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FIAC : les off contre-attaquent

Publié le , par Céline Piettre

Mesure-t-on la force d’attraction d’une foire au nombre de ses satellites ? À l’heure où la FIAC continue d’étendre son hégémonie, de nouvelles propositions viennent renforcer le contingent off. Au menu : solidarité et itinérance.

Galerie Isabelle Gounod. Moussa Sarr dans l’atelier Villa Médicis, Mars 2018. FIAC : les off contre-attaquent
Galerie Isabelle Gounod. Moussa Sarr dans l’atelier Villa Médicis, Mars 2018.
© BIENVENUE 2018

En investissant pour la première fois la place de la Concorde, transformée en «un village d’architectures éphémères» signées Prouvé, Kuma ou Parent, la FIAC assoit clairement son désir de conquête. Comme toute foire mondialisée, elle tente d’embrasser l’entièreté du champ artistique. Dans ses allées, les figures historiques (Michel Journiac en solo show chez Christophe Gaillard) côtoient les jeunes pousses ; les grosses enseignes  avec le retour cette année de la géante suisse Hauser and Wirth  cohabitent avec les galeries novices regroupées au sein du secteur Lafayette, où la benjamine Bonny Poon fêtera sa première année d’existence. On y prend bien soin d’aménager une place aux puissantes enseignes étasuniennes et, désormais, asiatiques (le haut du panier), mais aussi au design  de retour depuis 2017, à travers cinq exposants sur 195 au total , et aux marchés dits émergents, avec l’entrée en 2018 du Pérou et de la Grèce, en plus de l’Irlande. Sans oublier le public, invité à profiter (gratuitement) du programme hors les murs sur sept sites parisiens, du Cinéphémère et du festival de performances Parades for FIAC.
Offre globalisée ou offre ciblée ?
Les «off» opposent ainsi à cette promesse généraliste une stratégie de niche et des formats toujours plus légers. «Ici, nos visiteurs savent très bien ce qu’ils vont trouver, à savoir les dernières tendances de la scène asiatique», explique Alexandra Fain, la directrice d’Asia Now qui, après trois éditions, se sent «suffisamment solide pour tenir sur la durée». Parmi les 15 000 visiteurs enregistrés en 2017 (contre 13 000 en 2016), les «curieux» s’ajoutent depuis peu aux collectionneurs spécialisés. Autre signe de vitalité, la foire s’est construit un réseau d’institutions partenaires  dont le prestigieux Mori Museum invité à l’occasion de l’édition 2018, centrée sur le Japon  tandis que certains de ses anciens exposants intègrent aujourd’hui la FIAC tel Magician Space (Pékin). Asia Now marche ainsi sur les pas d’Art Élysées, qui a réussi, en neuf éditions et avec un joli score de 39 000 visiteurs, à fidéliser les amateurs de décoration haut de gamme et de beaux-arts au sens plus classique du terme. Même politique ciblée pour la new-yorkaise Outsider Art Fair, qui appuie son édition parisienne sur un programme ambitieux de tables rondes (voir Gazette 34 page 4). Il y sera notamment question de l’histoire de l’art brut américain. L’année 2018 verra par ailleurs la percée du street art déjà représenté sur Art Élysées, via une section dédiée , avec la première édition à l’espace Commines de l’UAF Solo Shows, nouvelle bouture de l’Urban Art Fair. Un contingent qui a su se répartir les différents segments du marché, contrairement aux aînées Slick ou Cutlog. Seule vétérane de cette époque révolue, la Yia Art Fair (qu’on retrouvera au Carreau du Temple) peine à redéfinir ses lignes directrices. Quant aux très confidentielles «foires» en appartement, Chambres à part et Private Choice, elles tiendront salon à la galerie Felix Vercel (VIIIe arr.) pour la première, confrontant modernes Léger, Picasso et contemporains Eliasson, Kantarosky , et dans un appartement haussmannien, situé à quelques pas du Grand Palais, pour la seconde ; les deux sont intégrées au VIP de la FIAC.
Ne pas « vendre du mètre carré »
On voit se manifester aujourd’hui une nouvelle génération de off, capable d’inventer des modèles alternatifs à la manière des «artist run spaces». La première du genre, Paris internationale, une organisation à but non lucratif initiée par un quintet de galeries parisiennes (Antoine Levi, Crèvecoeur…) et zurichoises (Gregor Staiger) revient, pour sa quatrième édition, dans le VIIIe arrondissement avec les mêmes bonnes intentions : promouvoir l’émergence en baissant autant que possible le coût des emplacements afin «d’inciter les galeries à la prise de risque». Notons que cette dernière ne vole pas son qualificatif d’ «international», avec six galeries françaises sur la cinquantaine de participantes. La «frondeuse» reçoit cette année du renfort  ou de la concurrence  avec Bienvenue, une initiative qui occupera pendant deux semaines, une durée intentionnellement rallongée, les trois étages de la Cité internationale des arts, dans le Marais. «Nous avons monté la foire en quelques mois, en réponse à la morosité de ce début d’année, qui a été particulièrement difficile pour les galeries parisiennes», commente son fondateur le galeriste Olivier Robert. Ce dernier souhaite restaurer un peu d’humanité sur les stands et donner de la visibilité aux enseignes qui ne sont pas représentées à la FIAC : «la grande majorité», selon lui. Une note d’intention proche du salon Galeristes (qui rejoindra le clan des off de la FIAC l’année prochaine) mais plus accessible pour les exposants sur une base modulable de 250 € le mètre carré. Décision de dernière minute : Bienvenue programmera une seconde édition en marge de Paris Photo, ambitionnant de devenir une véritable plate-forme génératrice de projets au lieu de «simplement vendre du mètre carré». Sa consœur Frame, dont l’édition inaugurale s’est tenue à Art Basel en juin, a été l’une des premières à prôner ce nomadisme. «Si vous êtes un nouveau venu, vous êtes mort», déclarait à l’AFP son fondateur l’homme d’affaires Bertrand Scholler, associé désormais au commissaire Antoine Py. Le duo mise sur le partage des charges et des bénéfices entre la poignée d’exposants  moins d’une dizaine à se réunir du 13 au 21 octobre rue de Bellechasse. Une itinérance également voulue par Æmergence, l’autre nouvelle née de 2018, dont le projet collaboratif consiste à s’infiltrer en marge des grands événements, la FIAC cette année (dans les espaces de la Station, dans le IIIe), la Biennale de Dakar l’an prochain. Son but : promouvoir directement les artistes émergents  une dizaine choisie par un comité de professionnels  en supprimant tout bonnement l’échelon des galeries. Des poches de «contre-pouvoirs» qui, si elles ne renversent pas le système, pourraient faire frémir le bateau amiral : la FIAC a annoncé en 2018 une baisse de 5 % pour les stands de petites surfaces, contre une hausse de 2,2 % pour les plus grands, «soucieuse de soutenir (elle aussi) les petites et moyennes galeries».

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