Autour de la Biennale

Le 09 septembre 2016, par Philippe Dufour

Tandis que la Biennale des antiquitaires se tient au Grand Palais, une multitude d’événements parallèles fleurissent dans les galeries parisiennes ainsi qu'à l'hôtel Drouot. Focus en mode off.

Manufacture de Beauvais Offrande au dieu Pan, d’après Bérain, laine et soie, fin du XVIIe-début du XVIIIe siècle, 293 x 335 cm. Estimation : 50 000/80 000 €. Vendredi 25 novembre, Drouot-Richelieu. Auction Art OVV. Mme de la Chevardière.

Au gré des transformations éprouvées par la Biennale, et de ses turbulences, surgissent de nouvelles manifestations indépendantes, organisées par des ténors, parfois dissidents, du marché de l’art. Dernier-né de cette génération spontanée, «Le Rendez-vous» qui vous sera donné par dix antiquaires et galeristes du quartier de Saint-Germain-des-Prés, brillant, cette année, par leur absence sous la verrière. La règle du jeu en est fort simple : l’excellence, car chacun des participants se doit de présenter une sélection très stricte d’œuvres au pedigree impeccable. Concentrés rue de Seine et aux alentours, ces multiples accrochages s’affirment aussi comme un parcours éphémère autour d’un objet emblématique.
 

Rembrandt Bugatti (1884-1916), Le Grand Fourmilier, épreuve en bronze à patine brune nuancée de vert, signée «R. Bugatti» sur la terrasse, cachet du f
Rembrandt Bugatti (1884-1916), Le Grand Fourmilier, épreuve en bronze à patine brune nuancée de vert, signée «R. Bugatti» sur la terrasse, cachet du fondeur «A. A Hébrard», 34,5 x  47,5 x  21,5 cm. Estimation : 600 000/800 000 €. Vendredi 2 décembre, Drouot-Richelieu.
Crait-Muller OVV. M. Lacroix.

Figures du désir
Débutons par la galerie Vallois, l’une des initiatrices de l’événement germanopratin, qui invitera la galerie Didier Claes de Bruxelles, avec une exposition consacrée à l’art songye, de la République démocratique du Congo, puissamment incarné par un siège anthropomorphe, en bois et métal, récolté in situ avant 1918. C’est l’art du Gabon que la galerie Bernard Dulon a, pour sa part, choisi d’évoquer, et plus précisément celui du peuple tsogho, associé au rite du Bwiti, et représenté ici par une statuette féminine de la région de la Ngounié du XIXe siècle. L’Afrique est aussi mise à l’honneur par la galerie Monbrison : elle a sélectionné des objets de qualité muséale, à l’instar d’une fantastique statuette bena lulua, de la République démocratique du Congo, datant du XVIIIe siècle. De son côté, la galerie David Ghezelbash mettra en lumière les civilisations les plus anciennes, avec des chefs-d’œuvre de petites dimensions comme, pour la période néolithique, cette idole stéatopyge anatolienne du VIe ou Ve millénaire av. J.-C. Gagnons ensuite la galerie Rauchfeld, hôtesse parisienne de Phoenix Ancien Art S. A., venue avec la sublime exposition «Mnemosyne : de Chirico et l’Antiquité», où dialoguent, entre autres, une toile de l’artiste italien, Combat en bord de mer, et deux chevaux, un bronze de Thessalie, vers 800-700 av. J.-C. Plus récentes mais tout aussi somptueuses, de très précieuses soieries tissées par les Sogdiens aux VIIe et VIIIe siècles seront présentées par la galerie Deydier, telle cette incroyable robe à décor de cerfs couronnés et de béliers ; des bijoux de la maison Reza, associée à l’événement, l’accompagneront à merveille. Retour à la galerie Vallois, pour une exposition de quinze pièces inédites du précurseur de l’art déco Paul Iribe (1883-1935) ; on y admirera en particulier une commode en acajou, recouverte de galuchat réalisée vers 1914. De la même période, les créations de Serge Férat et Léopold Survage inspirées par leur muse, la baronne Hélène d’Oettingen, seront les vedettes de la galerie Le Minotaure. On ne manquera pas Le Papillon bleu, peint par la baronne elle-même sous le pseudonyme de François Angiboult, vers 1920.
Parcours des mondes
Chez Georges-Philippe et Nathalie Vallois s'animeront les sculptures de Jean Tinguely des années 1960, dont cette sculpture Wackel-Baluba datée 1963. Place à Roger Talon, l’enchanteur du quotidien, à la galerie Jousse Entreprise, où le fauteuil Zombie, en plastique et métal de 1967, prendra la tête d’un ensemble spectaculaire. Aux amateurs d’exotisme restés sur leur faim, on ne saurait trop recommander de suivre, dans le même quartier, le Parcours des mondes (jusqu’au 11 septembre) ; il fait désormais découvrir aux connaisseurs comme aux néophytes des pièces provenant d’Océanie, d’Afrique, des Amériques, mais aussi d’Asie (nous l’évoquions déjà dans notre numéro 29 page 8, voir l'article
Parcours des mondes consacre Paris capitale des arts tribaux).

Paul Iribe (1883-1935), Commode en acajou et ébène sculpté, recouverte de galuchat rose, dessus en marbre noir, vers 1914. Photo : Arnaud Carpentier -
Paul Iribe (1883-1935), Commode en acajou et ébène sculpté, recouverte de galuchat rose, dessus en marbre noir, vers 1914.
Photo : Arnaud Carpentier - galerie Vallois Paris.

Rive gauche, rive droite
À quelques encablures de là, le Carré Rive Gauche propose lui aussi une série d’accrochages inédits à l’occasion de la désormais célèbre Rentrée du Carré, qui a eu lieu le mardi 6 septembre, à l’occasion d’un nocturne réitéré une semaine après, le 13. En guise de prélude, quelques artefacts des plus intrigants devraient attirer les curieux, telle une sphère armillaire chez Delalande, une fontaine à parfum à la galerie Tiago, ou un rarissime bas-relief italien du XVe siècle à la galerie Sismann. D’autres expositions font la part belle aux valeurs sûres : des photographies de stars du cinéma pour la galerie Hegoa, un superbe torse d’Héraclès en marbre chez Chenel, un Soleil couchant de Constantinople d’Adolf Bachmann à la galerie Delvaille, les Chandeliers créés en 1966 par Hans Harald Rath pour le Metropolitan Opera et rassemblés à la galerie 16 Rue de Lille, ou encore Renaud endormi est amené par Armide et une suivante sur son char, une rare tapisserie des Ateliers de Paris, vers 1640, présentée par la galerie Chevalier. Indépendamment, et fidèle à son habitude, la galerie J. Kugel organise une exposition au titre prometteur, «Un bestiaire mécanique. Horloges à automates de la Renaissance», visible du 9 septembre au 5 novembre ; nous reviendrons sur cet événement dans notre prochain numéro. Sur l’autre rive de la Seine, les grands antiquaires ne seront pas en reste. Tout particulièrement au faubourg Saint-Honoré, où la galerie Aveline - Jean-Marie Rossi orchestre un triple événement. Une exposition, baptisée en toute simplicité «Impérial & Royal», y dévoilera du 8 septembre au 9 octobre les splendeurs de la porcelaine de la manufacture de Sèvres, produite entre le premier Empire et le règne de Louis-Philippe. On sait que la période fut un véritable âge d’or, en raison notamment du degré de perfection atteint par la peinture sur porcelaine. Sucrier à fond d’or et à têtes d’aigle, glacière à anses en forme d’éléphants ou assiettes du service particulier de Napoléon Ier emporté à Sainte-Hélène, toutes ces pièces feront l’objet d’une mise en scène contemporaine et audacieuse. Le deuxième événement est la signature d’un ouvrage qui fera référence : Napoléon Ier et Sèvres. L’art de la porcelaine au service de l’Empire, édité sous la direction de Camille Leprince. Et enfin, on y ouvrira une souscription baptisée «Des Sèvres pour Fontainebleau», pour permettre à l’ex-palais impérial d’acquérir les plus belles pièces d’une prestigieuse collection étrangère, commandées jadis par l’Empereur et désormais classées trésors nationaux.

Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne