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De la France au Japon, la collection d’un artiste, Marcestel

Publié le , par Caroline Legrand
Vente le 07 décembre 2022 - 10:00 (CET) - 31, boulevard d'Alsace - 06400 Cannes

Le peintre Marcestel vit au Japon depuis cinquante ans. Il a élaboré depuis des décennies une collection d’artistes modernes étrangers et français, de la seconde école de Paris, dont il promeut l’image en Asie.

Marc Antoine Squarciafichi, dit Marcestel  (né en 1943), L’Émergence des énergies,... De la France au Japon, la collection d’un artiste, Marcestel
Marc Antoine Squarciafichi, dit Marcestel  (né en 1943), L’Émergence des énergies, huile sur toile, 100 81 cm (détail).
Estimation : 6 000/8 000 

C’est une histoire qui commence dans le cadre du luxueux hôtel Cap Estel. Ce lieu a été fondateur pour Marc Antoine Squarciafichi : «d’ailleurs, il a influencé le choix de mon pseudonyme, Marcestel», explique-t-il. Dans cet établissement cinq étoiles situé à Èze, sur la Côte d’Azur, créé par ses parents Robert et Carmen en 1950, il a vécu une enfance inspirante, entre un fabuleux paysage de bord de mer et un continuel défilé de célébrités et d’artistes. Parmi les habitués, Pierre Cardin, Grace Kelly, la famille Kennedy, Françoise Sagan, Jules Dassin ou encore Marc Chagall, qui est l’un des premiers à percevoir le potentiel créatif de Marcestel. Mais c’est sa mère qui l’initie à l’art. «Elle était en charge des collections de l’hôtel. Elle commandait des œuvres pour le hall d’entrée, le salon ou les chambres», explique le collectionneur. Bachelier en 1960, il quitte le lycée monégasque pour l’université parisienne, où il se lance dans les sciences économiques ainsi que dans les langues, le russe, le chinois et le japonais. Un goût pour les cultures orientales qui ne le quittera jamais. Son service civil est ainsi l’occasion de voyager : direction le Laos pour une année au sein de l’ambassade de France. De retour à Paris en 1969, il devient secrétaire du ministre des Affaires étrangères Maurice Schumann, une autre connaissance du Cap Estel. Mais bientôt, les voyages vont faire naître de nouvelles aspirations. Après l’Inde et le Cambodge vient la révélation du Japon en 1970. Il s’y rend en compagnie de Pierre Cardin afin de visiter l’Exposition universelle d’Osaka. Là, il rencontre notamment Taro Okamoto, qui deviendra son ami. «Nous avons la même date d’anniversaire. Chaque année, nous célébrons ensemble cette journée», précise Marcestel. L’artiste japonais, qui a étudié à Paris à partir de 1929, est ainsi présent dans cette collection avec dix lithographies en noir de sa série «Volants», de 1977, typique de son travail figuratif, à l’esprit surréaliste et aux formes toujours tournoyantes (3 000/5 000 €).

Cette rencontre avec le pays du Soleil-Levant bouleverse tout. La découverte des peintures sur soie du sanctuaire de Kiyomizu, à côté de Kyoto, pousse Marcestel à se tourner vers la création. S’il étudie un temps dans l’atelier d’architecture Zavaroni, aux Beaux-Arts de Paris puis au musée Nissim de Camondo, il s’installe rapidement sur l’île nippone, où il vit toujours, cinquante ans plus tard. C’est quasiment en autodidacte qu’il a élaboré sa peinture, dont quatre exemples sont inscrits à ce catalogue. Des compositions tant figuratives qu’abstraites qui ont en commun la même explosion de couleurs et une thématique liée à la nature et à la cosmogonie, à l’image du grand diptyque Le Jaillissement (13 000/15 000 €). Mais Marcestel n’est pas qu’un peintre. Il est devenu une personnalité incontournable au Japon. Lors de l’intronisation du nouvel empereur en 2019, il fut ainsi le seul artiste étranger convié à présenter une quinzaine de toiles sur la genèse du pays. Il s’est également investi du rôle de promoteur pour la plupart des auteurs de ces 356 œuvres, désireux de les faire connaître en Asie au gré d’expositions dans les galeries du pays.
 

Édouard Georges Mac-Avoy (1905-1991), L’Hommage à Tama Saburo, huile sur toile, 1983, 175 x 180 cm. Estimation : 5 000/6 000 €
Édouard Georges Mac-Avoy (1905-1991), L’Hommage à Tama Saburo, huile sur toile, 1983, 175 180 cm.
Estimation : 5 000/6 000 


Une collection française ouverte sur l’étranger
Si le Japon est encore représenté au sein de cette collection par Léonard Tsuguharu Foujita avec un dessin, Tête de femme, prisé 4 000/5 000 €, la sélection étrangère s’est encore enrichie grâce aux nombreux voyages de Marcestel, notamment en Inde. 1 000/1 500 € sont annoncés pour une encre et couleurs sur carton de Sakti Burman et 6 000/8 000 € pour Sculpture, aux motifs géométriques en placage de métaux bruts et de métaux laqués sur bois, réalisée vers 1970 par Satish Gujral. Quant au Vietnamien Lebadang, qui vécut en France dès 1940, c’est lors du vernissage d’une exposition à la Circle Gallery de New York, en 1987, qu’il rencontra Marcestel. Ce dernier, qui possédait déjà plusieurs de ses œuvres, devint dès lors son agent. 3 000/4 000 € sont à envisager pour sa sculpture en relief. Mais la plus grande partie de la collection est composée de peintres de la seconde école de Paris, de ces artistes modernes associés également au Salon des peintres témoins de leur temps, initié en 1951 par Isis Kischka, regroupant les adeptes de la figuration. À cette époque, les Japonais étaient très amateurs d’art moderne et de ses interprètes de la nouvelle génération. Bernard Buffet, bien sûr (Femme en maillot, une maquette de costume pour un opéra de Vincent d’Indy à l’encre de Chine sur papier de 1968, est estimée à 1 500/2 000 €), mais aussi René Genis (Felouques à Assouan, 800/1 000 €) ou encore Jean Cluseau-Lanauve (Femmes sur une terrasse au bord de mer, 3 000/4 000 €). Harmonie des couleurs et atmosphère lyrique règnent sur le Pianiste au Suquet du peintre de la réalité poétique André Brasilier, espéré à 2 500/3 000 €. Surtout connu pour ses portraits de célébrités, Édouard Georges Mac-Avoy a vendu sa première toile à l’État à l’âge de 19 ans. Le dessin domine ses œuvres, dans lesquelles la palette est souvent réduite à un camaïeu de gris. Il influencera d’ailleurs son élève, un certain Bernard Buffet. Mais dans sa toile de 1983 L’Hommage à Tama Saburo, estimée 5 000/6 000 €, il laisse s’exprimer les couleurs des traditionnels kimonos. Une composition hommage au monde du spectacle nippon. France et Japon, l’éternelle ambivalence de Marcestel. 

 

Michel Henry (1928-2016), Vue de Venise, 126 x 158 cm à vue (détail). Estimation : 3 000/4 000 €
Michel Henry (1928-2016), Vue de Venise, 126 x 158 cm à vue (détail).
Estimation : 3 000/4 000 €

3 questions
à Marcestel


Quand avez-vous commencé à acheter des tableaux ?
Principalement dans les années 1970 et 1980. J’ai acquis presque toutes ces œuvres directement auprès des artistes que je côtoyais à cette époque. Je les connaissais parfois depuis des années, grâce aux rencontres au Cap Estel. L’un des premiers était Louis Berthommé Saint-André [Femme dénudée, estimé à 800/1 000 €]. Président du Salon du dessin et de la peinture à l’eau, il côtoyait beaucoup d’artistes et il nous a mis en relation. Puis j’ai décidé de représenter ces peintres au Japon. J’ai ainsi exposé des Chagall et des Buffet mais aussi mes amis Mac-Avoy, Michel Henry ou Bonnefoit.

Où étaient conservées ces œuvres ?
Ces tableaux, qui ne représentent qu’une partie de ma collection, étaient conservés il y a encore peu à la Bananeraie, le premier hôtel créé par mes parents et qui est devenu, après 1985, ma maison à Èze. Si la plus grande partie de ces œuvres ont été exposées au Japon, certaines sont restées en France, comme celles d’artistes nippons ou indiens. L’ironie du sort est que certains de ces peintres n’ont plus, chez nous, la même cote que dans les années 1980. Au Japon, ce n’est pas le cas : un tableau de Mac-Avoy peut s’y vendre 30 000 €.

Comment caractériseriez-vous votre propre peinture, qui oscille entre figuration et abstraction ?
La peinture abstraite représente plus de 60 % de mon travail, le reste étant dédié aux séries de bouquets et de paysages. Mais tous ces tableaux ont en commun le travail de la matière, de la couleur, du mouvement et de la fluidité. Aujourd’hui, quand je démarre une peinture, elle est souvent abstraite puis je la laisse mûrir. De là naissent un personnage, une divinité ou un élément figuratif. Mes thèmes sont liés à la nature et à la création du monde. La mythologie japonaise est également centrale dans ma création. Je l’ai apprise à mon arrivée dans ce pays grâce à la lecture de l’ouvrage traditionnel Kojiki. J’ai maintenant toute une bibliothèque sur ce thème.
mercredi 07 décembre 2022 - 10:00 (CET) - Live
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Pichon & Noudel-Deniau (Azur Enchères)
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