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André Maire, un peintre voyageur et humaniste

Publié le , par Caroline Legrand
Vente le 02 octobre 2022 - 14:00 (CEST) - 4, avenue Bourbon - 60500 Chantilly

Le peintre voyageur André Maire nous embarque dans sa découverte du sud de l’Inde pour une visite privilégiée du temple de Madurai mais aussi une rencontre inoubliable de ses éléphants sacrés.

André Maire (1898-1984), Les Éléphants sacrés à Madurai, huile sur toile d’origine,... André Maire, un peintre voyageur et humaniste
André Maire (1898-1984), Les Éléphants sacrés à Madurai, huile sur toile d’origine, signée, 23 157 cm, détail. Estimation : 20 000/30 000 

À la monumentalité des éléphants sacrés répond celle des tours majestueuses des portes d’entrée du temple de Mînâkshi, à Madurai. Réalisée à la suite de son voyage en Inde, en 1938, cette composition confirme le goût d’André Maire pour les grands panoramas décoratifs, puissamment construits. Architecture, animaux et paysage se mêlent afin de créer une œuvre éminemment décorative, typique de celles qui s’invitèrent si harmonieusement à cette époque dans les intérieurs art déco : un travail qui rappelle que le peintre fit ses débuts au sein d’une entreprise fabriquant des décors de théâtre et de panoramiques. Mais il poursuivit aussi durant toute sa carrière une authentique quête humaniste, de découverte des hommes et de leur culture, dans ses représentations de la « voûte en forme d’arc qui s’appuie sur les piles d’un pont et qui relie les hommes » – une judicieuse métaphore architecturale selon Emmanuel Bréon, dans son ouvrage consacré à l’artiste (éd. Somogy, 2000). L’Inde est au cœur du cinquième grand périple de Maire. C’est une destination plutôt rare à une époque où les artistes se pressent en Afrique. Et ce séjour, tant rêvé par le peintre, a été rendu possible grâce à sa rencontre avec une mécène, la comtesse de Jumilhac, lors d’une exposition à la galerie Charpentier. André Maire débarque donc en juin 1938 à Pondichéry. Débutent alors des mois de voyage et de découvertes, des temples dravidiens du sud aux monuments indo-musulmans du nord.
Une technique et une atmosphère uniques
Le peintre voyageur devait découvrir sa destinée à la faveur de son service militaire dans l’infanterie coloniale, en 1919, qui le mena en Indochine, où la contemplation des ruines d’Angkor le confirma dans son attirance pour les lieux mystiques. Le tournant décisif pour son art eut néanmoins lieu en 1928, en Andalousie, où il élabora sa manière si particulière : une technique à l’huile inspirée des sépias, accompagnée d’un dessin noir appuyé et précis se détachant d’un fond de camaïeu de brun… qui vire à l’orangé en Inde. Ce travail entre dessin et couleur rend hommage autant à la bande dessinée qu’à son maître, Émile Bernard, qui l’initia au sépia et à l’encre de Chine, sans oublier les védutistes vénitiens, qu’il admirait tout particulièrement. De Madurai, André Maire a livré plusieurs grandes représentations. Tout en restant très attaché au réalisme des architectures ancestrales, il se permet de faire varier ses compositions, choisissant d’inscrire le site dans la nature alors qu’en réalité il se trouve en plein milieu de la ville, et conservant tantôt l’une, tantôt l’autre tour. Mais demeurent toujours les éléphants, sublimes sujets de ses créations asiatiques. Leur physique imposant séduit le peintre, tout comme leur symbolique forte. En effet, les pachydermes sont également très souvent évoqués dans les arts locaux pour leur sagesse et leur intelligence. Considérés comme des montures divines, ils participent également à la vie de tous les jours, collaborant avec les hommes au travail quotidien. Manifestement, l’animal géant est un noble compagnon, aussi bien pour l’homme que pour le peintre.

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