Une lionne assyrienne millénaire

Le 04 février 2021, par Claire Papon

Tous les regards seront tournés vers elle, et exclusivement vers elle. Et pour cause, cette tête de lionne est l’œuvre élue dans le cadre du concept «So unique» lancé il y a bientôt un an.

Moyen-Orient, art néo-assyrien, IXe-VIIIe siècle avant J.-C. Tête de lionne rugissant en lapis-lazuli, 12 17,5 cm.
Estimation : 120 000/150 000 

Sa taille, mais surtout le rendu des détails et la préciosité de son matériau sont les atouts de cette sculpture perse en lapis-lazuli. Sans oublier sa rareté. Si des témoignages de l’art assyrien sont visibles sur des bas-reliefs, notamment dans des palais à Ninive ou à Arslan Tash, en Syrie, nombre d’œuvres en ronde-bosse – en or, en bronze ou en pierre – ont disparu, ont été cassées ou fondues. Avec sa gueule grande ouverte, son mufle aux muscles gonflés, sa collerette de demi-oves marquant le départ de sa crinière, ses yeux en amande jadis incrustés, ses paupières anguleuses, ce félin paraît taillé pour le succès. Partie d’une statue composite ou élément de décoration d’un siège ? Aucune certitude bien sûr, si ce n’est que cette pièce était un apanage royal. Symbole de beauté et de perfection en Orient, le lapis-lazuli était extrait en Afghanistan et au Baloutchistan et convoité dès le IVe millénaire pour sa couleur bleu outremer, parsemée de paillettes de calcites dorées rappelant la voûte céleste. Les parures faisaient partie des biens de prestige, et la force surnaturelle dont cette pierre précieuse était le symbole, lui conférait sa place dans la décoration des temples et des sculptures. La découverte de tels objets révèle les échanges commerciaux établis entre l’Asie centrale, l’Iran, la Mésopotamie, la Syrie et l’Égypte, ainsi que le rôle que la pierre pouvait jouer dans le paiement des tributs par les peuples soumis à l’emprise des Assyriens. L’iconographie joue elle aussi un rôle important. Bête féroce s’il en est, le lion inspire la crainte et doit être chassé par le roi, protecteur de son peuple, comme le taureau. Il n’est pas rare de trouver chez les Assyriens de telles représentations servant la propagande des puissants. Symbole de force, l’animal conjurerait le mauvais sort et protégerait de la maladie… Un bon présage pour celui – ou celle — qui réussira à apprivoiser cette lionne venue de Suisse, conservée jusqu’en 1992 dans la collection von der Aue, et montrée à l’exposition «Trésor de l’ancien Iran» au musée Rath à Genève en 1966.

Agenda
C'est sous le signe du lion, ou plutôt de la lionne, qu'est placée cette dispersion "so unique". Un seul objet en effet vient y affronter les enchères, une tête de lionne en lapis-lazuli, d'époque néo-assyrienne (IXe-VIIe siècle), pour laquelle 120 000/150 000 € sont avancés.
jeudi 11 février 2021 - 11:00 - Live
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