Alfred Guillou, peintre naturaliste

Le 01 juillet 2016, par Caroline Legrand

Les chantres de la Bretagne ne manquent pas. Mais c’est un artiste breton qui ici nous la conte comme nul autre… Avec talent, Alfred Guillou a peint durant soixante ans sa ville natale, Concarneau.

Alfred Guillou (1844-1926), Avant embarquement, à Concarneau, huile sur toile, 120 x 84,5 cm (détail).
Estimation : 10 000/12 000 €

La Bretagne fascine. Cette région sauvage, bercée de légendes ancestrales, s’est révélée aux yeux de tous au milieu du XIXe siècle, à la faveur des nouvelles lignes de chemin de fer reliant enfin la capitale, mais aussi de quelques romans sur la région, signés du romantique Chateaubriand ou encore par Honoré de Balzac avec Les Chouans. Les Parisiens découvrent un peuple très proche de la nature, vivant entre la mer et ses terres, ses costumes traditionnels et ses coutumes obscures, les pardons et les fêtes. Bref, un lieu idéal pour les artistes en quête de nouveauté. La peinture, il faut l’avouer, est alors dans une impasse. On cherche à renouveler un répertoire largement usé, mais aussi une technique tâtonnante. Revenir aux sources, à l’authentique, permettrait-il de se réinventer ? Une quête placée pour tous sous le signe de la peinture de plein air. Le voyage en Bretagne s’impose rapidement comme une solution, avec la découverte de paysages inconnus, d’une atmosphère intrigante et de personnages authentiques. Plusieurs colonies d’artistes vont s’installer en différents endroits de la péninsule, pour des résultats picturaux souvent différents. Celle créée autour de Paul Gauguin à Pont-Aven donnera naissance au synthétisme et au nabi, tandis que la profonde Cornouaille révèle une peinture plus populaire teintée de réalisme. C’est dans cette région, dans la ville portuaire de Concarneau, que naît en 1844 Alfred Guillou. Fils de marin, il aurait trouvé sa vocation en portant le chevalet d’Eugène Isabey du quai à l’hôtel, lors d’un des nombreux séjours du peintre parisien en Bretagne… Il se lance tout d’abord dans des études de dessin auprès de Théodore Lemonier, qu’il a rencontré en 1860.
Une colonie d’artistes
Deux ans plus tard, il se rend à Paris sur les conseils de son maître, où il poursuit sa formation auprès de Cabanel. Là, il rencontre le chantre du naturalisme Jules Bastien-Lepage, mais aussi celui qui deviendra son inséparable ami, Théophile Deyrolle. C’est en compagnie de ce dernier, qui épousera sa sœur Suzanne, qu’il retourne dans sa ville natale en 1871. Ils créeront ensemble une colonie d’artistes, composée notamment de Léon Joubert et François-Alfred Delobbe. Celle-ci fera la célébrité de Concarneau jusqu’au milieu du XXe siècle. Ses peintres mettront en valeur la vie quotidienne des pêcheurs de cet important port du Finistère spécialisé dans la sardine et le thon.
Scène de genre et peinture historique
Sur grand format, Alfred Guillou offre à ces tranches de vie une impressionnante monumentalité, rompant la frontière entre la scène de genre et la peinture historique. Ses sujets de prédilection demeurent ces travailleurs de la mer, mais aussi leurs épouses, comme en témoignent nos deux protagonistes échangeant quelques mots et un regard sans équivoque avant l’embarquement et une longue séparation. Vêtue de manière traditionnelle, la jeune femme tricote, tandis que le solide pêcheur portant son matériel est déjà équipé contre vents et marées. Une scène dont le charme est tout entier redevable à la touche franche et réaliste de cette toile, qui fut exposée au Salon des artistes français de 1889.

dimanche 10 juillet 2016 - 14:15 - Live
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Adjug'Art
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