salon Galeristes, dont il est le fondateur. Alors qu’Art Paris s’est vu condamné à rembourser les acomptes de l’édition 2020, ainsi que les frais d’avocats avancés par la dizaine de marchands qui avaient porté l’affaire devant la justice. Pour le reste, on peut penser que l’expansion effrénée des grands-messes mondialisées a été stoppée. «Seules demeureront les plus globales comme Art Basel ou la FIAC, estime Nathalie Obadia, ainsi que les foires de niche, spécialisées comme 1-54, le salon d’art contemporain africain, ou plus régionales à l’image des foires de Genève et de Monaco.» Vœu pieux ? Pour certains, l’agenda de la rentrée est déjà bien rempli. En septembre-octobre, les galeries Almine Rech, Lelong, Daniel Templon, Nathalie Obadia et autres Thaddeus Ropac, Larry Gagosian et David Zwirner cumuleront chacune trois ou quatre foires, car parallèlement à Art Paris et à la FIAC se tiennent Art Basel et Frieze London. Comme si le monde d’avant refaisait surface.

à voir
Art Paris, du 9 au 12 septembre, www.artparis.com
FIAC, du 21 au 24 octobre, www.fiac.com
Paris Photo, du 11 au 14 novembre, www.parisphoto.com
Grand Palais éphémère, plateau Joffre, Paris VIIe
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