En souvenir du château de Saint-Cloud

Le 26 novembre 2020, par Caroline Legrand

Ce cadenas du château de Saint-Cloud est un émouvant témoignage de l’une des plus importantes demeures royales, malheureusement détruite. Un petit objet pour une grande histoire. 

Fin du XVIIe-début du XVIIIe siècle. Cadenas en fer forgé et riveté, à incrustation de clous de laiton et d’acier bleui, présenté avec sa clé aux armes des Orléans, 25 18,5 cm.
Estimation : 15 000/20 000 

Si un jour les partisans de la reconstruction du château de Saint-Cloud obtiennent gain de cause, on pourra commencer les travaux sur la foi du cadenas de sa grille principale ! Le décor clouté de celui-ci ne laisse en effet aucun doute sur sa provenance : nous sommes face à un précieux souvenir des grandes heures de cette demeure royale, qui connut bien des événements et rebondissements jusqu’à sa destruction tragique lors du siège de Paris, en 1870, alors qu’elle servait de quartier général à l’armée prussienne. Les clous de laiton et d’acier bleui représentent sur la face principale les armes de la famille d’Orléans, entourées de rinceaux de fleurs stylisés ; au revers une fleur de lys, et sur le pourtour on peut lire : « SC, Château de St Cloud, Grille ». Ce décor, nous indique l’expert Pierre-François Dayot, se retrouve sur d’autres cadenas – rarement pourvus d’inscriptions – et surtout sur d’autres objets d’appartenance royale, à l’image de la malle de Marie-Antoinette vendue récemment à Versailles, qui portait la mention cloutée « Chambre de la reine n°10 » (adjugée 43 750 €, Osenat OVV). D’une forme classique pour les XVIIe et XVIIIe siècles, ce rare cadenas ainsi que sa clé – gage supplémentaire — ont été acquis par Raymond Jourdan-Barry (1891-1968) et sont restés dans la collection familiale, poursuivie d’ailleurs amplement par son fils Pierre, mort en 2016.
Une résidence choyée
On sait qu’au moment de l’incendie fatal du 1er octobre 1870, provoqué par un tir d’obus, une grande partie du mobilier et des œuvres d’art de Saint-Cloud furent sauvés. En effet, l’impératrice Eugénie avait anticipé le drame : voyant les Prussiens avancer vers Paris, elle fit mettre à l’abri ce qu’elle estimait le plus précieux – l’ensemble appartenant au couple impérial fut par la suite vendu aux enchères. À cela, il faut ajouter ce qui avait été auparavant éparpillé, et ce qui sera ensuite pillé par les Prussiens… Aussi découvre-t-on assez régulièrement sur le marché et dans les collections publiques des objets provenant du château de Saint-Cloud, que l’on peut authentifier notamment grâce aux divers inventaires, tableaux, gravures et même aux photographies existantes. C’est à partir de la série des « Vues des plus beaux bâtiments de France » datée vers 1680 – et du dessin d’Adam Pérelle (1638-1695) – que la fameuse grille indiquée sur le cadenas a pu être identifiée. Il s’agirait donc de la clôture principale, la plus proche du château. Elle a protégé Saint-Cloud dès l’érection de la demeure des Orléans, et restera en place au moins jusqu’à la vente en 1784 du domaine en faveur de la reine Marie-Antoinette, qui en fit, après transformations, sa résidence d’été. Cette grille et son indispensable cadenas furent ainsi au cœur des grands travaux lancés par Monsieur, Philippe Ier, duc d’Anjou et d’Orléans, à Saint-Cloud, grâce à la générosité de son aîné, le roi Louis XIV, qui lui offrit cette « maison de campagne ». Le projet débuté en 1676 s’acheva à sa mort, en 1701. Les architectes Antoine Le Pautre puis Jules Hardouin-Mansart, mais aussi le peintre Pierre Mignard, créèrent un somptueux palais, dans lequel allaient se succéder Philippe II d’Orléans (1674-1723), Régent de France, puis son fils Louis (1703-1752), duc de Chartres, et Louis-Philippe d’Orléans (1725-1785), qui le céda à Louis XVI pour son épouse charmée. Ah, si les objets pouvaient parler…

vendredi 04 décembre 2020 - 14:30 - Live
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