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Dans les murs évanouis du premier Empire au Mobilier national

Le 12 octobre 2021, par Christophe Averty

En reconstituant les intérieurs de trois palais impériaux disparus, le Mobilier national célèbre, à la galerie des Gobelins, l’ambition de Napoléon pour les arts décoratifs.

Dans les murs évanouis du premier Empire au Mobilier national
Jacob-Desmalter (1770-1841), sur un dessin de Percier et Fontaine, trône de l’empereur Napoléon Ier au palais des Tuileries, 1804, Mobilier national.
© Thibaut Chapotot

Comme les mots d’une langue perdue, mobilier, objets, soieries ou tapisseries incarnent l’esprit d’un temps, la mémoire de ses codes et de ses usages. Ainsi en va-t-il des décors et ornements du palais des Tuileries, des châteaux de Saint-Cloud et de Meudon, ayant échappé aux obus de la guerre de 1870 et aux feux de la Commune. Quelque 350 pièces – dont la plupart de celles d’ébénisterie et de menuiserie restaurées pour l’exposition – composent un parcours chronologique et topographique, explorant les styles de l’épopée napoléonienne, du Consulat à la chute de l’Empire. «Bien qu’aucun bâtiment ne subsiste, nous avons découvert combien le Grand Siècle habite les demeures dans lesquelles Napoléon a choisi de s’établir. Il conservera d’ailleurs du Roi-Soleil certains éléments au service de sa propre image», explique Thierry Sarmant, directeur des collections du Mobilier national et commissaire général de l’exposition. «Cet aspect méconnu n’avait, jusqu’à présent, jamais été mis en exergue», note le conservateur. Ainsi comprend-on le réemploi aux Tuileries des tapisseries de Louis XIV, bientôt complétées par des commandes aux Gobelins à la gloire des victoires de l’Empereur. Dans un constant va-et-vient entre références historiques et innovations formelles, entre motifs et emblèmes – telle cette succession de sièges, du fauteuil impérial au ployant, illustrant l’ordre hiérarchique et la stricte étiquette de l’Empire –, l’exposition suit donc l’évolution du goût de la famille régnante. À l’installation précipitée du Premier consul au premier étage des Tuileries, après le coup d’État du 18 Brumaire, succéderont l’aménagement et l’ameublement de Saint-Cloud, sa résidence d’été, puis la transformation plus informelle de Meudon, destiné au jeune Roi de Rome et ayant pour but de légitimer l’avenir de la dynastie impériale. Dans chaque palais investi, Napoléon, en grand amateur de meubles Boulle, favorise l’innovation et la dynamique d’un artisanat de prestige, en même temps qu’il exprime et affirme son dessein diplomatique, économique, dynastique. Dès lors, au fil d’une progression limpide, s’impose la comparaison des styles. «La phase la plus foisonnante et audacieuse des arts décoratifs dans cette époque napoléonienne, et sans doute dans l’histoire du néoclassicisme, est celle du Consulat», soutient le commissaire. Entre 1798 et 1804, les meubles se parent d’ornements animaliers et végétaux, et des têtes de femme viennent habiter les accotoirs des fauteuils du directeur Treillard (1798-1799) – ayant toujours leurs soieries d’origine –, placés aux Tuileries. Puis, à partir de 1810 et expression d’un Empire triomphant, les formes s’alourdissent jusqu’à la Restauration. Au fil de cette histoire des styles, des restitutions numériques replacent dans leur contexte originel les objets présentés. Par cette mise en perspective physique et virtuelle particulièrement réussie, le Mobilier national entend stimuler la politique des dépôts patrimoniaux, tout en poursuivant l’ameublement officiel des institutions de la République.

«Palais disparus de Napoléon», galerie des Gobelins,
42, avenue des Gobelins, Paris 
XIII
e, tél. : 01 44 08 53 49,
Jusqu’au 16 janvier 2022.
www.mobiliernational.culture.gouv.fr

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