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À Paris, les foires d’automne jouent des coudes

Publié le , par Carine Claude

Les répliques du séisme pandémique ont remodelé en profondeur le paysage des foires d’art. Pour la rentrée 2022, les opérateurs ont tous révisé leur stratégie. À quoi ressemblera le calendrier des foires d’automne à Paris ?

Paris Photo 2021. © Jeremie Bouillon À Paris, les foires d’automne jouent des coudes
Paris Photo 2021. © Jeremie Bouillon

Est-ce le frémissement d’un retour en grâce de la place parisienne au premier plan du marché de l’art mondial ? Ou la conséquence d’ajustements post-pandémies ? Alors que le marché de l’art repart de plus belle, les foires elles aussi sortent le grand jeu. Si la reprise a d’abord été un peu tiède – de nombreux événements avaient décalé leur programmation plus tard dans l’année –, une surabondance de foires est à prévoir sur Paris pour la rentrée d’automne. Dans un contexte d’après Brexit, de nombreux opérateurs prennent le pari d’une grande convergence des acheteurs vers la capitale. Malgré la forte attractivité londonienne, droits de douane, taxes et enquiquinements administratifs mettent à mal les transactions d’œuvres d’art. Et les manifestations parisiennes de l’automne devraient confirmer si le centre de gravité du marché de l’art européen bascule ou non en faveur de la France. Première grande foire à donner le la de cette rentrée, Parcours des mondes prendra ses quartiers du 6 au 11 septembre à Saint-Germain-des-Prés, fief des marchands d’art extra-européens. Sam Singer, président d’honneur de cette 21e édition, se félicite : «Parcours des mondes est l’une des foires d’art les plus importantes au niveau international, elle combine tout ce que l’on peut espérer : des œuvres d’art tribal de premier ordre, des marchands avec une expertise importante, des expositions exceptionnelles, l’opportunité de rencontrer d’autres collectionneurs et aficionados et d’apprendre de nouvelles choses chaque année.» Ce grand collectionneur américain, par ailleurs fin stratège de la communication politique outre-Atlantique, a toutes les raisons de se réjouir : avec un résultat de 107,6 M€ en 2021, le marché de l’art tribal est au beau fixe avec une progression de 233 % par rapport à 2020. Un résultat inédit qui s’explique par la place écrasante occupée par la France dans les ventes d’art extra-européen en 2021. Avec un chiffre d’affaires de 91,7 M€, elle s’empare ainsi de 85,2 % du marché mondial, laissant loin derrière les États-Unis et leurs 10,1 M€ de chiffre d’affaires et plus loin encore la Belgique (2 M€) et le Royaume-Uni (1 M€). Une seule vente résume ce basculement spectaculaire vers la place parisienne : celle de la collection Périnet, organisée le 23 juin 2021 à Paris, et ses stratosphériques 66 M€ obtenus aux enchères. Cette vacation illustre à elle seule la stratégie des opérateurs : pendant la pause imposée de la crise pandémique, ils ont gardé au chaud les fleurons de leurs collections tribales tout en prenant à la corde le virage numérique. Résultat : un démarrage en trombe du calendrier des enchères en 2021 et des acheteurs trépignant d’impatience en salles des ventes. Une tendance renforcée par le retour en grâce des foires, notamment tribales, en 2022.
Feu la FIAC
Fin 2021, le mundillo de l’art ne parlait que de ça. En remportant l’appel d’offres de la RMN-Grand Palais, Art Basel évinçait la FIAC et imposait sa marque sous la bannière d’un nouvel événement, Paris +. Consternation pour les uns et célébration pour les autres, la fin de la FIAC est sans doute le bouleversement le plus important du calendrier d’automne parisien. Si les grandes galeries se réjouissent de la puissance de feu offerte par Art Basel, les établissements intermédiaires s’inquiètent de leur devenir et leur visibilité pendant l’événement, même si MCH Group, qui gère le mastodonte, déploie toute une stratégie de communication rassurante. Ainsi, le comité de sélection rassemble sept galeristes pour le secteur général, dont Georges-Philippe Vallois, et trois galeristes pour le secteur émergent de ce nouvel événement qui se tiendra du 20 au 23 octobre au Grand Palais Éphémère. Au final, 61 galeries sur les 156 sélectionnées pour l’édition inaugurale seront françaises. On y retrouve notamment les galeries Anne Barrault, Salle Principale et We Do Not Work Alone ou encore le spécialiste d’art brut Christian Berst et la galerie Magnin-A pour l’art contemporain africain. Pendant ce temps, Florence Bourgeois, directrice de Paris Photo qui a réussi à passer à travers les mailles du filet, a signé une nouvelle convention de sept ans avec la Grand Palais. Paris Photo se tiendra donc bien du 10 au 13 novembre lui aussi au Grand Palais Éphémère, en mode physique, mais également en Online Viewing Room (OVR), un dispositif que la directrice de Paris Photo comptait pérenniser dès l’édition 2021. «Comme beaucoup de foires, nous avons trouvé qu’il était important de pouvoir offrir une alternative à nos collectionneurs qui ne voudraient pas ou ne pourraient pas venir à l’événement, précise-t-elle». La 25e édition de Paris Photo rassemblera 181 exposants venant d’une trentaine de pays, dont 134 galeries pour le secteur principal et 16 pour le secteur Curiosa, dédié à la création qui sera curaté par Holly Roussell (UCCA Center for Contemporary Art, Pékin). De nouveaux venus font également partie de cette équation de la rentrée 2022. Pendant la semaine de Paris +, outre l’arrivée de Design Miami, Offscreen se tiendra du 20 au 23 octobre à l’hôtel Salomon de Rothschild. Cette nouvelle manifestation parisienne sera entièrement consacrée à l’image fixe ou en mouvement. Créé par Jean-Daniel Compain, ancien vice-président de Reed Expositions France, Julien Frydman, directeur des éditions Delpire & Co – lui aussi un ex-Reed – et Paris People Show (PPS), l’événement prévoit d’accueillir une trentaine d’expositions personnelles. Le lieu choisi est pour le moins symbolique : l’hôtel Salomon de Rothschild avait accueilli le Centre national de la Photographie jusqu’en 2011, avant qu’il ne rejoigne le Jeu de Paume.
Bifurcation stratégique
Du côté du Syndicat national des Antiquaires (SNA), l’union fait la force. La Biennale, le salon historique du SNA longtemps désigné Biennale des Antiquaires, s’associe à Fine Arts Paris pour créer un tout nouvel événement sous cette double tutelle, qui se tiendra du 8 au 13 novembre 2022 au Carrousel du Louvre. Objectifs de cette foire désormais intitulée Fine Arts Paris & La Biennale ? Créer un grand salon généraliste qui associe les savoir-faire des deux entités dans les domaines des beaux-arts et des antiquités. «Nous avons démarré cette année avec un recentrage sur notre identité première, celle née il y a plus de cent vingt ans : la défense, le soutien, l’accompagnement de la profession d’antiquaire, marchand, galeriste, déclare Anisabelle Berès-Montanari, présidente du SNA. Pour ce faire, nous avons conclu un partenariat avec les organisateurs de Fine Arts Paris pour organiser, dans la capitale, le salon qui conviendra à tous, permettra à toute la profession de s’identifier dans cette nouvelle manifestation alliant le meilleur de chaque entité.» De l’aveu de plusieurs membres du syndicat, cette union va aussi renforcer leur position sur le marché international, Paris redevenant selon eux le cœur du monde de l’art de l’Europe depuis le Brexit. En filigrane, cette fusion permettrait surtout au SNA de se concentrer sur ses missions premières de défense de la profession, l’organisation d’un tel événement se révélant particulièrement chronophage pour les bénévoles du syndicat. Confiée à l’Agence d’événements culturels, qui gère actuellement le Salon du dessin et Fine Arts Paris, l’organisation de ce nouveau salon rejoindra le Grand Palais Éphémère en novembre 2023, puis le Grand Palais historique enfin rénové à partir de 2024. La Réunion des musées nationaux (RMN)-Grand Palais, aurait d’ailleurs insisté pour que ces deux salons, dans un calendrier de plus en plus concurrentiel, s’associent. Un Grand Palais qui, des antiquités à la photo en passant par l’art contemporain, fait de plus en plus figure de faiseur de rois.

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