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Chaumont-sur-Loire, success story

Publié le , par Annick Colonna-Césari

Patrimoine, art des jardins et art contemporain : fondé sur ces trois piliers, le domaine de Chaumont-sur-Loire continue d’écrire son histoire avec l’ouverture d’un hôtel doublé d’un centre de réflexion.

L’hôtel Le Bois des chambres. © Éric Sander Chaumont-sur-Loire, success story
L’hôtel Le Bois des chambres.
© Éric Sander

Les amoureux du domaine de Chaumont-sur-Loire guettent toujours le retour des beaux jours, pour venir y faire le plein de culture ou de nature, ou les deux à la fois. Le millésime 2022 est néanmoins particulier. Il marque d’abord un triple anniversaire : les 30 ans de son Festival international des jardins, dont chaque édition dévoile une trentaine de jardins éphémères, les 15 ans de sa Saison d’art, qui propose les créations originales de quinze artistes dialoguant avec le paysage et le château, et les 5 ans de Chaumont-Photo-sur-Loire, programmé à l’automne. Mais pour sa directrice, Chantal Colleu-Dumond, qui n’est pas du genre à s’enfermer dans les célébrations, ces événements coïncident avec l’ouverture d’un hôtel, Le Bois des chambres, permettant aux visiteurs de prolonger l’enchantement. Car, en quinze ans, leur nombre a plus que doublé, dépassant les 500 000 (avant la crise sanitaire). « Cette dimension d’hospitalité nous faisait défaut, souligne-t-elle. Parce que les environs manquent d’hébergements et que deux journées sont nécessaires pour découvrir notre site. » Pour autant, il ne s’agit pas d’un hôtel comme les autres. Il s’accompagne en effet d’un « centre de réflexion », où se tiendront dès la rentrée des rencontres mensuelles, joliment baptisées « Conversations sous l’arbre ». Une chose est sûre : lorsque Chantal Colleu-Dumond (voir Gazette 2017 n° 22, p. 235) a pris les rênes de l’établissement en 2007, l’ancienne directrice de l’Institut français de Berlin n’imaginait pas une telle aventure. D’autant qu’à l’époque, parmi les châteaux de la Loire, Chaumont faisait figure de parent pauvre. Il avait pourtant connu la splendeur au XVIe siècle, du temps de Catherine de Médicis et surtout de Diane de Poitiers, puis au début du XXe, racheté par Marie-Charlotte-Constance Say, riche héritière des sucreries Louis Say, épouse du prince de Broglie. Le couple fera aménager de somptueux salons, de luxueuses écuries et un parc à l’anglaise. Mais leurs extravagantes réceptions les conduisirent à la ruine. En 1938, les meubles sont vendus à l’encan. Et, cédé à l’État, il sombre dans la léthargie. Jusqu’à ce qu’en 1992 Jean-Paul Pigeat, pionnier du renouveau de l’art végétal, lance un festival dédié aux jardins qui, lui, va trouver son public.
 

John Grade, Réservoir. © Éric Sander
John Grade, Réservoir.
© Éric Sander

Un destin mouvementé
C’est la raison pour laquelle, lorsque l’État a proposé de transférer certains de ses monuments aux collectivités territoriales, la région Centre Val-de-Loire s’est portée candidate à l’acquisition du château. « Notre objectif, rappelle François Bonneau, président de la région, consistait à articuler, en un seul projet, la nature – donc le festival et le parc – avec la culture – c’est-à dire le patrimoine architectural – en y associant la création contemporaine, sur la thématique du paysage. » Lourde était donc la mission confiée à Chantal Colleu-Dumond : il fallait faire revivre le lieu en le remeublant. « Nous l’avons fait petit à petit. Grâce à un fonds régional de 30 000 €, nous avons pu acheter 600  meubles et objets, dont certains n’avaient pas quitté la région après la vente de 1938. Les photos laissées par la princesse ont facilité notre travail de reconstitution. » De son côté, le Mobilier national a déposé 80 pièces, tapis, sculptures ou vases de Sèvres. « Aujourd’hui, poursuit Laurent Lébé, intendant du domaine, une veille est organisée, particulièrement sur les ventes aux enchères, mais nous ne faisons plus que des acquisitions ponctuelles. » L’introduction de l’art contemporain s’est révélée plus délicate. « En raison de son image parfois négative, souvent associée à la provocation ou à la laideur, beaucoup craignaient qu’il nuise au patrimoine, se souvient Chantal Colleu-Dumond. Heureusement la thématique de la nature, qui donne souvent naissance à des œuvres poétiques, m’a aidé à faire accepter le projet. » En tout cas, depuis sa nomination, plus de cent cinquante artistes ont bénéficié de commandes, qui toutes font écho à l’emplacement choisi en accord avec le plasticien. L’art s’est aussi progressivement glissé dans les salles historiques du château et a investi les parties les moins nobles, des cuisines aux chambres de bonnes, jusqu’aux écuries, tandis que quelques espaces ont été transformés en lieux d’exposition. À l’instar de la Galerie digitale, située sous les combles, inaugurée en mai. Dans ses trois cents mètres carrés, inaccessibles depuis la guerre, défile – pour cette première – un hypnotique paysage numérique signé de l’Italien Davide Quayola, inspiré, comme il se doit, des jardins de Chaumont.
 

Le château de Chaumont-sur-Loire, construit aux XVe et XVIe siècles.© Éric Sander
Le château de Chaumont-sur-Loire, construit aux XVe et XVIe siècles.
© Éric Sander

Entre jardins pérennes et hôtel d’arts et nature
Au fil du temps, de multiples projets ont donc vu le jour, « graduellement, de manière presque naturelle, mais toujours fondés sur une exigence de qualité », résume Laurent Lébé. Deux restaurants ont ouvert, mettant en valeur les productions du domaine et des terroirs de la région. Aux vingt-deux hectares initiaux du parc, dix se sont ajoutés en 2012 : les Prés du Goualoup. Ici, sont cultivés des jardins pérennes, liés aux grandes civilisations, méditerranéenne, japonaise, chinoise ou africaine, à la différence de ceux, éphémères, du Festival international des jardins. Et depuis quatre ans, le calendrier s’est encore étoffé. En septembre, se déroulent « Les botaniques de Chaumont-sur-Loire », une exposition-vente à laquelle participent des pépiniéristes triés sur le volet. En octobre, durant la manifestation « Quand fleurir est un art », les salles du château se métamorphosent grâce à de spectaculaires installations florales. Et « Chaumont-Photo-sur-Loire » prend le relais en novembre, déployant ses images durant trois mois. « Le domaine maintient à présent presque constamment un niveau d’activité élevé, ce qui a permis l’implantation de l’hôtel », se réjouit François Bonneau. Subventionné par la région à hauteur de 2,2 M€ annuels, Chaumont réussit même l’exploit de s’autofinancer à 75 %, grâce au cumul des recettes provenant de la billetterie (4,5 M€), des restaurants (1,6 M€) et des boutiques (800 000 €). Un chiffre qui pourrait monter à 85 %, avec l’ouverture du Bois des chambres. Fruit de la réhabilitation d’un ancien corps de ferme et d’une création architecturale, l’hôtel conçu par Patrick Bouchain comprend trente-neuf chambres, noyées dans la verdure, et un drôle de restaurant, coiffé de chaume. « L’ensemble reprend les codes dont nous avons l’habitude », commente Laurent Lébé. Car l’art y a toute sa place. Deux anciennes granges accueilleront des séminaires : c’est là que se tiendront également les « Conversations sous l’arbre », animées par des personnalités sur les thématiques de prédilection du domaine, patrimoine, paysage, écologie ou art contemporain. « Notre force, conclut Chantal Colleu-Dumond, est d’attirer des publics variés. Ici se côtoient des amateurs d’art qui ne connaissent rien aux jardins, des passionnés de châteaux qui fuient l’art contemporain, et des familles venant simplement se promener. Et pourtant, chacun peut faire des découvertes. Le “centre de réflexion” offrira en plus des moments privilégiés de rencontres, accessibles à tous. Nous avons besoin d’îlots de pensée et d’échanges, pour contrecarrer la brutalité de notre société. Avec Chaumont, j’espère apporter ma goutte d’eau dans un monde qui n’a pas compris à quel point la culture était fondamentale. »

à voir
« Saison d’art » : jusqu’au 30 octobre ;
« Festival international des jardins » : jusqu’au 6 novembre ;
« Les Botaniques de Chaumont-sur-Loire » : 17 et 18 septembre ;
« Quand fleurir est un art » : du 7 au 11 octobre ;
« Chaumont-Photo-sur-Loire » : du 20 novembre au 28 février 2023
 Domaine de Chaumont-sur-Loire (41), tél. : 02 54 20 99 22,
www.domaine-chaumont.fr
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