Menkes, Muter et Lochakow à bonne école

Le 19 novembre 2020, par Anne Doridou-Heim

Venus de tous les pays de l’Est européen, de nombreux artistes ont contribué à enrichir la vitalité de l’école de Paris.

Sigmund Menkes (1896-1986), La Famille, 1928, huile sur toile, 130 97 cm.
Adjugé : 71 500 

En voici quelques exemples. Sigmund Menkes (1896-1986), natif de Lemberg, dans ce qui est encore l’Empire austro-hongrois – elle deviendra la ville polonaise de Lwów puis celle ukrainienne de Lviv –, cherche l’évasion que son milieu lui refuse. Il la trouve dans le dessin et s’inscrit pour suivre des études d’art, dans sa ville natale d’abord, puis à Cracovie et à Berlin. Il comprend cependant que c’est en France qu’il doit aller pour se confronter à la modernité et y arrive en 1923. Les premières années ne sont pas faciles, mais il s’accroche, participe au Salon des Tuileries et devient l’un des peintres les plus originaux de l’école de Paris. Les fées se penchent sur ses tableaux en la personne d’un critique d’art grec, E. Tériade. Après avoir découvert et apprécié son travail bercé de douceur et de lyrisme, il le présente à un millionnaire hellène, marchand et collectionneur, Nico Mazaraki. Celui-ci lui achète des œuvres et lui alloue une somme mensuelle pour créer en toute tranquillité d’esprit. Cette peinture intitulée La Famille, de 1928 et dans laquelle on reconnaît l’auteur portraituré au centre, entouré d’un groupe de cinq jeunes talmudistes, provient de sa collection. Parfaite illustration du style de l'artiste, elle a reçu 71 500 €, signant ainsi un nouveau record mondial (source : Artnet).  Sur les cimaises, on retrouvait les signatures de Reuven Rubin (1893-1974) – 26 650 € pour Les Glaneuses (33,5 41,5 cm) de 1933 –, de Simon Mondzain (1888-1979) – 23 400 € revenant à sa Composition au pichet et aux légumes (79 94 cm) de 1920 – et celle d’une habituée de ce type de vacation, Mela Muter (1876-1967). L’artiste d’origine polonaise livre cette fois une toile recto verso peinte dans les années 1930 et formant un double portrait, une Femme au collier d’un côté et une Jeune fille au fichu de l’autre (63 49,5 cm). On y reconnaît sa touche jouant des couleurs chaudes et lumineuses ainsi que de la texture des matières, un travail récompensé de 35 100 €. Quant à la délicate huile d’Ary Arcadie Lochakow (1892-1941) immortalisant Le Poète David Knut et sa femme, datée 1923 et retenue par la Gazette du 6 novembre (voir l'article Arcadie Lochakow, artiste rare page 43) pour illustrer la vente, c’est à 23 400 € qu’elle partait rejoindre, par la voie de la préemption, le musée d’Art et d’Histoire du judaïsme à Paris.

La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne