Bruxelles, capitale des cultures du monde

Le 31 mai 2018, par Stéphanie Pioda
Mongolie, XVIIIe-XIXe siècle. Squelettes dansant, dits «Citipati», bois, h. 39 cm. Michael Woerner Oriental Art.


La formule prend, et peu à peu l’identité de Cultures - The World Arts Fair s’impose, même si les trois foires historiques qui se sont associées pour créer cette nouvelle synergie sont toujours aux manettes en tant que telles : Bruneaf (Brussels Non European Art Fair), AAB (Asian Art in Brussels) et BAAF (Brussels Ancient Art Fair). «Nous sommes maintenant à la troisième édition, qui devrait être un vrai test car, après deux années de rodage, nous commençons à entrer dans une phase décisive», analyse Didier Claes, président de l’association Bruneaf. Peut-être faut-il en déduire qu’un site Internet dédié sera conçu pour la prochaine tenue du salon, une fois que celui-ci sera sur les rails. Pour l’instant, les sites respectifs de chaque organisation listent les galeries associées à leurs spécialités : trente-deux en art tribal, quinze en archéologie et neuf en arts d’Asie, originaires de dix pays (la majorité de France et de Belgique, puis d’Allemagne, de Russie, de Suisse, des États-Unis, de Hong Kong, de Russie…). Si la plupart sont concentrées dans le quartier du Sablon, un nouveau pôle est en train de se constituer à Ixelles, avec Bernard de Grunne, Didier Claes, Group 2 Vanhevel et Renaud Riley, d’où la mise en place par les organisateurs de navettes au départ du Sablon pour y accéder plus facilement.
Un œil plus éclectique
Le regroupement de toutes ces spécialités répond à un état de fait et à «une évolution du marché de l’art tribal tant au niveau local qu’international», pointe Bernard de Grunne. «Les collectionneurs “classiques’’, d’art africain strictement, existent toujours mais de nouveaux acheteurs importants, qui mêlent art moderne, art contemporain, Antiquité et arts asiatiques jouent un rôle important dans notre secteur. Nous devons donc étendre notre promotion vers ces nouveaux acheteurs à l’œil plus éclectique», poursuit-il. D’où la présence croissante de l’art tribal dans les salons généralistes, comme Frieze Master ou le PAD. Installé à Nîmes, Olivier Larroque est un fervent partisan de cette nouvelle formule, qui «permet de mutualiser nos efforts pour offrir un salon d’envergure capable de faire le poids face à la forte concurrence actuelle des foires européennes. Contrairement à Parcours des mondes à Paris, auquel je participe également, Bruxelles, par son esprit d’avant-garde et son haut niveau d’expertise dans l’art africain, permet de présenter des objets moins classiques ou moins connus. On peut y faire des découvertes, et les prix y sont globalement moins élevés qu’à Paris ou New York». Ainsi, Michael Woerner, installé à Hong Kong, surprendra les visiteurs avec une sculpture de deux squelettes dansant (Citipati) provenant de Mongolie et datant du XVIIIe-XIXe siècle (35 000 €). Parmi les pièces présentées à la galerie Martin Doustar, on remarque notamment une grande représentation d’ancêtre de la rivière Keram, provenant de Papouasie-Nouvelle-Guinée (48 000 €) : «Elle est probablement antérieure au XIXe siècle, comme l’attestent la patine et le style particulièrement archaïque de la sculpture. La figure semble danser sur un pied, le corps longiligne et émacié initiant une sorte de vrille étonnante». Quant à Olivier Larroque, il expose une statue teke (Congo, fin XIXe-début XXe siècle, 11 000 €) provenant de la collection Vanderstraete (Belgique) et conservée depuis quarante ans dans une collection privée française. «Elle fut publiée dans l’ouvrage de Jean Cornet en 1972, puis dans Les Arts bateke, livre de référence de Raoul Lehuard, en 1996. Le raffinement du traitement de la tête, entièrement scarifiée, contraste avec le schématisme et l’érosion du torse, dont la cavité accueillait autrefois une charge magique.» Notons également la magnifique tête reliquaire lumbu (Gabon) présentée par Dalton Somaré, celle du peuple lobi (Haute-Volta) pour un autel présentée par Sanne Nies, ou encore une magnifique statue tibétaine en cuivre doré de Vairocana (XIVe siècle), proposée par Carlo Cristi, et, à la galerie Ambre Congo, une série de tableaux de Bela provenant de la collection de Pierre Loos. Vous avez dit éclectique ? Autant de merveilles à découvrir de galerie en galerie, à un moment où «globalement, le marché se redresse, analyse Olivier Larroque. J’ai très bien travaillé l’année dernière, notamment avec des clients étrangers, et je dirais que c’est le moment d’acheter, car après cinq ou six années difficiles les prix sont encore raisonnables, mais cela ne saurait durer. Les objets se raréfient et la clientèle dépasse aujourd’hui le cercle restreint des collectionneurs spécialisés.» Le conseil est donné...

Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne