François-Xavier Lalanne : quand un échassier se fait lampe

Le 19 novembre 2020, par Philippe Dufour

Comme son épouse Claude, François-Xavier Lalanne a fait entrer la sculpture moderne dans une autre dimension, en lui attribuant une fonction. Mais la poésie est toujours au rendez-vous de ses créations, à l’image d’un échassier qui se posera bientôt à Tours.

François-Xavier Lalanne (1927-2008), lampe-sculpture Grand Échassier, vers 1990, cuivre à patine rouge, bronze doré et verre opalin sablé, monogrammé «FxL», cachet d’éditeur «Artcurial» et numéroté «13/900», 61 68 35 cm.
Estimation : 70 000 / 90 000 

Est-ce le héron, l’ibis ou l’un de leurs congénères aquatiques qui ont inspiré l’artiste ? L’échassier, planté sur ses longues pattes et au cou rentré, semble emprunter son allure familière à plusieurs volatiles des marais. En écho, les matériaux utilisés pour lui donner vie sont eux-mêmes composites : du cuivre à patine rouge pour les ailes, du bronze doré pour la tête et les membres, du verre opalin sablé pour le ventre. L’emploi de ce dernier n’est pas gratuit, notre sculpture animalière faisant également office de lampe. Son inventivité et sa fantaisie n’indiquent qu’un seul créateur : François-Xavier Lalanne. À partir des volumes arrondis de l’oiseau s’est imposé à l’artiste, comme une évidence, ce nouvel objet utilitaire, où la lumière sera diffusée par le corps et adoucie par les ailes métalliques, jouant le rôle d’abat-jour. La lampe au Grand Échassier a vu le jour en 1990, et a été éditée par Artcurial à 900 exemplaires, celui-ci étant numéroté «13/900». La série, cependant, n’aurait pas été pas produite dans sa totalité, ce qui explique que ce modèle (d’une hauteur avoisinant les 60 cm) soit relativement peu fréquent sur le marché et fort recherché. À la même période, Lalanne crée également le Petit Échassier (haut de 30 cm en moyenne), dont la différence majeure est de ne posséder qu’un seul et solide pied… Par ailleurs, il faut souligner que l’atelier Lalanne a confirmé l’authenticité de notre œuvre, dûment enregistrée dans ses archives sous le numéro «2020/020».
Du fantastique au pratique
Le séduisant volatile appartient à l’univers onirique imaginé par le couple François-Xavier et Claude Lalanne, et ce dès juin 1962. À cette date, les deux artistes, respectivement peintre et architecte de formation, ont décidé de se consacrer uniquement à la sculpture, un art qu’ils apprécient tant sous le ciseau d’un Pompon que sous celui des anciens Égyptiens. Deux ans plus tard, ils sont fin prêts pour leur première exposition commune, à la galerie de Jeanine Restany à Paris, intitulée «Zoophites». François-Xavier y présente le mythique Rhinocrétaire, fruit surréaliste de l’union d’un rhinocéros et d’un secrétaire. Désormais, ce cheptel comptant – entre autres – moutons, pigeons, babouins, hippopotames, sauterelles ou crocodiles se transformera en autant de sièges, baignoires, cheminées ou lampes… C’est à cette époque qu’Yves Saint Laurent découvre les réalisations du sculpteur et lui commande, pour son appartement l’incroyable Bar YSL en métal, revu au Grand Palais à l’occasion de la vente historique de février 2009. À leur tour, bien d’autres collectionneurs vont également succomber aux charmes de ce bestiaire extraordinaire ; tels les Rennais Pierre et Jocelyne Noury, qui ont acquis ce Grand Échassier en octobre 2005, chez Rennes Enchères OVV. Gageons que, lors de la dispersion prochaine de leur collection – où brillent de nombreuses pépites en matière d’art moderne et de design —, l’oiseau lumineux s’envolera bien haut.

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