Un invincible espoir de Gabriel Ferrier

Le 15 avril 2021, par Anne Doridou-Heim

Une énigmatique peinture de Gabriel Ferrier, ouvrant une brèche dans la vision traditionnelle de son académisme, ne passait pas inaperçue.

Gabriel Ferrier (1847-1914), L’espoir reste invincible. Spes invicta manet, 1895, huile sur toile collée sur panneau, 280 170 cm.
Adjugé : 50 800 

L’histoire de l’art a trop souvent éclipsé les artistes académiques du XIXe siècle, ceux qui, dans la mouvance d’un Cabanel ou d’un Gérôme, sont passés à côté de la grande aventure de l’art moderne pour se complaire dans ce qui, de nos jours, peut relever d’un certain kitsch. Ils sont désormais davantage étudiés et, replacés dans leur contexte, séduisent. Gabriel Ferrier est l’un d’eux. Passé dans les ateliers d’Isidore Pils et d’Ernest Hebert aux Beaux-Arts, il expose régulièrement au Salon des artistes français entre 1869 et 1912 et reçoit de nombreuses commandes. Il a tout de l’artiste officiel du tournant du XXe siècle. Les sirènes de la nouvelle peinture ne l’attirent pas en général… Cependant, avec cette toile de 1895, intitulée L’espoir reste invincible. Spes invicta Manet, il flirte avec le symbolisme. Une jeune femme parée d’étoffes précieuses est assise sur un trône, avec à ses pieds un enfant – le sien ? – mort. Et pourtant, se détournant de cette scène insoutenable, elle lance vers le ciel un regard porteur d’espérance. Il y a dans cette figure la majesté d’une Didon moderne, un parfum de princesse d’Orient, une allure d’allégorie. Cela invite à se souvenir de la grande connaissance qu’avait Ferrier du maniérisme et du baroque italiens. Comme les artistes de ces mouvements, il a une parfaite maîtrise des coloris et des compositions. Trop jaune car ternie par un épais vernis ancien, l’œuvre, qui a séduit à 50 800 €, retrouvera certainement toute la somptuosité de sa touche picturale lorsqu’elle sera allégée.

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