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François Gérard, un peintre néoclassique au vent de l’Histoire

Publié le , par Philippe Dufour
Vente le 16 décembre 2022 - 14:00 (CET) - Salle 4 - Hôtel Drouot - 75009

Un portrait majeur du grand peintre François Gérard réapparaît, conservant l’image d’un des jeunes acteurs de l’épopée, napoléonienne, Ferdinand d’Imécourt, disparu dans la fleur de l’âge.

François Gérard (1770-1837), Portrait de Charles Ferdinand Théodore de Vassinhac... François Gérard, un peintre néoclassique au vent de l’Histoire
François Gérard (1770-1837), Portrait de Charles Ferdinand Théodore de Vassinhac d’Imécourt, huile sur toile d’origine, 210 135 cm.
Estimation : 250 000/350 000 

Rarement, le portrait masculin n’aura atteint un tel degré d’élégance que sous le premier Empire, comme en atteste encore ce spectaculaire Portrait de Charles Ferdinand Théodore de Vassinhac d’Imécourt, peint par François Gérard en 1808. Il faut dire que les modes du temps avantageaient tout particulièrement leurs modèles ; avec sa haute cravate blanche, sa redingote noire, sa culotte beurre frais et ses bottes à revers, le jeune homme, au demeurant joli garçon, n’y déroge pas. Quant à la composition, elle doit sa majesté à un cadrage en pied que le portraitiste favori de la famille impériale a souvent privilégié. Pourtant, on est plus proche ici d’un instantané photographique qui fixerait le modèle, en costume de ville, rentrant chez lui. Ce qui le rapproche étonnamment de l’un des premiers chefs-d’œuvre du maître, le fameux portrait de Jean-Baptiste Isabey et sa fille, enfant de 1795 (musée du Louvre), le miniaturiste étant, lui aussi, saisi dans un escalier. La courte destinée du jeune Vassinhac d’Imécourt commence en 1805 lorsqu’il s’engage à 19 ans dans l’armée napoléonienne. Il reçoit le baptême du feu durant la campagne de Hollande où il accompagne le prince Louis Bonaparte, futur roi du pays. Plus tard, il rejoint le quartier général de Napoléon en Prusse, avant de devenir l’aide de camp du maréchal Lefebvre, avec le grade de sous-lieutenant au 7e régiment des hussards. Une carrière prometteuse brutalement interrompue lors du siège de Dantzig, où il est tué d’une balle perdue semble-t-il, le 7 avril 1807. En revanche, les circonstances de la réalisation de la toile s’avèrent plus complexes, puisqu’on sait qu’elle a été peinte un an après la mort du modèle. C’est le neveu de l’artiste, Henry, qui mentionne l’existence de l’œuvre et sa date « 1808 », dans son ouvrage de 1888, Lettres adressées au Baron François Gérard. On peut donc supposer que François Gérard a donc réalisé, à la demande de l’entourage du défunt, son portrait posthume. Mais rien n’indique que les deux hommes se soient rencontrés du vivant du militaire. Dans tous les cas, l’artiste conservera jusqu’à sa mort un ricordo de l’œuvre, acquis par le Musée national du château de Versailles, en 1837. Une eau-forte gravée par Pierre-Michel Adam, pour son ouvrage Collection de portraits historiques de M. le Baron Gérard (1826), en gardait également le souvenir. Aussi, la réapparition de cette toile, accrochée jusqu’à nos jours chez les descendants du modèle, s’affirme comme l’émouvante redécouverte d’un maillon manquant dans le corpus du grand maître.

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