Gazette Drouot logo print

Foires, la course aux bons créneaux pour le premier semestre 2022

Publié le , par Alexandre Crochet

Face aux rebonds de la pandémie et à ses nouveaux variants, le marché de l’art réorganise son agenda du premier semestre avec une saisonnalité accrue. Embouteillages en vue.

Art Paris, une des rares foires à s’être tenue en 2021, est prévue cette année pour... Foires, la course aux bons créneaux pour le premier semestre 2022
Art Paris, une des rares foires à s’être tenue en 2021, est prévue cette année pour le début du mois d’avril.
© Marc Domage

Avant l’arrivée d’Art Basel au Grand Palais éphémère en lieu et place de la FIAC –  tremblement de terre annoncé du second semestre en octobre 2021 –, le calendrier du marché de l’art se retrouve à nouveau chamboulé par la pandémie ces prochains mois. C’est particulièrement le cas en Europe : pour l’heure, à l’autre bout du monde, des manifestations comme Frieze Los Angeles en février, ou Expo Chicago en avril maintiennent leur événement, en ciblant des clientèles plus régionales. Sur le Vieux Continent, plusieurs foires du premier trimestre ont préféré reporter et attendre des jours meilleurs. Prévue fin janvier, première à ouvrir la saison, la Brafa, à Bruxelles, est reportée… du 19 au 26 juin. Dans un registre contemporain, Artgenève, qui lui emboîtait le pas en Suisse, également fin janvier, a déplacé son édition du 3 au 6 mars. Aux portes de l’Europe, 1-54 Marrakech, en mars, est reporté en 2023, les conditions d’accès au pays risquant d’être des plus strictes après le 7 février. La «boutique fair» d’art contemporain africain est remplacée par une édition plus intimiste en avril à Paris, chez Christie’s, après un coup d’essai en janvier 2021. L’union fait la force : elle se tiendra là au même moment qu’Art Paris, prévue du 7 au 10 avril, et que le Pad-Paris, programmé aux Tuileries du 5 au 10 avril. Alors que la tendance est de laisser passer l’hiver, la foire d’art contemporain Arco Madrid fait figure de cas isolé en maintenant son édition anniversaire «40+1» du 23 au 27 février dans la capitale espagnole. Néanmoins, tout n’est pas si sombre en ce début d’année compliqué. «Des foires vont avoir lieu en 2022, alors qu’en 2020, première année de la pandémie, il n’y a pratiquement rien eu à part Art Paris en septembre», note le marchand Franck Prazan, spécialiste de la seconde école de Paris et présent aussi bien qu’à la Tefaf Maastricht qu’à Art Basel. Et de préciser : «Désormais, on parle davantage de reports que d’annulations.» L’équation reste complexe, même si les gouvernements, contrairement aux premières heures de la pandémie, réfléchissent à deux fois avant d’interdire les grands événements telles les foires. L’heure n’est semble-t-il plus au confinement systématique ni aux mesures drastiques, mais à une propédeutique à base de passes sanitaires ou vaccinaux, de jauges et de créneaux de visites. Ainsi, Artgenève aurait sans doute pu se tenir en janvier, car jusqu’ici ni l’État fédéral ni le canton n’ont pris de mesures pour interdire ce type de rassemblement commercial. Toutefois, le risque que les autorités changent d’avis restait présent. De surcroît, la foire pouvait certes compter sur un vivier de visiteurs locaux et régionaux, mais il n’est pas sûr que tous les exposants prévus, dont une partie notable non suisses, aient pu se déplacer… Pour les galeristes, pas d’autre choix que de s’adapter à ces reports. «Pour participer à un salon comme Artgenève, ce n’est pas si simple, il faut quatre mois pour obtenir une licence d’exportation car la Suisse ne fait pas partie de l’Union européenne, souligne Franck Prazan. Il faut aussi programmer le fret, les déplacements de l’équipe, autant de choses à modifier. Mais nous avons appris ces dernières années à faire contre mauvaise fortune bon cœur.»
Numéro d’équilibrisme
Du côté des organisateurs, il ne suffit pas de se dire : décalons. «Tout le monde veut reporter aux mêmes dates, aux mêmes mois. Or, encore faut-il que les lieux soient disponibles ! C’est l’une des grandes problématiques», observe un spécialiste. Car il n'y a pas que des salons d’art dans les palais des congrès et autres centres d’exposition… Sans attendre, la Brafa s’est positionnée en juin dans un nouveau lieu, Brussels Expo. «C’est la première fois que nous sommes amenés à déplacer les dates de la Brafa, confie Harold t’Kint, président de la foire belge. La question du calendrier reste un épineux problème qui s’apparente à une course d’obstacles. Il faut jongler avec les autres événements, les congés scolaires, les périodes “plus propices”, et ces déplacements provoquent bien sûr des bouchons potentiels à certaines périodes.» L’enjeu est de taille pour les antiquaires et représentants du second marché, privés de vitrine internationale en 2021 avec l’annulation de la Brafa comme de la Tefaf, alors que la FIAC ou Art Basel, en art contemporain, ont pu avoir lieu. Ainsi, en juin, Art Basel devrait se dérouler à nouveau, selon cette fois son créneau habituel. Surtout, il y a un risque de déperdition d’exposants de la Brafa, parmi les plus prestigieux : la Tefaf vient en effet d’annoncer son report du 24 au 30 juin dans la foulée d’Art Basel – du 16 au 19 juin… «Il peut en effet y avoir un partage d’exposants avec des dates trop proches», confirme Harold t’Kint. «L’effet serait dramatique pour la Brafa, avec 29 exposants en commun», note un acteur du marché, d’autant que les deux foires se chevaucheront en partie. La Tefaf sera aussi resserrée : plus courte avec sept jours contre onze d’ordinaire, elle occupera une surface plus réduite, d’où des stands un peu moins généreux. Elle accueillera en outre moins d’exposants. De son côté, à moins d’un numéro d’équilibrisme des marchands, la Tefaf devrait perdre quelques exposants de design et d’art contemporain pris par Design Miami/Basel ou Art Basel… Le mois de mai s’annonce quant à lui chargé à Paris. Prévus en mars, le Salon du dessin et Drawing Now parient sur l’acmé du printemps. «Redonner toute sa place à Paris, capitale du dessin, en mai, nous a semblé pertinent, explique Carine Tissot, codirectrice de Drawing Now. On est là pour que ce soit une réussite. Nous espérons alors avoir passé la vague. Notre objectif est de resserrer les synergies avec le Salon du dessin vis-à-vis de l’international pour rappeler qu’ensemble, nous offrons une centaine d’exposants.» «Se réinventer sans les foires n’est pas facile, constate le marchand de sculptures Xavier Eeckhout. C’est le seul moyen de trouver de nouveaux collectionneurs, et de faire que nos clients soient très acheteurs, ressentant une certaine émulation.»

Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 1 article(s) à lire.
Je m'abonne