En vernis Martin par Charles Chevallier

Le 19 mars 2020, par Claire Papon

Vente reportée. Estampillées Charles Chevallieres, ces deux commodes présentent un décor naturaliste en vernis Martin.

Suite de deux commodes en vernis Martin pouvant former paire, galbées toutes faces, bronzes ciselés dorés estampillées Pierre Chevallier, Paris vers 1745-1749, 91 158 68 cm.
Estimation : 50 000/80 000 

Elles ne sont pas nées en même temps, mais elles forment une paire presque plus vraie que nature et proviennent de la descendance de la marquise de X… Nos commodes sont recouvertes d’un décor en camaïeu bleu sur fond blanc, peint à l’huile, verni et poli d’oiseaux et de plantes à fruits et à fleurs et de rochers percés. Elles sont enrichies de bronzes dorés ciselés, dont un porte la trace du «C» couronné, marque sanctionnant un impôt payé sur les bronzes et les cuivres entre 1745 et 1749. Cet ensemble rappelle la commode et l’encoignure provenant de la chambre bleue de madame de Mailly au château de Choisy, réalisées par Mathieu Criaerd (vers 1689-1776) et conservées aujourd’hui au musée du Louvre, probablement à l’initiative du marchand mercier Thomas-Joaquim Hébert vers 1742-1743. Sur l’une de nos commodes se retrouve un volatile à aigrette proche des meubles exécutés pour s’assortir à une soierie bleue filée par la favorite de Louis XV, affectée à sa chambre, et pour répondre à son goût pour les œuvres d’art orientales. Inspiré surtout des tissus dits indiennes, le décor de nos meubles évoque l’ambiance d’un Extrême-Orient de fantaisie mis au goût du jour par les peintres Alexis Peyrotte, François Boucher et surtout Christophe Huet (1700-1759, dont des panneaux peints d’oiseaux à aigrettes sont visibles aux châteaux de Chantilly et de Champs-sur-Marne. C’est aux frères Étienne-Simon et Guillaume Martin, fournisseurs du Garde-Meuble de la Couronne, en revanche, que l’on doit la réalisation du vernis, imitation de laque à base de copal mise au point en 1728 et destinée à concurrencer celles de Chine. Ce dernier Guillaume Martin est d’ailleurs apparenté à la famille des ébénistes Chevallier, Charles, l’auteur de nos commodes, l’étant lui-même à Mathieu Criaerd. L’inventaire après décès de Charles Chevallier, dressé le 24 juillet 1771, témoigne de sa réussite. La valeur des marchandises s’élève en effet à plus de 10 000 livres et leur quantité est tout aussi impressionnante, qui révèle 105  corps de commodes dont seize habillées de vernis Martin. Mais aucun établi… Ce qui tendrait à suggérer que Chevallier assemblait des meubles qu’il faisait fabriquer par Criaerd ou les Saunier. Tel un chef d’orchestre.

jeudi 26 mars 2020 - 14:15
Salle 13 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Fraysse & Associés