Sebastiano Ricci, Ponce Jacquiot, Trapani...

Le 18 juin 2020, par Anne Doridou-Heim

Sebastiano Ricci est l'un des gagnants de cette vente où dessins, tableaux anciens, sculptures, céramiques et objets de bel ameublement, souvent assortis de belles provenances, réussissaient un sans-faute.

Attribué à Sebastiano Ricci (1659-1734), Angélique et Médor, huile sur toile, 122 120 cm.
Adjugé : 107 950 

L’après-midi se concluait sur un produit total de 2 348 532 €. Évidemment, une certaine Tireuse d’épine en bronze de la Renaissance (voir l'article Pudique et élégante figure page 117) y participait grandement ! Mais pour l’entourer dignement, la maison de ventes avait réuni quelques pièces de haute qualité, qui n’ont pas manqué de retenir les enchérisseurs. Ce fut le cas de cette toile ayant pour sujet Angélique et Médor. Anciennement donnée à Antoine Coypel (1661-1722), l’œuvre est désormais attribuée à Sebastiano Ricci. En passant de la France à l’Italie, elle ne perdait aucun de ses charmes et retenait 107 950 €. Peu ou prou de la même période, une plume, lavis de bistre et rehauts de blanc sur papier gris de Jean Jouvenet (1644-1717), représentant La Mort de saint Joseph (35,8 25,3 cm), avait déjà saisi 22 225 €. Sa composition pyramidale est particulièrement enlevée et ambitieuse, démontrant la grande dextérité d’un artiste officiel du règne de Louis XIV, rompu aux commandes monumentales de décors religieux et œuvrant avec célérité et vigueur. Le chapitre des objets d’art prenait de la couleur avec les 80 010 € d’une paire de vases de forme balustre (h. 71 cm) en porcelaine polychrome et or, ornés tout à fait dans le goût Napoléon III, époque dont ils relèvent, d’un décor de bacchantes dénudées exécuté dans l’esprit de Boucher. Afin de les rendre plus spectaculaires encore, on les a assortis d’une monture en bronze doré signée Victor Paillard (1805-1886), un collaborateur de Barbedienne avant de monter sa propre société en 1830 et de connaître le succès lors des expositions universelles de la seconde moitié du XIXe siècle. La spécialité rayonnait encore, mais cette fois avec un grand médaillon à suspendre en laiton doré, orné en son centre d’une statuette d’Assomption de la Vierge en corail, dans un entourage de branches de corail également (reproduit page de droite). Il s’agit naturellement d’un travail des ateliers de Trapani, en Sicile, haut lieu de fabrication de tels objets et autres reliquaires à partir de ce matériau offert par la mer. La seule petite déception fut l’absence d’intérêt pour le Portrait en pied présumé de Giulio Rasponi enfant, jouant avec son chien, sculpté dans le marbre par Enrico Pazzi (1819-1899) et objet du Coup de cœur dans nos pages du 20 mars (voir l'article L’enfant au chien Gazette no 10, page 18). Mais peut-être l’estimation était-elle un peu trop ambitieuse…

Trapani, Sicile, début du XVIIe siècle. Grand médaillon à suspendre en laiton doré orné d’une Assomption de la Vierge en corail, inscrite
Trapani, Sicile, début du XVIIe siècle. Grand médaillon à suspendre en laiton doré orné d’une Assomption de la Vierge en corail, inscrite dans un ovale émaillé et des branches de corail rayonnantes, 44,5 34 cm, présenté dans son étui gainé de cuir.
Adjugé : 83 820 

Pudique et élégante figure de Ponce Jacquiot

Le 18 juin 2020, par Anne Doridou-Heim

Avec cette belle préemption, le Louvre enrichit sa collection de bronzes de la Renaissance d’une pièce maîtresse.

Ponce Jaquio ou Jacquiot (vers 1515-1570), La Tireuse d’épine, bronze à patine médaille vernie, Italie, fin du XVIe siècle, 25 22,10 11,9 cm.
Adjugé : 1 460 500 

C’était hier, c’était avant. Le 24 janvier dernier, cet historique petit bronze, La Tireuse d’épine, s’était plu à illuminer de sa pose savamment élancée la couverture de la Gazette no 3. La jeune personne aussi a dû patienter avant de se retrouver sous le feu des enchères. Cela n’a altéré ni sa patine veloutée ni sa forte désirabilité, tout au contraire. Le musée du Louvre a eu tout le temps nécessaire pour préparer son dossier de préemption, et c’est à 1 460 500 €, après une longue bataille d’enchères qui s’est achevée sous les applaudissements nourris de la salle, qu’elle a été acquise. Elle va donc gagner bientôt les vitrines du plus grand musée français – qui a, l’année dernière, dépassé pour la première fois les dix millions de visiteurs – aux côtés de sa sœur en terre cuite. Cette dernière, citée dans l’inventaire après décès du financier Pierre Crozat puis mentionnée lors d’une vente en 1772, avait disparu plus de deux siècles durant avant de réapparaître sur la scène des enchères en 1976 et d’y être reconnue par deux grands spécialistes, Alain Moatti et Jacques Petithory. Quatre années plus tard, elle rejoignait l’institution. Il n’y a donc pas de hasard dans cet achat, mais une suite logique et heureuse. De plus, Philippe Malgouyres, conservateur en chef du patrimoine au musée du Louvre, précise que ce dernier «conserve l’une des plus importantes collections au monde de bronzes de la Renaissance et du XVIIe siècle, en grande partie provenant de la collection de Louis XIV. Elle nous offre aussi le spectacle des relations artistiques complexes entre la France et l’Italie durant cette période, qui se matérialisent parfaitement dans ces statuettes sophistiquées, nées chez les princes-collectionneurs. L’œuvre de Jaquio, produite sous François Ier dans ce moment fusionnel entre France et Italie, incarne parfaitement cette richesse par son esthétique, son sujet et son matériau. Ce bronze trouvera sa place auprès d’autres œuvres de la même période, qui témoignent de ces mêmes échanges, tels les médaillons produits par Girolamo della Robbia pour le roi de France ou les retables de la Sainte-Chapelle de Léonard Limosin, en partie inspirés de Niccolo dell’Abate.» L’histoire de son auteur, Ponce Jaquio, Jacquio ou Jacquiot (vers 1515-1570), est en partie relatée par Vasari (voir l'article Ponce Jacquiot, la Renaissance au naturel page 6 de la Gazette ci-dessus mentionnée) et étoffée par sa collaboration avec Androuet du Cerceau et le Primatice sur les chantiers de Fontainebleau et des Tuileries – il lui manque tout de même certains chapitres. Cette acquisition permettra peut-être d’en découvrir un peu plus sur l’œuvre de ce Français reconnu comme l’un des principaux maîtres de la Renaissance. Déjà, elle affirme la forte demande des collectionneurs et des musées pour les bronzes de haute volée de cette période, ceux qui se comptent en petit nombre, car même si ce n’est pas un marché à la portée de tous, il possède ses initiés, parfaitement connaisseurs et toujours très demandeurs.
 

Ponce Jaquio ou Jacquiot, La Tireuse d’épine, terre cuite, 26 x 22 x 14 cm, modèle destiné à l’exécution d’un bronze conservé au Victoria
Ponce Jaquio ou Jacquiot, La Tireuse d’épine, terre cuite, 26 x 22 x 14 cm, modèle destiné à l’exécution d’un bronze conservé au Victoria and Albert Museum de Londres, acquis en 1980. Musée du Louvre, département des sculptures.
© MUSÉE DU LOUVRE, DIST. RMN - GRAND PALAIS / PIERRE PHILIBERT



 

La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne