La modernité commence à Pont-Aven

Le 24 juin 2020, par Caroline Legrand

Avec des œuvres signées Moret, Maufra, Bernard ou encore Rasetti, la peinture et particulièrement les écoles bretonnes nous donnent une nouvelle fois rendez-vous à Brest,

Georges Rasetti (1851-1938), Élégantes au jardin public, 1890-1892, huile sur toile non signée, 38 55 cm.
Estimation : 30 000/50 000 

Tous les collectionneurs de peinture moderne connaissent désormais le chemin de l’hôtel des ventes brestois, et ils seront encore nombreux le 4 juillet à se disputer des œuvres de grands noms du XXe siècle, à l’image de l’étude pour le Coq aux amoureux de Marc Chagall, réalisée entre 1947 et 1950 et que l’on annonce à 220 000/280 000 € (voir l'article Les fables de Monsieur Chagall en couverture de la Gazette n° 24, page 6). Mais on se déplace aussi pour les noms incontournables de l’école de Pont-Aven – tel Émile Bernard avec une huile sur panneau montrant le Marché à Pont-Aven, 1886 prisée 50 000/60 000 € –, ou encore pour cette rare toile signée Georges Rasetti, Élégantes au jardin public (30 000/50 000 €). On reconnaît bien sûr l’influence de Paul Sérusier dans le travail de cet artiste moins connu, qui prit pourtant le chemin de la Bretagne dès l’été 1891. Il se rend alors à Huelgoat, petit village du Finistère, afin d’y rejoindre le groupe de peintres mené par l’auteur du Talisman, venu travailler dans ce lieu juste après avoir quitté son ami Paul Gauguin, en partance pour Tahiti. Rasetti retrouve ainsi le chef de file et le théoricien des nabis depuis l’automne 1888 et la fameuse leçon qui lui fut donnée par Gauguin au Bois d’amour, d’où est né l’abandon de l’imitation de la nature au profit d’une représentation plus intellectualisée, à la fois décorative et symbolique. Un séjour forcément formateur, et décisif pour ce peintre qui expose depuis 1877 au Salon des artistes français. Si cet élève de Bonnat va apprendre beaucoup au contact de Sérusier, Verkade et Ballin, il va également les initier à la peinture sur céramique, qu’il pratique aussi. Par la suite, Georges Rasetti sera très proche de Maurice Denis et d’Armand Seguin. Ses peintures affichent un style bien particulier, ayant parfaitement assimilé la théorie du synthétisme avec les formes simplifiées et stylisées, les cernes noirs et les aplats de couleur. Cette esthétique singulière, proche de la technique de la fresque, s’accompagne d’une spiritualité forte dont l’esprit intemporel émane dans cette composition animée de figures semblant survoler le paysage. Avec cette œuvre de 1890-1892, le peintre offre aussi une réinterprétation d’une célèbre toile de Paul Gauguin, Jardin public à Arles, de décembre 1888.

Impossible d’évoquer une vente consacrée à Pont-Aven sans marines. Maxime Maufra (1861-1918) est l’un des plus adroits dans ce domaine, co
Impossible d’évoquer une vente consacrée à Pont-Aven sans marines. Maxime Maufra (1861-1918) est l’un des plus adroits dans ce domaine, comme en témoignent ces Barques sous voiles à l’entrée du port (65 81 cm), peintes à l’huile sur toile et prisées 25 000/30 000 €. S’il est sensible à l’art de la composition de Paul Gauguin, Maufra ne perd pas pour autant son cap, sa peinture intuitive et spontanée demeurant tournée vers l’observation de la nature, et principalement de la mer.
André Derain (1880-1954) a marqué de son empreinte la peinture moderne européenne, par son action au cœur du fauvisme. Datée très tôt dans
André Derain (1880-1954) a marqué de son empreinte la peinture moderne européenne, par son action au cœur du fauvisme. Datée très tôt dans sa carrière – 1907 –, cette aquarelle sur papier représentant des Baigneuses illustre son travail de recherche sur les couleurs vives, le dessin simplifié et les compositions épurées, que lui inspirèrent l’œuvre de Paul Cézanne tout comme ses séances aux côtés de Matisse, en 1905 à Collioure. 40 000/60 000 € seront à prévoir pour l’acquisition de cette œuvre.
Impossible d’évoquer une vente consacrée à Pont-Aven sans marines. Maxime Maufra (1861-1918) est l’un des plus adroits dans ce domaine, co
Provenant de la succession de l’artiste Jean-Baptiste Denis, puis
de deux collections privées, cette huile sur toile de
Maurice Denis (1870-1943) de 1896, représentant le Port du Pecq (48 87 cm), se négociera à 70 000/80 000 €. Voici une œuvre rare du «nabi aux belles icônes», plutôt habitué aux atmosphères lumineuses et claires des scènes familiales, allégoriques ou bretonnes. Dans des couleurs sombres, il nous intéresse ici à la vie sur les bords de Seine dans la commune yvelinoise du Pecq, située non loin de Saint-Germain-en-Laye, où le peintre résida une grande partie de sa vie.
Voici une œuvre d’Henry Moret (1856-1913) qui se distingue de sa production habituelle, volontiers tournée vers la peinture de marine. Att
Voici une œuvre d’Henry Moret (1856-1913) qui se distingue de sa production habituelle, volontiers tournée vers la peinture de marine. Attendue à 60 000/80 000 €, cette huile sur toile de 1898 représentant une Bretonne au jardin près des chaumières, portant un envoi «à l’ami Casburn», a été exposée l’année même de sa création lors de la première des dix-sept expositions monographiques que la galerie Durand-Ruel organisa du travail de Moret, situé à la frontière entre impressionnisme et synthétisme (50 61 cm).
samedi 04 juillet 2020 - 14:30 - Live
Brest - Hôtel des ventes, 26, rue du Château - 29200
Thierry - Lannon & Associés
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