Art Basel, l’édition de la reprise

Le 07 octobre 2021, par Alexandre Crochet

Dans une ambiance calme sans les Américains, Art Basel, le grand raout d’art contemporain a envoyé un signal fort au marché : il faudra encore compter avec les foires physiques.

Michael Armitage (né en 1984), Cave, 2021 (détail).
© COURTESY WHITE CUBE, LONDON

Ceux qui avaient prédit, un peu vite, la fin des foires, entre «fair fatigue» constatée ces dernières années et crise sanitaire, en seront pour leurs frais. Après une annulation en 2020, Art Basel a bien eu lieu en septembre dernier, et malgré les informations négatives circulant les semaines précédentes, s’est déroulée sans accroc, le bracelet sanitaire étant de rigueur. Redevenant un hub indispensable pour les collectionneurs, conseillers, curateurs, directeurs de musées et de fondations, mais aussi les représentants des maisons d’enchères venus en nombre… Certes, d’ordinaire, les grandes ventes de New York en mai influent sur les achats à Bâle en juin. Surtout, les Américains et les Asiatiques étaient largement absents, avec une chute de la fréquentation de l’ordre d’un tiers. Peu de temps avant l’ouverture de la manifestation, les services de santé du gouvernement Biden avaient d’ailleurs déconseillé aux ressortissants du pays de se rendre en Suisse ! Même si la locomotive du marché de l’art contemporain ne tournait pas cette année à plein régime, cette édition a permis d’engranger nombre de juteuses transactions, dans des conditions de visite sans bousculade, avec des galeristes plus disponibles. Une atmosphère plus calme, sans visiteurs venus de très loin, rappelant l’Art Basel d’avant la globalisation et l’incroyable explosion des prix de l’art contemporain. Dans les allées, on croisait entre autres les collectionneurs belges Alain Servais ou Walter Vanhaerents, nombre de collectionneurs français et suisses, le Philippin Robbie Antonio, quelques Américains dont les Mugrabi, Craig Robins ou Jorge Pérez, de Miami, Pamela Kramlich, de San Francisco, et, parmi les Sud-Américains, Marcio Fainziliber, de Rio. Tout comme la Tefaf à Maastricht, qui pour sa part avait préféré jeter l’éponge pour ce mois de septembre face aux incertitudes, Art Basel reste le spot idéal, le précieux label pour valoriser une œuvre ou un artiste, vendre cher et toucher les plus gros portefeuilles. Comment s’en passer ? Plusieurs méga-galeries nous ont confié ne pas savoir sur quel pied danser avant l’ouverture, accrochant davantage d’art très contemporain et non uniquement des blue chips sur leur stand, pour viser des budgets un peu plus raisonnables. Toutefois, selon un conseiller croisé dans les allées, «les galeries ont dans l’ensemble joué le jeu avec des pièces importantes». L’enseigne 1900-2000 s’est très vite délestée de deux œuvres rarissimes de Duchamp, emportées par des Américains. Thaddaeus Ropac a vendu des productions de Jenny Holzer, Andreas Gursky, Barbara Kruger… Nagel Draxler a cédé une œuvre au Centre Pompidou. Von Bartha a de son côté placé six peintures de l’artiste émergente Louisa Gagliardi dans des collections. Max Hetlzer a vendu entre autres un tableau d’Albert Oehlen de 1988 dont le prix affiché était de 3,5 M$. Hauser & Wirth s'est séparé notamment d’une toile de Philip Guston pour 6,5 M$ et d’une sculpture de David Smith pour 5,5 M$. Après une longue pause numérique, Art Basel a donné le signal du retour des grandes foires physiques… et rappelé que la clientèle européenne avait toujours du répondant !

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