Extinction des feux au palais des consuls

Le 14 juin 2018, par Caroline Legrand

Dernier acte de la vente du mobilier d’un bâtiment emblématique de Rouen. Après les meubles, place aux luminaires, dont des lustres monumentaux signés ADNET et Arbus.

Jacques Adnet (1901-1984), paire de lustres, 1955, en laiton, bronze et cuir, à quarante lumières, flambeaux à cache-ampoules en tubes de verre dépoli, h. 100 cm, diam. 130 cm.
Estimation : 10 000/15 000 € l’un

L’histoire du palais des Consuls de Rouen, remontant au XVIIIe siècle, touche à sa fin. Symbole de luxe et de modernité, ce bâtiment situé face à la Seine, quai de la Bourse, a été durant plus d’un demi-siècle la vitrine du port de la ville, ainsi que de la région. Après guerre, le palais consulaire, qui a subi les bombardements de 1944, est en ruines. À partir de 1950, les études pour sa reconstruction débutent. Pierre Chirol, assisté de François Herr, Robert Flavigny et Roger Pruvost, est chargé de réaliser les plans. En adéquation avec l’architecture de l’époque, l’édifice adopte une forme en «H», pour séparer les différents organismes qu’il doit accueillir. La chambre de commerce, le bureau de Poste et la Bourse sont orientés vers la Seine. Le tribunal de commerce est situé sur le côté opposé. Entre ces deux pôles, un jardin et un immeuble de liaison, comprenant une salle de conférences, une bibliothèque et des appartements. Le bâtiment en lui-même est constitué d’un socle, d’un étage noble monumental et d’un attique. La décoration intérieure est confiée à des mains expertes, quelques-uns des plus grands artistes de leur temps, lancés à l’époque art déco, et qui confirmeront leur talent après la guerre. André Arbus (1923-1969) et Jacques Adnet sont choisis en avril 1954. Le premier se voit confier le bureau d’apparat, le grand salon et la galerie de l’étage noble, tandis que le second s’attaque à la petite salle, à la grande salle des commissions ainsi qu’à son antichambre. Raymond Subes (1893-1970) réalisera les ferronneries. La chambre de commerce a reculé devant les sommes à investir pour la remise aux normes énergétiques de ce lieu mythique, devenu trop cher en entretien, et déménagé pour l’immeuble Vauban, dans le quartier Luciline. Le palais est finalement cédé en 2017, pour 9,3 M€, et sera réaménagé en hôtel et en appartements l’ouverture est prévue pour 2021. Après le mobilier, dispersé en 2015 par Me Danjou, c’est au tour, le 24 juin, des luminaires, sous le marteau de son successeur, Me Madeleine Guéry.
Élégance des lignes
Une quarantaine de lustres  dont certains monumentaux , appliques, torchères et colonnes éclairantes seront proposés. Une première paire de lustres en laiton, bronze et cuir a été créée par Adnet, dans un style à la fois sobre et majestueux, caractéristique de cet architecte et décorateur moderniste. Le fonctionnalisme demeure la priorité pour ses créations destinées à la production industrielle. Avec leurs quarante lumières, ils embellissaient la salle des commissions, dite salle Jean Rondeaux. Par l’élégance des lignes et la beauté des matières, Arbus s’inscrit quant à lui dans la lignée des créateurs Louis XVI et du Consulat. Issu d’une famille d’ébénistes toulousains, installé à Paris en 1932, il se consacre au dessin de meubles fabriqués ensuite dans son atelier. Pour cette commande, il a su insuffler de la majesté à des objets au style néoclassique revisité, à l’image d’une paire de grands lustres en bronze, verre et verre opalin de Venise, ceints d’une impressionnante et décorative double couronne de feuilles stylisées (12 000/15 000 € l’un). Des pièces qui seront bientôt décrochées du plafond de ce lieu emblématique des années 1950. Un dernier souvenir ?

dimanche 24 juin 2018 - 02:30
Rouen - 20, rue Croix-de-Fer - 76000
Guéry Maison de Ventes
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