André Breton en toute intimité

Le 15 décembre 2016, par Camille Larbey

Un coffret de trois DVD permet de faire revivre l’atelier de Breton, à la fois œuvre d’art et création d’un collectionneur chevronné.

«Le Mur résume l’histoire du surréalisme.» Didier Ottinger, conservateur au musée national d’Art moderne.
© Photo Elisa Breton / © Association Atelier André Breton, www.andrebreton.fr

Il y a cinquante ans, disparaissait André Breton, laissant derrière lui cette mystérieuse épitaphe : «je cherche l’or du temps». Le poète, par cette phrase, se faisait l’alchimiste des heures et du langage. Un demi-siècle plus tard, l’astre Breton rayonne de plus belle. Un focus lui est actuellement consacré à Beaubourg dans le cadre de la nouvelle exposition-dossier intitulée «Politique de l’art». L’occasion de découvrir quelques-uns de ses tracts, manifestes et autres prospectus. Et, surtout, de se replonger dans son cabinet de curiosités : le Mur de l’Atelier. Ce merveilleux capharnaüm qui composait son bureau et que le conservateur Didier Ottinger présente comme un «autoportrait», une «construction-manifeste» et un «défi lancé au musée d’Art moderne, comme le cœur, encore chaud, d’un réacteur à très haute énergie».
Trois films sinon rien !
La visite pourra être prolongée grâce au coffret DVD André Breton publié par les éditions Seven Doc dans la collection «Phares». Cette collection, lancée à l’instigation d’Aube Breton – fille d’André Breton et de l’artiste Jacqueline Lamba –, est entièrement dédiée aux artistes du surréalisme et compte à ce jour dix-neuf titres. Un admirable travail de mémoire qui offre un éclairage sur quelques noms moins connus qu’Ernst ou Duchamp, tels que Wifredo Lam, Jacques Hérold ou Alice Rahon. Le coffret sur Breton, regroupant trois courts-métrages de Fabrice Maze, permet de faire revivre l’atelier du 42, rue Fontaine. Le premier des trois films, tourné en 1994, est une exploration minutieuse de l’appartement du poète. Julien Gracq décrivait les lieux en ces termes inspirés : «Les deux pièces, décalées en hauteur par un court escalier, même par les jours de soleil et malgré les hauts vitrages d’atelier, m’ont toujours paru sombres. La tonalité générale, vert sombre et brun chocolat, est celle des très anciens musées de province – plus qu’au trésor d’un collectionneur [...] Le foisonnement des objets d’art cramponnés de partout aux murs a rétréci peu à peu l’espace disponible ; on n’y circule que selon des cheminements précis, aménagés par l’usage, en évitant au long de sa route les branches, les lianes et les épines d’une sente de forêt.» Le documentariste Fabrice Maze poursuit la métaphore naturaliste amorcée par Gracq en accolant aux images de l’appartement une bande-son composée de chants tribaux, de bruits de jungle, de savane et de rivages que l’on devine forcément lointains. Le deuxième film, André Breton malgré tout, est tourné à l’occasion de la dispersion de ses collections à l’Hôtel Drouot, entre les 7 et 17 avril 2003. Cette courte évocation biographique du promoteur du surréalisme, portée par un élégant texte de Jean-Michel Goutier, demeurera peut-être plus anecdotique pour les fins connaisseurs de Breton.

Je me suis rarement trouvé dans un lieu aussi extraordinaire
Le critique d’art James Lord à propos de l’atelier de Breton.

En quête de surprise
Le troisième et dernier court-métrage est un inédit tourné la veille de l’ouverture au public du premier étage de l’Hôtel Drouot entièrement consacré aux collections de Breton avant leur vente. Le promoteur du surréalisme aimait s’y perdre, rappelle Jean-Michel Goutier : «Les salles de vente de l’Hôtel Drouot, comme les salles des pas perdus ou les marchés aux puces de Saint-Ouen, de Mexico ou de New York, tous ces lieux où le hasard a encore son mot à dire, attiraient Breton, toujours en quête de surprise, de cette surprise qui doit être recherchée pour elle-même inconditionnellement.»
Une vente fleuve
Ce petit «bonus» est à visionner en contrepoint du premier film. En découvrant les œuvres amassées par le poète dans l’intimité de son appartement, un lien magique se crée entre les objets et le spectateur. À chacun d’imaginer l’histoire de chacune des pièces. D’où viennent-elles ? Que racontent-elles ? Sur quel cargo ont-elles voyagé et quels océans ont-elles traversé ? Mais une fois en vitrine ou accrochés au velours rouge tapissant l’Hôtel des ventes, les mêmes objets semblent se transmuter. Dans cette stase virginale, attendant un nouveau propriétaire ou un public pour être contemplés, leur envoûtement s’amenuise au profit d’une patine neutre recouvrant celle apposée par la curiosité de Breton. Les 4 100 lots de sa collection, comprenant 800 manuscrits, 3 500 livres, 1 500 photographies, et 400 tableaux et dessins ont finalement été vendus pour près de 46 M€. Un chiffre que le poète n’aurait naturellement pas manqué de trouver surréaliste.

À VOIR
«Politique de l’art. Un nouveau parcours d’expositions-dossiers»,
Centre Pompidou, niveau 5.
Jusqu’au 7 mars 2017.
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