Fine Arts Paris à l’heure du digital

Le 19 novembre 2020, par Anne Doridou-Heim

Une nécessité anticipée et assumée par les organisateurs de Fine Arts Paris car en l’absence de contact physique le virtuel est le seul espace de dialogue restant.

Auguste Clésinger (1814-1883), Buste de Bacchante, marbre teinté, inscription au dos "2ème étude", h. 70 cm. Galerie Stuart Lochhead, Londres.
© Galerie Stuart Lochhead.

Comme en mars, ils ont été les derniers à vouloir y croire. Tout avait été réuni pour que cette édition soit un grand cru : un nouveau lieu – une structure éphémère installée dans la cour du Dôme des Invalides – susceptible d’accueillir plus de galeries, une riche programmation pour la Semaine des beaux-arts et le traditionnel colloque scientifique… Mais l’actualité de la pandémie les a rattrapés ; avec l’annonce du nouveau confinement, les organisateurs de Fine Arts Paris ont dû une nouvelle fois revoir leurs plans et s’adapter. Déjà en septembre, ils avaient été contraints de réduire la voilure, de prévoir de se recentrer sur le palais Brongniart, plus intime, et d’y accueillir quarante galeries seulement. Prévoyants, en parallèle épaulés par GL Events, le gestionnaire du site de l’ancienne Bourse, ils avaient travaillé à lancer un dispositif virtuel présentant les œuvres visibles au salon, ainsi que celles des exposants étrangers empêchés de participer physiquement. Une prudence récompensée. Ils sont prêts à ce que cette année Fine Arts Paris, à l’instar de beaucoup d’autres salons, se transforme en tout digital.
Une vitrine virtuelle
Bien sûr, un moteur de recherche aussi performant soit-il ne sera jamais à même «de remplacer la rencontre entre les galeristes et leurs collectionneurs, car je crois au rôle d’éducateur du marchand», reconnaît Hervé Aaron, dont la Nature morte avec coupe de faïence remplie de pêches et de raisins, d’un peintre français actif au milieu du XVIIe siècle signant De Somme, devrait susciter envie et gourmandise. Et d’ajouter : «Nous sommes tous tristes que le monde de l’art soit privé de ces foires. Cependant, il faut soutenir le marché et le faire vivre.» Le digital devient un outil de communication qui, dans le contexte actuel, se révèle essentiel pour garder le contact. «Les marchands ne l’utilisaient pas assez, maintenant ils y sont obligés et cela perdurera.» Ainsi, la récente édition online de la Tefaf a attiré 30 000 visiteurs (du 31 octobre au 4 novembre). Pour ce Fine Arts Paris d’un genre particulier, donc, une cinquantaine de galeries – dont dix-huit pour lesquelles il s’agit d’une première participation – ont sélectionné dix de leurs plus belles pièces, qui seront définitivement confirmées après accord du vetting. Elles défileront de manière aléatoire sur la plateforme, comme elles se présenteraient lors d’une déambulation dans la foire. Le dispositif d’aide est au point, proposant des filtres en fonction des spécialités, périodes, noms d’artistes et d’exposants, permettant de sélectionner des favoris, de demander de plus amples informations et, enfin, d’entrer directement en contact avec le marchand. Malgré leur déception – eux aussi n’ont cessé d’espérer en la possibilité d’un vrai salon –, tous les marchands qui étaient prêts à exposer jouent le jeu, les traditionnels comme les nouveaux entrants.
La sculpture en tête
La sélection rigoureuse nous permettra une nouvelle fois une promenade à travers les spécialités et les époques, en autant de peintures et dessins, de sculptures et objets d’art, d’ouvrages illustrés et objets d’ailleurs. Pas de changement de ton pour cette édition particulière : comme lors des trois premières, les organisateurs expliquent vouloir privilégier ce qui fait l’ADN de cette jeune foire, «sa qualité et sa convivialité». On pourra donc découvrir les choix des galeries de Bayser – un magnifique dessin d’Élisabeth Vigée-Lebrun représentant Junon –, Berès, Brame & Lorenceau, Coatalem ou encore Michel Descours, Antoine Laurentin et Jacques Leegenhoek. Ces références traditionnelles sont rejointes entre autres par Ana Chiclana, Applicat Prazan, Jean-Marc Lelouch, la librairie Clavreuil, la munichoise Grässle-Härb et le bruxellois Yves Macaux, dont un lustre modèle « M999 » de Josef Hoffmann devrait diffuser une douce lumière. La sculpture devait être le temps fort de la Semaine des beaux-arts ; elle sera mise en avant chez Sismann, avec notamment une pierre calcaire travaillée dans le Vexin, dans la seconde moitié du XVIe siècle, fixant une Allégorie maniériste. Gabriella Sismann est prête : «Depuis le début de l’année, nous avons développé des propositions de vidéos alliées à nos catalogues numériques, à notre site et aux réseaux sociaux. Ce salon virtuel va nous permettre d’accroître le contact avec des nouveaux clients potentiels et de relancer toutes les personnes qui nous suivent.» Le Londonien Stuart Lochhead présente un buste de Bacchante de Clésinger ; cette femme au regard perdu dans le lointain est aussi source de vie par son lien avec Bacchus. Il se réjouit de cette première participation, même différente, car il a «toujours été impressionné par l’organisation, le style et l’éventail des marchands. Paris offre un marché de l’art dynamique, où l’on peut vraiment découvrir de nouvelles œuvres d’art. Comme j’aime les XVIIIe et XIXe siècles, je propose un large éventail de sculptures dans ce domaine particulier, et j’ai estimé que la foire virtuelle était un endroit idéal pour mieux se connecter avec les collectionneurs et les musées de France». Même tonalité du côté des plus modernes, Yves Zlotowski jugeant «qu’elle tombe à pic pour nos collectionneurs français. Les foires plus intimes avec une offre variée ont une carte à jouer». Il tient toutefois à exprimer son regret que «l’art ait été considéré comme non essentiel», souhaitant «que l’on puisse au moins organiser des visites privées en respect des consignes sanitaires que les galeries sont tout à fait à même de tenir». Il mettra en ligne une gouache de 1954 de Le Corbusier, une Main ouverte qui est un projet pour le monument de Chandigarh – et un joli signe d’espoir. Si tous constatent que les foires virtuelles progressent, que leur offre devient plus performante et que les visiteurs s’y habituent, les galeristes savent aussi que rien ne remplacera l’émotion de la découverte. Alors, même si la virtualisation du monde est croissante et qu’ils savent s’y adapter, ils appellent de leurs vœux le retour des foires physiques et de ce lien unique entre le marchand et le collectionneur.

à savoir
Fine Arts Paris Online.
Mercredi 25 novembre, 11 h
Jeudi 3 décembre, 19 h.

www.finearts-paris.com
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