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Galeries d’art, des acteurs en pleine évolution

Publié le , par Silke Rochelois

Le moment semble propice pour certaines galeries. Bénéficiant d’une nouvelle croissance, elles révisent leur modèle économique et diversifient leurs activités.

Galerie Tornabuoni Art Paris. Galeries d’art, des acteurs en pleine évolution
Galerie Tornabuoni Art Paris.

Les galeries d’art contemporain ont tout lieu de se réjouir. Elles bénéficient depuis 2016 d’un nouvel élan de croissance. Encore faut-il mesurer la portée réelle de ce gain en activité et à qui il profite… S’adresse-t-il aux galeries toutes catégories confondues ? Certaines ne souffrent-elles pas de taux de rentabilité encore bas et d’importants besoins en investissements ? Afin de les rendre plus profitables, leur modèle fait aujourd’hui l’objet de nombreuses tentatives d’amélioration.
Augmentation des ventes privées
Le marché de l’art se déplace vers les ventes privées effectuées par les marchands et galeries d’art au détriment du modèle des ventes aux enchères publiques. En effet, selon les rapports Tefaf et Art Basel/UBS (2017), les revenus des marchands d’art auraient augmenté alors que ceux des ventes aux enchères publiques auraient significativement baissé. La principale raison de cette hausse d’activité chez les marchands et galeries tient à la volonté des collectionneurs de maintenir un certain degré de confidentialité dans le cadre de leurs transactions. Ce besoin d’anonymat étant plus difficile à maintenir lors d’une vente aux enchères publique.
Un secteur peu homogène
Il y a donc tout lieu d’être plus optimiste quant au devenir des galeries. Mais il est difficile de parler d’un seul et même univers. Tout d’abord, le monde des galeries fait l’objet d’une grande diversité géographique, avec toutefois une majorité d’entre elles implantées aux État-Unis et en Europe. De même, les galeries sont généralement spécialisées, voire ultraspécialisées, dans des périodes ou des styles variés. Avec une particularité : aujourd’hui, un grand nombre d’entre elles concentrent leur activité dans le secteur de l’art contemporain. En outre, cette profession présente a minima trois segments : les galeries émergentes, celles de taille moyenne et les «méga-galeries». Il existe donc une véritable segmentation en fonction du chiffre d’affaires. Selon le rapport Art Basel/UBS, pour les galeries de plus petite taille, soit celles réalisant un chiffre d’affaires de moins de 1 M$, les ventes sont en déclin. À l’autre extrême, les galeries dépassant les 50 M$ connaissent une augmentation significative de leurs ventes. Au centre du spectre, les galeries de taille moyenne ont un chiffre d’affaires très variable. Les réels bénéficiaires de l’augmentation des ventes sont donc concentrés vers le haut du marché, soit entre les mains de quelques marchands appartenant principalement aux méga-galeries (comme Larry Gagosian ou David Zwirner). Le phénomène n’est pas nouveau. Mais l’inégalité ne fait que s’accentuer. Les méga-galeries procèdent en récupérant les artistes à succès, pendant que le reste de la profession peine à survivre. Ce processus remet tout particulièrement en question l’existence même des plus petites galeries, qui ont découvert ces artistes et qui les perdent dès que ces derniers accèdent à la notoriété.
Un modèle qui tente de s’améliorer
En tant qu’entreprises commerciales, les galeries doivent atteindre un niveau de rentabilité suffisant afin de maintenir voire de développer leur activité. Or, pour la plupart, cette rentabilité s’avère encore aujourd’hui peu satisfaisante. De ce fait, leur modèle est largement remis en question, incitant les galeries à y apporter des modifications dans le but de devenir plus compétitives. Parmi ces améliorations, on peut citer la volonté d’explorer de nouvelles sources de revenus et des structures organisationnelles plus adaptées. Mais aussi celle d’étendre sa présence dans le monde par le biais de circuits de distribution évolutifs. Certaines des difficultés majeures posées par ce modèle tant critiqué restent toutefois d’actualité. Il en est ainsi des investissements significatifs à effectuer avec peu de modes de financement accessibles.
Diversification et nouvelles sources de revenus
Certaines galeries offrent à leurs clients un éventail de services complémentaires afin d’accéder à de nouvelles sources de revenus. Il peut s’agir de services d’expertise tels que ceux d’authentification, de restauration, ou encore de publication. D’autres galeries optent quant à elles pour une activité plus diversifiée. Ainsi, au lieu d’intervenir uniquement sur le premier marché (celui de la première vente d’une œuvre), des galeries telles que Thaddaeus Ropac opèrent également, et de plus en plus sur le second marché (celui de la revente d’une œuvre). D’autres encore, toutefois plus rares, comme Eigen + Art à Berlin, adoptent une organisation à trois structures permettant de mieux capturer l’œuvre et la carrière d’un artiste. Cette dernière se décomposant en trois phases : période d’émergence, de maturation et phase finale (avec succès commercial). Un espace différent est dédié par la galerie à chacune de ces étapes, ce qui lui permet de travailler aussi bien sur le premier marché (maturation) que sur le second marché (étape finale) mais aussi pendant la période où l’artiste n’est qu’en devenir (émergent). Ces structurations permettent d’accéder à des revenus plus diversifiés et à une rentabilité plus durable tout en offrant plus de flexibilité à la galerie.
Du développement à l’international
Les ventes s’effectuent par le biais de trois circuits différents : celui, traditionnel, des ventes en galerie (encore plus de la moitié des transactions), les ventes lors de foires (à fort développement depuis une dizaine d’années) et les ventes par Internet (encore minoritaires mais avec un potentiel de croissance). Ces différents circuits de distribution permettent aux galeries d’améliorer leur modèle en s’offrant une présence réellement mondiale via la participation à des foires d’art internationales, en collaborant avec d’autres galeries à l’étranger (partage d’espaces), ou encore en ouvrant une galerie dans un autre pays (telle la galerie Emmanuel Perrotin à Séoul). L’accès à de nouveaux marchés peut également se faire par Internet. En effet, la majeure partie des ventes d’œuvres d’art sur le Web se déroulent par le biais de sites affiliés à une galerie. Cette ouverture sur l’international donne non seulement accès à une palette de clients et d’artistes plus large, mais elle développe également la marque de la galerie et offre une meilleure compréhension des tendances du marché.
Des investissements significatifs
Parmi les difficultés majeures auxquelles les galeries doivent encore faire face, on compte l’importance des investissements à effectuer (immobilier en centre-ville, participation aux foires, salaires, production d’expositions, transport des œuvres et assurances). De surcroît, l’accès au crédit reste particulièrement difficile. Cela constitue un obstacle majeur, surtout pour les galeries qui débutent et souhaitent se développer. Celles déjà bien établies ont de ce fait un avantage certain comparées aux autres. Ces difficultés mises à part, le marché des ventes privées se portant mieux, le moment semble tout particulièrement opportun pour la profession de maintenir le cap dans le sens des améliorations déjà mises en œuvre.
En effet, les galeries ne survivront et ne s’épanouiront que si elles évoluent avec la demande de leur clientèle, ce qui implique de trouver un nécessaire équilibre entre leur rôle culturel et leur fonction commerciale.



Silke Rochelois est avocat aux barreaux de Paris et de new York.
Les propos publiés dans cette page n’engagent que leur auteur.

À SAVOIR
Aujourd’hui, nombre de galeries agissent principalement en tant qu’agents à la transaction (avec une commission) ou en vendant des œuvres déposées en consignation. La prise de risque est ainsi moindre que si elles procédaient comme elles le faisaient plus traditionnellement par achat puis revente avec profit.
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