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Design et merveilleux l'ornement version XXe siècle

Le 14 mars 2019, par Virginie Chuimer-Layen

«Design et merveilleux, de la nature de l’ornement», musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole (MAMC+), rue Fernand-Léger, Saint-Priest-en-Jarez, tél. : 04 77 79 52 52, mamc.saint-etienne.fr - Jusqu’au 21 avril.

Design et merveilleux l'ornement version XXe siècle
Vue de l’exposition «Design et merveilleux» au musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole.
© Charlotte Piérot/SEM

Suite logique à l’exposition «L’ornement est un crime», présentée à la Cité du design de la ville en 2018, ce nouvel événement pose un regard inédit sur dame Nature en interrogeant l’ornement des années 1980 à nos jours. Des feuilles d’acanthe antiques aux rinceaux et autres motifs de l’art médiéval, mais aussi aux tiges, feuilles, fleurs et bestiaires ayant inspiré le mobilier art nouveau, ces deux univers ont toujours entretenu de solides relations. Et si le modernisme condamna d’un revers de lignes géométriques et formes fonctionnalistes le vocabulaire naturel, dès les années 1980, l’ornement réapparut en Italie, grâce au groupe Memphis. À l’heure actuelle, il vit une indéniable renaissance. À travers six sections «La nature comme ornement», «Fractales», «Arabesques», «Ornement et numérique», «Le merveilleux», «Évanescences» , le parcours propose des dialogues entre passé, présent et futur, entre métiers d’art et numérique. Plus de cent œuvres du Centre Pompidou, du musée des Confluences de Lyon, du musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne, du Fonds Piranèse et de la collection d’arts appliqués du musée démontrent la capacité de «résistance» de cette notion dans le temps, ouvrant sur de nouvelles perspectives de création. Dès l’entrée, le lien avec la nature saute aux yeux. Proche de l’esthétique arte povera, Animali domestici d’Andrea Branzi est un banc constitué de branches de bouleau pour le dossier, mais dont l’assise, en bois laqué, témoigne de ses liens avec l’industrie. Non loin, les élégantes volutes de bois d’Enignum XV Shelf, de Joseph Walsh, brouillent les frontières entre la forme, la fonction et la matière. «Fractales» en référence aux structures naturelles, répétitives, à échelle très réduite fait ensuite le point sur le pouvoir de croissance de la nature grâce aux nouvelles technologies. Ainsi Chrysalis III d’Andrew Kudless, créée numériquement, insiste-t-elle sur sa qualité autogénérative à travers ses agrégations cellulaires en bois de cerisier, tel un essaim d’abeilles géant. Le processus de concrétion est aussi à l’honneur avec les Sediment Vase d’Olivier Van Herpt. Le fauteuil Corallo, des frères Campana, et le porte-manteau After Thonet, de Mathieu Lehanneur, livrent une lecture affranchie des formes du passé citées en référence, tandis que le radiateur Heatwave, de Joris Laarman, renoue avec le concept d’ornement-fonction cher à l’art nouveau. Distillées presque partout dans les salles, les techniques de pointe atteignent leur paroxysme technique et esthétique avec la saisissante Growth Table, de Mathias Bengtsson. Cette pièce d’exception en titane, conçue par algorithmes et imprimée en 3D, reprend le mouvement organique de lianes. Entre merveilleux et étrange, nature et culture, son aspect hybride et «computationnel» bouleverse les limites entre design, métiers d’art, sculpture et intelligence artificielle. Sans oublier l’exigence du travail de la main, les designers actuels créent des espaces fictionnels, tel Marcel Wanders et sa vidéo Virtual Interiors, où l’onirisme, le mysticisme, le surnaturel, l’emportent sur la réalité d’objets à vivre. Appréhendée comme un cabinet de curiosités du XXIe siècle, l’exposition met en avant une approche prospective de l’ornement en interrogeant le vivant, grâce à des pièces dont la beauté, la poésie et la technicité se suffisent à elles-mêmes.

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