Une corne légendaire de la collection Bernard De Leye

Le 06 juillet 2021, par Vanessa Schmitz-Grucker

Il n’y a probablement qu’une seule défense d’éléphant sertie d’or pur, constellée de pierres précieuses et gravées dans l’esprit de Dürer, qui nous soit parvenue. Elle vient d’une collection non moins prestigieuse, celle de Bernard De Leye.

Travail allemand du XVIe siècle, Corne de licorne du chanoine Andreas von Thüngen, ivoire daté entre 1477 et 1649 (carbone 14), sculpté et orné entre 1550 et 1565, os, or, émail polychrome, pierres précieuses et semi-précieuses, 73 cm, diam. supérieur d’environ 7 cm.
Estimation : 600 000/700 000 

L’ivoire étant rare et onéreux tout au long du Moyen Âge et de la Renaissance, il était presque toujours richement orné et serti de pierres précieuses. Aussi, il est fréquent de rencontrer de petites pièces sculptées au décor abondant d’orfèvrerie et de gemmes. Mais ce travail-ci, sur une défense de soixante-douze centimètres de long, est aussi exceptionnel qu’unique. Au premier regard se dévoile un travail d’orfèvre d’une rare finesse : des camées de cornaline, calcédoine et agate finement gravés de satyres et de figures mythologiques, sans que nous ne sachions à qui nous devons cet ouvrage. Tout juste peut-on supposer qu’il soit du cercle de Wenzel Jamnitzer (1507-1585), orfèvre et graveur allemand à Nuremberg et à la Cour des empereurs du Saint Empire de son époque, de Charles Quint à Rodolphe II. Au second regard, la fonction interroge. L’objet évidé a tout d’une corne à boire, avec son petit opercule affublé de racines de bois de chevreuil et, à l’intérieur de ce dernier, un médaillon rond, émaillé de noir et de blanc, portant les armoiries d’Andreas von Thüngen, de Konrad von Bemelberg et de Georg von Fonsberg. Les deux derniers, des généraux, offrirent la défense au premier, chanoine, en consolation de la perte de ses frères lors des campagnes d’Italie. Issu d’une famille de l’ancienne noblesse, Andreas von Thüngen acquiert une solide éducation à Leipzig avant de rejoindre le chapitre de la cathédrale de Wurtzbourg. Il fait probablement de ce don un objet pour le cabinet de curiosités du château familial, qui se voit ravagé par un incendie en 1536. Au milieu des cendres, comme une miraculée, gît la corne. Von Thüngen y voit un signe divin et s’attelle à la construction d’une légende autour de ce qu’il nommera alors Eingehun, la corne de licorne. C’est là qu’intervient, à son initiative, le travail d’ornementation sur ce qui devait imiter une corne à boire : un remarquable ensemble de gravures de scènes bibliques inspirées par la série de la Grande Passion de Dürer. Pour que ces gravures, aussi fines que denses, soient bien visibles, elles ont été noircies afin de se détacher nettement de l’ivoire. Marquée encore des armoiries de la famille, la corne se mue en emblème des von Thüngen.

Agenda
Relever les pièces d’exception reviendrait à citer l’ensemble des 266 lots qui composent cette collection constituée par Bernard de Leye. L’antiquaire belge, chevalier des Arts et des Lettres, fut nommé président de la Chambre des experts en œuvres d’art de Belgique en 2002, puis de la Brafa de 2009 à 2012. Cette vente est l’opportunité extraordinaire de mettre la main sur des objets d’envergure muséale, principalement d’orfèvrerie, et qui se font dès lors de plus en plus rares sur le marché. Pour n’en retenir que deux exemples : une défense d’éléphant du XVIe siècle, gemmée et gravée de scènes religieuses ayant appartenu à Andreas von Thüngen, chanoine de la cathédrale de Wurtzbourg en Allemagne (600 000/700 000 €) ; ou encore, le bâton de cérémonie du maître d’hôtel de Louis XVI (250 000/280 000 €).
jeudi 15 juillet 2021 - 12:00 - Live
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