Paul Sérusier, le chrétien

Le 04 mars 2021, par Caroline Legrand

Nous sommes face au jardin d’Éden revisité par Paul Sérusier. Installé en Bretagne, l’artiste devient particulièrement mystique à partir de 1894, réinterprétant avec sensibilité les thèmes bibliques.

Paul Sérusier (1863-1927), Ève et le serpent, 1905, huile sur panneau signée, 120 60 cm.
Estimation : 45 000/55 000 

Sur le point de cueillir la pomme, Ève semble hésiter, chercher autour d’elle un éventuel témoin dans ce superbe paysage vert et luxuriant, qui évoque une Bretagne dans laquelle évolue en arrière-plan un éléphant tout droit sorti de l’arche de Noé. Ce grand tableau, passé par la galerie parisienne Druet, provient d’une collection régionale, de même qu’une autre huile sur toile peinte en 1897, L’Apparition du chevalier, probablement en référence à la légende de Perceval, annoncée à 25 000/30 000 €. Les deux œuvres sont empreintes du mysticisme de Paul Sérusier. Tout comme son acolyte nabi Maurice Denis, il sera très influencé par la religion durant sa carrière, mais aussi par un univers onirique qui se développe au contact de la Bretagne, une région particulièrement marquée par le christianisme et par le folklore celtique, qu’il découvre à Pont-Aven en 1888. L’idéal pictural de Sérusier trouve une application parfaite dans ce syncrétisme. Durant les années 1890, il s'y installe chaque été, d'abord au Huelgoat puis à Châteauneuf-du-Faou, où il s’établit définitivement en 1917. C’est à l’invitation du peintre néerlandais Jan Verkade qu’il visite en 1895 le monastère bénédictin de Beuron, dans le Bade-Wurtemberg, en Allemagne. Sérusier est fasciné. Il y reviendra à plusieurs reprises, à l’écoute des doctrines artistiques des moines, notamment du père Désiderius, qui prône de « saintes mesures » permettant de choisir les proportions géométriques idéales. Abandonnant peu à peu le style nabi et le synthétisme, il se tourne vers une manière intemporelle, marquée par le symbolisme, mais aussi par des formes désormais plus classiques, s’inspirant de l’art médiéval et de la Renaissance italienne. Paul Sérusier influença de nombreux artistes et fut l’ami de beaucoup. Maurice Denis disait de lui : «Il m’apparaissait comme un esprit d’une culture supérieure, un animateur, un guide intellectuel et artistique. Il était tout cela et, en même temps, bon camarade, joyeux compagnon».

Agenda
L'univers onirique de Paul Sérusier se penchera sur cette vente avec deux œuvres, Ève et le serpent de 1905, à envisager à 45 000/55 000 €, et L'Apparition du chevalier de 1897, extraite probablement de la légende de Perceval (25 000/30 000 €). Dans la section des objets d'art se distinguera ensuite une vasque d'ornement fin XIXe attribuée à la manufacture de Nymphenburg, en grès ou majolique émaillée à fond gros bleu et présentant deux médaillons ornés de profils, guirlandes et têtes de capridé sur les côtés ainsi que d'amours en ronde bosse sur le couvercle (8 000/10 000 €). Celle du mobilier comprendra enfin des créations du XXe siècle, à l'image d'un bureau de Jacques Adnet de forme rectangulaire, à structure ajourée en métal chromé et plateau en verre fumé, ouvrant par trois tiroirs en façade garnis de moleskine noire (6 000/8 000 €). 
vendredi 12 mars 2021 - 14:15 - Live
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