D’Hanoï à Paris, le parcours de Mai-Thu

Le 29 mai 2019, par Anne Foster

Peintre, cinéaste et musicien, l’artiste vient à Paris pour l’Exposition des arts décoratifs en 1937. Son œuvre privilégie les peintures de femmes et d’enfants du Vietnam.

Mai Trung Thu, dit Mai-Thu (1906-1980), Auprès du grand-père, encre et couleurs sur soie, 100 x 81 cm.
Estimation : 100 000/120 000 €
© adagp, paris, 2019

Sur un fond neutre, ici d’un vert nuageux, Mai-Thu (1906-1980) évoque la simplicité de la vie quotidienne au Vietnam, nous offrant une scène autant pleine de vie que d’émotion. Un homme âgé, à la barbe blanche, richement vêtu, tend l’oreille car il est probablement un peu sourd vers l’un de ses petits-enfants qui l’entourent. Ce gamin, à la bouche ouverte, lève des yeux pleins d’admiration, tandis qu’une toute jeune fille se tient de l’autre côté du vieillard, tenant un éventail de plumes, prête à le rafraîchir. L’un des plus jeunes, vêtu d’une veste d’un superbe rouge, s’appuie sur ses genoux avec un livre ou un cahier, tandis que trois autres jouent au go à ses pieds. Les physionomies enfantines sont variées, exprimant le respect, l’amour, une certaine fierté, et de l’expectative chez les joueurs. Une scène des plus normales et emblématique des valeurs vietnamiennes, centrées autour de la famille avec ses deux piliers, l’aïeul et les enfants. Ces derniers composent une part importante de l’œuvre de Mai-Thu, celle qui connut un succès fulgurant. Impossible en effet de ne pas être séduit par ces bambins s’amusant, étudiant, se livrant à toutes sortes d’occupations, comme dans La Baignade, encre et couleurs sur soie peinte en 1962, offerte en 2018 au musée Cernuschi par la fille de l’artiste, Mai Lan Phuong première des œuvres de son père à entrer dans une collection publique. Issu d’une famille aisée de lettrés, Trung Thu étudie au lycée français d’Hanoï, puis s’inscrit à l’École supérieure des beaux-arts de l’Indochine, fondée dans la capitale du Tonkin en 1925 par Victor Tardieu et Nguyen Nam Son. Il fait partie de la première promotion de diplômés, avec ses amis Lé Phô et Vu Cao Dam le trio se retrouvera à Paris, poursuivant la symbiose entre les peintures occidentale et vietnamienne. Parallèlement à ses études artistiques, le jeune homme a commencé à pratiquer la photographie réalisant des reportages sur les diverses tribus du pays , ce qui lui permettra plus tard de suivre en cinéaste la visite d’Ho Chi Minh, au moment de la conférence de Fontainebleau à l’été 1946. Nommé professeur de dessin au lycée français de Hué, ville impériale, il prend également des cours de musique et devient rapidement un excellent joueur de monocorde (dan doc huyen), de guitare, de flûte et de seize cordes (dan tranh). Il obtiendra en 1960, avec le professeur Tran Van Khé musicologue de renom et la chanteuse Mong Trung, le grand prix national du disque pour un enregistrement de Musique du Vietnam. Cette même année, Maxime Gautier écrit : «Voici donc un peintre vietnamien. Et je le loue, pour commencer, de nous parler purement dans sa langue».

mardi 11 juin 2019 - 15:00 - Live
Salle 9 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Aguttes
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne