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13e édition pour le PAD London

Publié le , par Anne Doridou-Heim

Le Brexit ? Même pas peur… Ni les habitués ni les nouveaux entrants ne doutent du succès : la qualité et l’exclusivité de leurs pièces de design signent l’identité du rendez-vous incontournable.

13e édition  pour le PAD London
Marc Fish, Etheral Desk, 2018, sycomore et acrylique, 64,77 247,65 73,03 cm. Todd Merrill Studio.
Courtesy Todd Merrill Studio

Une chose sera absolument incontestable en ce mois d’octobre en Grande-Bretagne : la 13e édition du PAD London, deal or not deal, aura bien lieu ! Et ce ne sont pas les déclarations tonitruantes de Boris Johnson qui vont effrayer Patrick Perrin, le fondateur de la manifestation. «Je ne crois pas un seul instant que le Brexit affecte de quelque manière que ce soit les collectionneurs importants qui vivent dans les cinq quartiers centraux de Londres», affirme-t-il. Il ne semble d’ailleurs pas être le seul à le penser, puisque soixante-huit exposants  nombre stable par rapport à 2018  le suivent dans cette nouvelle aventure : une grande majorité d’habitués, fidèles au label PAD quel que soit son port d’attache, et des entrants, douze précisément. Du 30 septembre au 6 octobre prochain, Berkeley Square affichera haut et clair des couleurs européennes, voire internationales.
 

Ad Hoc, Roots, tabouret, 2019, bois de noyer, ixtle (fibre naturelle d’agave), laine, h. 60, diam. 60 cm. Ammann Gallery.
Ad Hoc, Roots, tabouret, 2019, bois de noyer, ixtle (fibre naturelle d’agave), laine, h. 60, diam. 60 cm. Ammann Gallery. Courtesy Ammann Gallery

 

Un vent de nouveauté chez les classiques
Le PAD a savamment construit sa réputation autour du design historique, aussi ce chapitre demeure-t-il le cœur de la manifestation. La qualité des participants n’est plus à écrire, tous faisant leurs preuves depuis de nombreuses années, parfois depuis plusieurs générations, sur les salons les plus courus. Un club select  au sein duquel les Français sont les plus nombreux (dix-huit exposants sur vingt-quatre) , animé par les Gastou père et fils, Chahan, Jousse Entreprise, Chastel-Maréchal, Alain Marcelpoil et Marcilhac, entre autres références. L’historicité et la sélection toujours exigeante de la maison Dutko la placent parmi ces têtes d’affiche. Cette année, son stand sera agencé autour de meubles et de sculptures de Philippe Anthonioz et Bruno Romeda, accompagnés pour la première fois de peintures de Monique Frydman, qui seront ensuite accrochées aux cimaises de la galerie parisienne. Pour ce grand habitué du marché international, aucune angoisse quant au Brexit ; ses propos font écho à ceux de Patrick Perrin : «Nous sommes sur un marché très exclusif». Deux petits poucets y tentent une percée : Thomas Fritsch (Artrium) et Portuondo. Passé par les Puces, comme beaucoup de ses confrères talentueux, le premier a ouvert un espace à Saint-Germain-des-Prés ; défenseur de la céramique française des années 1950-1960, avec des pièces phares de Georges Jouve, Roger Capron, Jacques et Dani Ruelland, il est prêt ! «Le PAD London est un salon très demandé et il faut souvent postuler plusieurs années avant d’obtenir son ticket d’entrée. Pour cette édition, en raison du Brexit, certaines galeries ont été hésitantes sur leur participation. Une occasion que j’ai immédiatement saisie.» Pas d’inquiétude particulière, donc, chez ce jeune  et néanmoins aguerri  marchand, qui voit Londres comme une grande capitale, «lieu de passage obligatoire des voyageurs en Europe». Aux œuvres de ses poulains attitrés, il ajoutera un petit focus sur les créations de Suzanne Ramier pour l’atelier Madoura : «Le marché international pour les céramiques de Picasso étant déjà à Londres, ce nom n’est pas inconnu.» Les seconds entrants de la section afficheront une nouvelle fois leur passion pour les pièces des seventies, théâtralement mises en scène. Leur premier PAD Paris, en 2018, a été une réussite, et cette présence à Londres malgré un climat un peu anxiogène offre «l’opportunité d’intégrer l’un des meilleurs salons au monde dans notre spécialité et de se confronter au marché international». Ils y déclineront leur marque de fabrique, celle qui a fait mouche : un univers en blanc et noir avec des pièces iconiques de créateurs italiens et américains, au sein desquelles des sculptures métalliques de Jean-Claude Farhi trouveront naturellement leur place.

 

3 questions à
Sophie Negropontes
fondatrice de la Galerie Negropontes

 
 

 © Photo Francis Amiand

Vous y avez remporté en 2018 le prix de la pièce contemporaine : prépare-t-on le PAD London comme celui de Paris ?
Nous préparons chaque salon à la fois de façon très spécifique, mais aussi en l’intégrant dans le déroulement de l’ensemble des événements de l’année. Nous essayons à chaque fois de montrer de nouveaux ensembles et œuvres, d’autant que nos clients voyagent beaucoup et peuvent parfois visiter la totalité des manifestations auxquelles nous participons. Nous sommes très attachés à proposer des pièces uniques ou en série très limitée, dans la lignée des arts décoratifs à la française. Nous recherchons toujours de nouvelles matières, précieuses ou réalisées par des artisans d’art, qu’Hervé Langlais, le directeur artistique de la galerie, conjugue dans une version très contemporaine.

La démarche est-elle spécifique pour cette 13e édition, qui se déroule à un moment crucial pour l’Angleterre et pour l’Europe ?
Nous la construisons comme les précédentes fois, avec beaucoup d’exigence et de cohérence, car ce salon est l’un des plus beaux, et les visiteurs sont de vrais connaisseurs. Nous présenterons une sélection de pièces designées par Hervé Langlais et d’œuvres des artistes Perrin & Perrin, Éric de Dormael, Etienne Moyat, Benjamin Poulanges et Dan Er Grigorescu. Nous ne les avons jamais montrées à Londres, et certaines sont nouvelles. Quant au Brexit, nous attendons de voir comment cela va se dérouler… La politique et la macroéconomie ont incontestablement une influence sur nos clients et les visiteurs, mais je pense toujours qu’il faut faire le maximum individuellement. Paris, Genève, Monaco, Londres, plus l’ouverture d’un nouvel espace…

Où trouvez-vous l’énergie pour courir autant et pourquoi ?
En effet, les événements se sont enchaînés cette année à vive allure, et cela continue avec le lancement d’un livre de photos sur le travail de mon père, Dan Er Grigorescu, une exposition au musée du Verre de Charleroi, une exposition «Perrin & Perrin» à la galerie et un salon à New York, en novembre ! Pour moi, les projets sont une réelle motivation, mon moteur. Le nouvel espace de la galerie nous permettra de proposer de belles installations et d’organiser des événements différents de ce que nous avions l’habitude de faire.


Envol de papillons
La joaillerie contemporaine se fait de plus en plus présente sur les éditions du PAD. L’arrivée de cinq nouveaux membres cette année porte leur nombre à treize  décidément un chiffre d’actualité. Associant un dessin oriental aux meilleures techniques artisanales européennes, les créations un peu extravagantes d’Anna Hu  basée aux États-Unis et en Chine  ont fait sensation lors du PAD Monaco au printemps dernier ; elle tente cette fois l’aventure londonienne. Les bijoux des maisons Taffin, Fabio Salini, Boghossian et The Beautiful Watch, pour la haute horlogerie, brilleront à ses côtés, elles aussi pour la première fois. Le renforcement de cette offre signe la preuve d’une vraie demande. On peut associer à cette sélection couture les céramiques et les verreries aux finitions tout autant ciselées, choisies par Didier Luttenbacher, Achille Salvagni et Adrian Sassoon. Suisse, Italie, Monaco, Chine, États-Unis… une nouvelle fois, la carte internationale est avancée en atout.

Suzanne Ramié (1907-1974), atelier Madoura, Vallauris, cube en céramique émaillée jaune, 1970, 22,5 x 24 cm. Thomas Fritsch - Artrium.
Suzanne Ramié (1907-1974), atelier Madoura, Vallauris, cube en céramique émaillée jaune, 1970, 22,5 24 cm. Thomas Fritsch - Artrium. Courtesy Thomas Fritsch - Artrium

Le meilleur du design contemporain
Dans la capitale britannique, le PAD soigne tout particulièrement sa facette design contemporain. Et pour ce faire, de nouveaux venus sont invités à décliner leurs talents nationaux. Après la grecque Veta Stefanidou Tsoukala et l’anglo-italien Achille Salvagni entrés en 2018, c’est au tour de la galerie américaine Todd Merril Studio de revenir, après une éclipse de quelques années et un virage réussi dans le contemporain. «Nous avons une grosse demande de galeries internationales, et cela est très stimulant de montrer leur vitalité», se réjouit Patrick Perrin. Le choix s’est arrêté sur l’espagnole Side Gallery et  plus inattendu, mais preuve de l’internationalisation du design  la sud-africaine Southern Guild. Fondée en 2008 par Trevyn et Julian McGowan, l’enseigne a été pionnière sur le continent africain, incitant «les artistes à créer des œuvres directement africaines, respectant les traditions, et pertinentes au niveau mondial par la recherche d’interprétations audacieuses». Depuis, elle a régulièrement fait ses preuves sur les grandes foires, Art Design Miami/Basel notamment. Toutes deux rejoignent une team désormais classique, et portent ainsi le nombre des exposants à vingt, le rapprochant de plus en plus de celui des marchands de design historique. Car, s’il s’agit toujours d’un marché de niche, il n’est plus regardé comme un ovni. Très porteur, il se présente avec davantage de galeries, de designers et de collectionneurs. Le décalage avec les prix de l’art contemporain tend à se réduire, et il n’est plus rare de croiser des pièces uniques à plusieurs centaines de milliers d’euros et des éditions limitées qui sont parfois épuisées en à peine une année. Carpenters Workshop en fait régulièrement l’heureuse expérience. Aucune hésitation sur l’opportunité de venir au PAD London : ils sont plusieurs à chanter d’une même voix que seule la capitale britannique leur offre ce trafic constant de millionnaires, certains résidant dans le très distingué quartier de Mayfair, de banquiers internationaux de l’«Establishment», de jeunes loups de la finance et de visiteurs venus des quatre coins du monde, «parce que Londres est et demeure incontournable». Pour cette clientèle riche et exigeante, il faut le meilleur. Alors, de Maria Wettergren, qui compte faire mouche cette fois encore avec ses designers nordiques  Hanne Friis, Ane Lyckle, German Ermics & Iksos Berlin , à Nilufar et Ammann Gallery  dont le tabouret Roots envoie un signal écologique et disruptif , en passant par Negropontes, à la rentrée très chargée (voir Interview page 15), tous sont en piste pour surprendre avec les réalisations de leurs poulains. Plus que jamais, cette année en octobre, Londres sera the place to be 

 

Tobias Mohl, collection en cinq parties, 2018, verre soufflé avec cannettes dans un cadre LED rétroéclairé. Adrian Sassoon.
Tobias Mohl, collection en cinq parties, 2018, verre soufflé avec cannettes dans un cadre LED rétroéclairé. Adrian Sassoon. Courtesy Adrian Sassoon
à savoir
PAD London Art + Design
Berkeley Square W1, Londres
Du lundi 30 septembre 2019 au dimanche 6 octobre 2019.
www.pad-fairs.com/london
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