Gazette Drouot logo print

Drame et volupté à Trapani

Publié le , par Philippe Dufour
Vente le 03 octobre 2018 - 17:00 (CEST) - 2-4, rue Saint-Firmin - 69008 Lyon

Ces figures féminines très expressives, en ivoire, présentent tous les composants du théâtre baroque. Des héroïnes fascinantes sculptées dans l’un des meilleurs ateliers de sculpteurs de Trapani, bientôt à votre portée à Lyon.

École de Trapani, première moitié du XVIIIe siècle, probablement atelier d’Andrea... Drame et volupté à Trapani
École de Trapani, première moitié du XVIIIe siècle, probablement atelier d’Andrea Tipa (1725-1766). Cléopâtre et Lucrèce (ou Didon) à l’agonie, paire de statuettes en ivoire, h.  23,6 et 23,5 cm ; socles en marbre rouge, bois doré et peint, perles de corail.
Estimation : 15 000/20 000 €
Coffrets, tasses ou chandeliers, mais aussi crucifix, monstrances, voire crèches complètes, tous ciselés dans le corail rouge et rose ont rendu célèbres les ateliers des «corallari» de Trapani dès la Renaissance. Et ce, d’autant que ce matériau vivant, pêché à l’origine au large du grand port sicilien, était associé à l’ivoire venu d’Afrique. En témoigne cette paire de statuettes de la première moitié du XVIII siècle, baptisée Cléopâtre et Lucrèce (ou Didon) à l’agonie. Les deux effigies, provenant par descendance d’une importante collection lyonnaise, sont juchées sur des socles de marbre, soulignés de bois doré et peint, incrusté de perles de corail. Un décor précieux, qui a aiguillé l’expertise sur la piste d’un atelier trapanien, celui des frères Tipa, Alberto (1732-1783) et Andrea (1725-1766), connus pour l’expressivité de leurs œuvres ; une qualité due au fait qu’ils pratiquaient aussi bien la grande sculpture, profane et sacrée, que les petits formats destinés aux cabinets privés. Un Saint Sébastien en ivoire conservé au Museo degli Argenti, à Florence, leur a été donné : il est revêtu du même drapé, chiffonné et vibrant, que nos deux agonisantes. On a aussi attribué au seul Alberto un Ecce homo en albâtre (Museo Diocesano de Mazara del Vallo), affichant le même équilibre entre tension et exubérance. Mais ne serait-on pas plus proche encore du travail d’Andrea, auteur d’une Immaculée Conception (toujours en albâtre) passée chez Cambi Case d’Aste à Milan le 18 novembre 2014 ? Elle foulait un serpent similaire au reptile ici empoigné par Cléopâtre.
 
Des souveraines au destin tragique
Car il s’agit bien de la dernière reine d’Égypte, identifiable par l’aspic qui va mordre son sein et la délivrer des tourments terrestres. En revanche, pour son pendant sans attribut aucun, on hésitera entre Didon et Lucrèce. Chargée d’un fort potentiel dramatique, la mort par suicide des héroïnes de l’Antiquité a été largement traitée dans l’Italie des XVIIe et XVIIIe siècles. Cléopâtre demeure sans conteste la plus plébiscitée. Il faut dire qu’elle possède de nombreux atouts : son statut d’héritière d’un empire multimillénaire, ses amours tumultueuses avec Jules César et Marc Antoine, une fin spectaculaire, plus tard exploitée par Hollywood. Plus discrète, Didon, la mythique reine de Carthage mise en scène par Virgile dans l’Énéide, a été abandonnée par le Troyen Énée ; incapable de surmonter cette épreuve, elle se donne la mort avec l’épée que lui a offerte l’infidèle… Mais il pourrait tout aussi bien s’agir de Lucrèce, épouse du noble Lucius qui, violée par Tarquin, roi de Rome, se poignarde pour ne pas déshonorer son mari, en vertu de la morale stricte des anciens Romains. Nos sculptures affichent donc un double contraste : un premier, moral, entre la créature fatale et la femme vertueuse, et un second, plus formel, où la détresse, exprimée par les cris silencieux, s’oppose à la volupté intacte des courbes féminines... Autant de dissonances stylistiques dont raffolait l’ère baroque !
mercredi 03 octobre 2018 - 17:00 (CEST) - Live
2-4, rue Saint-Firmin - 69008 Lyon
Artenchères
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 2 articles.
Il vous reste 1 article(s) à lire.
Je m'abonne