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La Gazette Drouot Art et patrimoine - Expositions

Art, exil et psychiatrie aux abattoirs de Toulouse

Le 16 novembre 2021, par Camille Larbey

Poursuivant ses recherches sur la création en exil (expositions « Picasso et l’exil » et « Je suis né étranger »), le musée toulousain part sur les…

Art, exil et psychiatrie aux abattoirs de Toulouse
Romain Vigouroux, François Tosquelles brandissant un bateau d’Auguste Forestier, sur le toit du poulailler, été 1947, photographie, 16,9 12 cm, collection Damille Ou-Rabah - Tosquelles.
© Roberto Ruiz

Poursuivant ses recherches sur la création en exil (expositions « Picasso et l’exil » et « Je suis né étranger »), le musée toulousain part sur les traces du docteur François Tosquelles (1912-1994), dont les avancées en psychiatrie ont « décamisolé » l’art brut. Républicain catalan passé par le camp de concentration de Septfonds à son arrivée en France, Tosquelles officia à l’hôpital de Saint-Alban (Lozère) où, dès son arrivée, il fit abattre les murs d’enceinte pour en finir avec la vieille psychiatrie de claustration. Selon lui, pas de soin possible sans une réintégration sociale et, surtout, une pratique artistique. « Ici personne ne te juge, tu peux déconner à ton aise », répétait-il à ses patients. La « Déconniatrie », comme Tosquelles surnommait la psychiatrie, donne son titre à cette exposition transversale. Le commissariat revendique ici un « droit au vagabondage » tel qu’il était célébré par le psychiatre catalan. D’une pièce à l’autre, les œuvres des patients esquissent les contours d’un rapport esthétique au monde, conscientisé ou non. Aimable Jayet et Benjamin Arneval ont en commun avec Antonin Artaud (dont plusieurs dessins sont présentés) une obsession de la fin des temps. Les sculptures en bois d’Auguste Forestier puisent autant dans le folklore local (La Bête du Gévaudan, 1935-1949) que dans sa condition psychique (La Maison aux deux têtes sculptées, non daté). Les broderies de Marguerite Sirvins permettent de redécouvrir une artiste injustement écartée par Jean Dubuffet au moment de constituer sa collection. La visite fait la part belle aux vidéos puisque François Tosquelles a lui-même filmé son quotidien et utilisé le cinéma comme outil artistique avec ses patients. Ce parcours passionnant s’achève sous la nef centrale des Abattoirs avec plusieurs œuvres contemporaines, dont une salle Dots Obsession de la Japonaise Yayoi Kusama, qui vit par choix dans un hôpital psychiatrique depuis 1977. 

Les Abattoirs, 76, allée Charles-de-Fitte,
Toulouse (31), tél. : 05 62 48 58 00,
Jusqu’au 6 mars 2022.
www.lesabattoirs.org

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