Un plat d’Urbino impérial

Le 17 octobre 2019, par Anne Doridou-Heim

Les trompettes de la renommée n’étaient pas mal embouchées, couronnant un plat d’Urbino bien au-delà des attentes. N’en déplaise au poète…

Urbino, vers 1550. Grand plat rond à décor polychrome en plein d’un empereur couronné par une figure de la renommée, entouré de soldats dans un paysage sur fond noir, diam. 41,5 cm.
Adjugé : 140 800 

La surprise de la journée venait honorer ce plat réalisé par la manufacture d’Urbino vers 1550. Les deux restaurations annoncées ne calmaient pas l’ardeur des enchérisseurs, qui bataillaient jusqu’à 140 800 €. Il faut reconnaître que son décor, dont le sens exact n’a pas encore été décrypté, est des plus aboutis. Au centre de l’ambitieuse composition, une renommée couronne un empereur romain, tandis que des soldats encore en action révèlent la dureté des combats, le tout se déroulant dans un décor paysagé et à fond sombre. La qualité de l’objet parle pour lui : elle le rattache aux meilleures productions de cette majolique italienne du XVIe siècle que l’Europe s’arrachait à prix d’or. En 2012, le musée national de la Renaissance du château d’Écouen avait organisé une exposition, la première en France sur ce sujet, pour montrer combien le développement de cette faïence transalpine était lié à celui de l’humanisme. C’est en effet dans la redécouverte des textes des anciens (Virgile, Tite-Live, Plutarque, Ovide…), et dans leurs rééditions illustrées par des contemporains, que les artisans vont puiser leurs thèmes. Histoire grecque et romaine, mais également mythologie, sont alors souvent conviées pour entrer dans la réalisation de décors dits a istoriato et ce, dès le tournant de 1500. Nicola da Urbino (vers 1480-1538) est la figure artistique majeure du duché éponyme, travaillant notamment pour Isabelle d’Este, à laquelle il livre un important nombre de pièces. Son ascendant a sans doute inspiré l’auteur de ce plat, voire plus… Cette céramique provenait, comme l’entier contenu de la vente, d’un appartement parisien meublé par une dame ayant un goût prononcé pour la Haute Époque. S’y trouvaient notamment une grande (h. 191 cm) figure de Christ en noyer avec restes de polychromie, sculptée en Auvergne dans la première moitié du XIIIe siècle (44 800 €), une armoire à deux corps (236 145 56,5 cm) en noyer, un travail languedocien de la fin du XVIe (21 120 €), et un coffret (21 760 €) à âme de bois recouverte de cuir estampé, ciselé et doré, ornementé de scènes courtoises sous des arcatures. Cet objet, exécuté au tout début du XVe siècle, témoigne des derniers feux de l’art courtois.

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