À Bâle : Lumineuses figures. Dessins et vitraux d’Holbein à Ringler

Le 09 juin 2020, par Baptiste Roelly
David Joris (?)/Maître colonais, Allégorie de la Charité, vers 1525-1550, Historisches Museum Basel, détail.
© Historisches Museum Basel/N. Jansen

De toutes les déclinaisons du dessin, le projet de vitrail est sans doute la moins prisée. Tandis que les amateurs recherchent habituellement l’expression spontanée d’un génie qui expérimente librement sur une feuille, lui s’inscrit dans un cadre fonctionnel a priori archi-normatif : il doit être lisible et efficace, d’un tracé net et aéré, pour que sa transposition par un maître verrier ou un peintre sur verre soit aussi aisée que possible. Or, en montrant les projets de maîtres de la Renaissance germanique, parfois à côté des vitraux éclatants de couleurs auxquels ils ont servi de modèles, l’exposition de Bâle balaie tous les préjugés et démontre la subtilité d’un genre depuis ses débuts, au XVe siècle, jusqu’à l’amorce de son déclin, au XVIIe. Et il apparaît qu’ici comme ailleurs, même confrontés aux conventions les plus rigides, les grands artistes savent toujours se dégager une marge de liberté pour exprimer leur singularité. Ainsi de Hans Holbein le Jeune, représenté par des feuilles virtuoses dont la spatialité respire un souffle antique qui lui est propre. Ses saintes et licornes sont modelées de lavis gris si délicats qu’elles en deviennent proprement sculpturales. Autre point d’orgue : Urs Graf, dont la turbulence pervertit jusqu’aux canons les plus éculés de l’héraldique. Un simple cygne figurant sur un blason se mue par son dessin corrosif en créature inquiétante et agressive dont l’œil narquois, presque mauvais, fixe étrangement celui qui le regarde. Notons également l’accent mis sur David Joris, à la fois artiste et gourou anabaptiste vivant sous une fausse identité à Bâle. Ses travaux autour du vitrail n’avaient jamais été rassemblés en si grand nombre et ce pan de son activité apparaît pour la première fois de manière palpable. En ménageant découvertes novatrices et contemplations fécondes, Bâle propose en somme un parcours de haute volée dont l’approche des projets de vitraux sort profondément régénérée.

Kunstmuseum,
16, St. 
Alban-Graben, Bâle, tél. : +41 61 206 62 62.
Jusqu’au 5 juillet 2020.
www.kunstmuseumbasel.ch
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