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Collection Christian et Isabelle Adrien, entre dessins et tableaux anciens

Le 28 octobre 2021, par Vanessa Schmitz-Grucker

Après une exposition remarquée au musée des beaux-arts de Rennes et une vente de dessins à succès en 2018, Christian et Isabelle Adrien se séparent du reste de leur collection, notamment des tableaux. 

Collection Christian et Isabelle Adrien, entre dessins et tableaux anciens
Isaac Moillon (1614-1673), Allégorie, huile sur toile, 125 98 cm (détail).
Estimation : 30 000/40 000 Adjugé : 40 832 €

Ce sont cinquante ans d’un travail minutieux, l’engagement de toute une vie, que Christian Adrien et son épouse Isabelle ont dévoilé ces dix dernières années dans les musées et en salle de ventes. Des dessins de maîtres anciens italiens, français et nord-européens – dont beaucoup acquis en tant qu’œuvres anonymes puis réattribuées à des noms comme Salviati, Carracci, Rubens, Poussin ou encore Lemoyne – ont fait le prestige de cet ensemble. Si Christian Adrien se définit comme «un second géniteur» pour les œuvres qu’il a rassemblées, c’est qu’il n’a pas cherché la facilité. Autodidacte en histoire de l’art et passionné de chasse, il s’est mis, aux côtés d’Isabelle, en quête de trésors cachés dans les vitrines parisiennes jusqu’aux brocantes et antiquaires de province. Se comportant différemment des acheteurs d’œuvres identifiées et classées, tous deux ont adopté une véritable démarche d’historiens de l’art : de musées en archives, ils ont effectué un remarquable travail d’identification de leurs pièces. Une dévotion pour leur sujet qui n’est pas passée inaperçue puisqu’en 2012, le musée des beaux-arts de Rennes présentait leur collection de dessins, accompagnée d’un catalogue dirigé par Pierre Rosenberg. Christian Adrien faisait alors don à l’institution du Christ au Jardin des Oliviers et d’un dessin d’une Tête de Christ, tous deux signés Jean Restout.
 

Gaudenzio Ferrari (1475-1546), Saint Matthieu et l’Ange, pierre noire, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc sur papier bleu,
Gaudenzio Ferrari (1475-1546), Saint Matthieu et l’Ange, pierre noire, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc sur papier bleu, cintré, contours piqués, 34,5 18 cm.
Estimation : 7 000/8 000 


Un travail de fourmi
Six ans plus tard, en mars 2018, le marché saluait les soixante-dix-huit œuvres, presque exclusivement des dessins, vendues chez Sotheby’s. À l’occasion de cette dispersion, Christian Adrien confiait que, au moment où il avait débuté sa collection, les dessins n’étaient pas montrés au public. Il n’y avait pas d’expositions ni de publications. «Aussi, pour 1 000 F, se souvient-il, on pouvait se procurer des œuvres majeures comme celle de Le Brun, Jupiter assis dans les nuages, que j’ai eu la chance d’acquérir en 1976 chez un marchand de la rue du Mont-Thabor.» Chose étonnante, selon le collectionneur, «ce dessin était dans [la] vitrine depuis six ans, le nom de Le Brun étant inscrit sur le support […], mais il semble que personne d’autre ne l’ait remarqué». Et de conclure : «J’ai pu confirmer l’attribution, grâce au pendentif, dans la collection du Louvre.» Après cette vente de dessins, ce sont surtout de tableaux dont se sépare aujourd’hui Christian Adrien qui ne conserve presque plus rien de sa collection : «Il faut mourir de son vivant», avance-t-il énigmatiquement. Pour ses recherches, celui qui a davantage chiné qu’arpenté les salles de ventes n’a pas hésité à s’entourer de spécialistes et a réussi, avec l’aide de l’historien d’art Jean-Luc Bordeaux, à dater de 1717 le dessin d’une Tête d’homme barbu par François Lemoyne (1 000/1 500 €) en le rapprochant notamment des figures de La Mission des douze apôtres, exécutée cette année-là et conservée dans la cathédrale de Sens. Quant au Portrait du peintre Jean-Baptiste Gayot Dubuisson d’Antoine Pesne, (4 000/6 000 €), son modèle a pu être identifié grâce à un autre portrait réapparu sur le marché à Munich, chez Hampel, le 3 décembre 2010. Des zones d’ombres subsistent comme autant de mystères à résoudre pour les futurs propriétaires : quelle est cette collection mentionnée sous le lavis noir et gris de Jésus guérissant l’homme à la main sèche d’Arnould de Vuez (3 000/5 000 €) ? Celle de madame de la Villéhélio ? Qui se cache derrière l’esquisse de l’Allégorie de la nuit (2 000/3 000 €) ? Son style se rapproche de plusieurs peintres néoclassiques,notammentdeRéattu, Hennequin ou encore Meynier, sans que l’on n’ait pu, à ce jour, en identifier aucun.

 

Joseph-Marie Vien (1716-1809), Loth et ses filles, huile sur toile 63 x 81 cm (détail). Estimation : 15 000/20 000 €
Joseph-Marie Vien (1716-1809), Loth et ses filles, huile sur toile 63 81 cm (détail).
Estimation : 15 000/20 000 


Un ensemble aux pendants muséaux
Le nom de Jean-Baptiste Oudry est cité à plusieurs reprises dans la collection Adrien. L’illustrateur le plus célèbre des Fables de La Fontaine partage avec son collectionneur le goût de la chasse. Lors de la vente de 2018, l’étude au charbon d’une poule, de sa main, avait de loin dépassé les attentes en étant adjugée 50 000 € sur une estimation de 8 000/12 000 €. Fait notable pour notre huile sur toile figurant la fable du Loup et l'Agneau, lot phare de la vente (40 000/60 000 €), son dessin préparatoire pour la tête du fauve est conservé au musée d’Orléans. Une autre esquisse, sur laquelle apparaît l’horloge du château de Bellevue, se trouve au musée de Pontoise. L’œuvre est donc très vraisemblablement en lien avec une commande de la maîtresse des lieux, la marquise de Pompadour. Notre toile, illustrant la fable X, est également semblable à un exemplaire du musée du Puy ainsi qu’à un autre au musée de la Cour d’or, à Metz. Allégorie, d’Isaac Moillon (30 000/40 000 €), fait partie des œuvres au catalogue qui ont été exposées dans des institutions : cette immense huile sur toile de 125 98 cm, imprégnée du style de Simon Vouet, fut, en effet, accrochée lors de l’exposition «Isaac Moillon, un peintre du roi à Aubusson», au musée de la Tapisserie de la ville. Quant à l’huile de Joseph-Marie Vien, Loth et ses filles (15 000/20 000 €), ce n’est autre qu’une réplique de son tableau de 1747 conservé au musée des beaux-arts du Havre, commande du miniaturiste Hubert Drouais. L’école italienne n’est pas en reste. Le dessin préparatoire de Saint Matthieu et l’Ange de Gaudenzio Ferrari (7 000/8 000 €) est en tout point similaire au polyptique final commandé en 1529 pour l’église San Cristoforo de Vercelli (Piémont) par le comte de Lignagna. Acquis en 1984 à la galerie Claude Van Loock, à Bruxelles, il est mentionné dans la collection du comte Vilain XIV (1778-1856), industriel, homme politique et grand propriétaire foncier belge. Deux Annonciations du même peintre sont conservées à la National Gallery de Londres, attestant du goût particulier et du flair du couple Adrien.

 

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Christophe Joron Derem
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