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Brafa, une foire plus séduisante que jamais

Publié le , par Stéphanie Pioda

Pour sa soixante-septième édition, la Brafa quitte Tour & Taxis pour Brussels Expo. Elle maintient le cap autour de l’éclectisme et de la transversalité, une formule gagnante pour la foire.

Pieter Bruegel le Jeune (1564-1636), Kermesse de Saint-Georges et la ronde autour... Brafa, une foire plus séduisante que jamais
Pieter Bruegel le Jeune (1564-1636), Kermesse de Saint-Georges et la ronde autour de l’arbre de mai, 54,6 x 75,7 cm (détail).
Galerie De Jonckheere.

En juin 2022, c’est à Bruxelles qu’il faut être, et tout particulièrement à la Brafa ! La notoriété de la foire créée en 1956 a tellement grandi ces dix dernières années qu’elle est devenue incontournable. Un indice qui ne trompe pas, au-delà des avis des professionnels, tous très enthousiastes : alors que les dates de la Brafa se chevauchent avec celles de la Tefaf à Maastricht (du 25 au 30 juin), une trentaine de marchands ont décidé de participer aux deux événements. Certes, il y a ce besoin fort de retrouver les amateurs en chair et en os, mais la foire belge a su s’imposer tant au niveau de la qualité et de la diversité des exposants que par le niveau des collectionneurs qu’elle mobilise. «Nous n’avons pas pu toujours être présents comme nous l’aurions souhaité à la Brafa, dont les dates étaient très rapprochées de Maastricht, qui est, pour l’art ancien, une exposition phare», reconnaît Georges De Jonckheere. «Étant belge et l’un des premiers à y participer il y a quarante-cinq ans, je ne pouvais qu’être solidaire de la Brafa. On croise des collectionneurs locaux et internationaux et des grands marchands.» En digne représentant de l’art ancien, il a réservé une Kermesse de Saint-Georges et la ronde autour de l’arbre de mai de Bruegel le Jeune (autour de 4 M€). Datée de 1627, elle fourmille de détails et concentre une énergie communicative dans cette ronde au premier plan autour d’un arbre enrubanné, véritable célébration du retour des beaux jours. Corinne Kevorkian, qui rejoint pour la première fois les 115 exposants de cette édition (dont dix-huit nouveaux), et introduit sa spécialité en tant que galerie d’arts de l'Orient et de l’Islam, observe la foire depuis un certain temps et «constate une progression tant en termes de qualité que d’organisation». Elle retrouve une clientèle belge, «qui a un œil pointu et un intérêt pour les bronzes du Luristan», déjà rencontrée à la Tefaf. Elle a réservé pour cette occasion un ensemble de pièces provenant pour la plupart d’une seule collection française, dont un élégant étendard figurant deux bouquetins ailés affrontés, représentatif de l’art animalier des peuples nomades de l’ouest de l’Iran autour du Ier millénaire avant notre ère. «C’est un art qui a produit des formes originales d’une très grande modernité, peu identifiables dans la mesure où les créatures représentées ne sont pas forcément réalistes, donc laissant une grande place à l’imaginaire.»
 

Égypte, Moyen Empire, XIIe dynastie, règne de Senousert Ier, 1971-1926 av. J.-C. Fragment de tête du pharaon Senousert Ier, granit noir, 1
Égypte, Moyen Empire, XIIe dynastie, règne de Senousert Ier, 1971-1926 av. J.-C. Fragment de tête du pharaon Senousert Ier, granit noir, 16 x 10 x 13 cm. Axel Vervoordt.

Équilibre entre les spécialités
Ce qui apparaît de prime abord comme un handicap, à savoir la tenue de deux salons concomitants – avec la Tefaf comme poids lourd –, devient au contraire un atout et un facteur d’émulation, sur lequel parient certainement les 30 galeries qui se sont dédoublées. Il est vrai que Maastricht et Bruxelles ne sont distantes que d’une grosse centaine de kilomètres, mais la dynamique vient également de la place prise par la capitale belge elle-même sur le marché de l’art, avec l’installation d'enseignes étrangères comme Almine Rech, Gladstone ou Templon. C’est aussi ce qui a poussé le Luxembourgeois Alex Reding à s’y installer en octobre dernier, et à rejoindre la Brafa pour la première fois, alors qu’il participe à Art Brussels depuis 2003. Il s’agit pour la galerie Nauman Reding de se positionner sur une place plus internationale, tout en renforçant les liens avec «des collectionneurs aux mentalités et au pouvoir d’achat proches, et appartenant à des milieux économiques qui se fréquentent en permanence». Il y présentera des gouaches ou des encres d’August Clüsserath (autour de 2 000 €), des peintures du jeune Luxembourgeois Jonathan Fletcher (12 000/15 000 €), des œuvres de Barthélémy Toguo et de Stephan Balkenhol (au-dessus de 60 000 €). Côté art contemporain, on peut également souligner l’arrivée de la galerie de Marie-Hélène de La Forest Divonne, qui a ouvert une antenne à Bruxelles il y a six ans avec son fils. Elle a choisi d’offrir un stand plein de joie avec les sculptures surréalisantes de Catherine François (entre 5 000 et 20 000 €), des paysages colorés de Vincent Bioulès (de 4 000 à 50 000 €) et de Guy de Malherbe (de 1 500 à 35 000 €). L’équilibre entre les spécialités est un aspect important de cette foire généraliste, où l’on croise aussi bien de l’archéologie (Antonia Eberwein) que du mobilier XVIIIe (galerie Kraemer associée à Ars Belga), de l’art ancien que de l’orfèvrerie (Brun Fine Art, avec un ensemble baptismal portant les armoiries d’alliance du roi Victor-Emmanuel III d’Italie et de la princesse Elena du Monténégro réalisé pour le baptême de leur premier enfant, la princesse Yolanda), de la BD (Huberty & Breyne) ou des arts extra-européens (Didier Claes, Serge Schoffel...), ou encore du livre ancien (avec le retour de la librairie Jean-Claude Vrain) et des bijoux. Pour sa première venue, Collector Gallery dévoile ainsi une collection de bijoux-sculptures des années 1960-1980, pour la plupart jamais montrés, de Fernand Demaret et de Claude Wesel, deux orfèvres belges.
 

François Xavier Lalanne (1927-2008), Lapin polymorphe, 1968/1988, bronze, 26,5 x 34 cm x 9,5 cm. Galerie Mathivet.
François Xavier Lalanne (1927-2008), Lapin polymorphe, 1968/1988, bronze, 26,5 x 34 cm x 9,5 cm. Galerie Mathivet.

L’art belge à l’honneur
Parmi les pièces phares, on ne peut passer sous silence le caravagesque David avec la tête de Goliath, de la peintre italienne Elisabetta Sirani (1638-1665), proposé par Giammarco Cappuzzo Fine Art, galerie londonienne spécialisée depuis trois générations en peinture des maîtres anciens, qui fait ses premiers pas à la Brafa. L’art belge sera bien évidemment au cœur de cette édition, avec en premier lieu l’invité d’honneur Arne Quinze. Un choix que justifie Beatrix Bourdon, directrice générale de la foire : «Après Christo, Gilbert & George et Julio Le Parc, nous avons voulu retourner à nos racines pour rappeler que nous avons de bons artistes.» On découvrira son art coloré et inspiré de son jardin, véritable «jungle tempérée», à travers le tapis dont il a conçu le design et une installation monumentale, composée de sculptures, de dessins et de peintures. «De par ses nombreux projets et installations dans des villes aussi variées que Paris, Shanghai, Beyrouth, Washington DC, Bombay, São Paulo, Dubaï ou Le Caire, Arne Quinze tente de réintroduire la nature dans des espaces urbains, explique Harold t’Kint de Roodenbeke, président de la Brafa. Il nous incite à nous interroger sur notre environnement, sur notre place dans celui-ci, à nous émerveiller, à renouer avec nos racines. Ses créations expressives et colorées devraient sans nul doute instiller une atmosphère joyeuse et positive à la Brafa, qui conviendra particulièrement bien à cette édition du renouveau.» L’art belge, toujours : fin de siècle pour Thomas Deprez, autour des mouvements impressionniste et symboliste, les incontournables de la foire. On flânera avec plaisir sur les stands de Rueb Modern and Contemporary pour dénicher la petite Côte aux Baléares de William Degouve de Nuncques (1867-1935) ; chez Oscar de Vos pour admirer le lumineux Coucher de soleil sur la Tamise (pont de Waterloo) peint par Émile Claus (1849-1924) en 1918 ; ou encore chez Harold T’Kint de Roodenbeke, pour la délicieuse Vue sur la mer à Knokke-Heist, 28 août 1891 saisie par Georges Lemmen (1865-1916). De quoi se laisser porter en douceur, pour rebondir de découverte en découverte, le maître mot de la manifestation bruxelloise.
 

Alphonse Osbert (1857-1939), Méditation, 1907, huile sur toile, 24,6 x 41,2 cm. Galerie Alexis Bordes.
Alphonse Osbert (1857-1939), Méditation, 1907, huile sur toile, 24,6 x 41,2 cm. Galerie Alexis Bordes.

Brussels Expo, le nouvel écrin de la Brafa
Après la galerie Louise, Bozar et Tour & Taxis, la Brafa ouvre une nouvelle page de son histoire en investissant les palais 3 et 4 de Brussels Expo, sur le plateau du Heysel. Ainsi, depuis 1956, la manifestation aura traversé progressivement la ville en suivant un axe sud-nord, pour pousser aujourd’hui un peu plus au-delà du ring, se faisant voisine de l’Atomium. Le changement d’adresse n’est pas un choix, mais la conséquence des projets de la société propriétaire de Tour & Taxis, qui souhaite inscrire les bâtiments dans un quartier durable. La dernière édition dans ces lieux aurait dû être celle de janvier 2022, qui a été annulée en raison de la pandémie. Contraints et forcés, les organisateurs ont rebondi avec une solution peut-être plus intéressante, puisque le site est un héritage des Expositions universelles de Bruxelles de 1935 et 1958, et les différents bâtiments conçus pour accueillir des exposants et gérer aussi bien les déplacements que les stocks. Si, pour l’instant, l’édition 2022 compte 115 galeries, les espaces permettent de monter sans problème jusqu’à 140 exposants. Est-ce que ce déménagement aura une incidence sur le coût des stands ? «Non, répond Beatrix Bourdon. La foire est une une association à but non lucratif (ASBL), c’est-à-dire qu’elle est organisée par des marchands pour des marchands. Le but n’est pas de dégager des bénéfices mais de faire au mieux avec un budget défini. Les stands oscillent entre 25 et 100 m2 (avec une moyenne de 60 m2), pour des prix moyens autour de 20 000 et 30 000 €.» Les plus grandes surfaces ? Elles accueilleront des galeries comme l’anglaise Stern Pissarro ou les belges Costermans & Pelgrims de Bigard ou Jan Muller. Pour l’instant, Beatrix Bourdon est dans l’expectative : «Nous verrons si l’année prochaine nous repartirons sur janvier, en sachant que toutes les foires devront se repositionner dans le calendrier.»

Elisabetta Sirani, David avec la tête de Goliath, huile sur toile, 130 x 97 cm,Giammarco Cappuzzo Fine Art.
Elisabetta Sirani, David avec la tête de Goliath, huile sur toile, 130 x 97 cm, Giammarco Cappuzzo Fine Art.

à voir
Brafa Art Fair, du 19 au 26 juin 2022
Brussels Expo / Heysel, halls 3 & 4,
place de Belgique 1, 1020 Bruxelles.
www.brafa.art/fr
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