Une icône crétoise vers 1500

Le 10 juin 2020, par Caroline Legrand

Témoin du travail des plus importants ateliers de l’île crétoise vers 1500, cette icône exprime la tendresse et la mélancolie.

Crète, vers 1500. La Mère de Dieu Glycophilousa, tempera sur tissu et bois, fond doré refait, deux couronnes de métal ajoutées au XIXe siècle, 26,9 20 cm.
Estimation : 15 000/20 000 

Elle pose délicatement son visage sur celui de son enfant. Ses yeux sont emplis de tendresse, mais également de mélancolie, puisque la mère pressent le destin tragique de son fils. Elle porte Jésus dans ses bras. Ce dernier lui attrape le col de son vêtement, le « maphorion », dans un geste tendre et terriblement humain d’amour filial, tandis que de l’autre main est tenu le rouleau des saintes écritures, qu’il a enveloppé dans son manteau (l’« himation »). Cette icône de La Mère de Dieu Glycophilousa, dite encore « au doux baiser », est une déclinaison du thème de la Vierge Eleousa, « de tendresse ». La Vierge à l’Enfant est l’un des principaux thèmes traités dans les icônes chrétiennes, qui se développèrent dans l’Empire byzantin à partir du IVe siècle. Selon les saintes écritures, Luc aurait peint à plusieurs reprises la mère de Dieu. On le sait, l’iconographie de ces représentations était très réglementée, aussi les scènes sont-elles similaires d’une peinture à l’autre. Cette icône présentée à Brasles peut être ainsi rapprochée de celle de la collection Roger Cabal, conservée au Petit Palais de Paris, ainsi qu’à la Vierge de la Passion du musée de Recklinghausen, et à d’autres publiées dans l’ouvrage de Manolis Chatzidakis consacré à l’école crétoise en 1993. Sa particularité ? Si le Christ tient ici aussi le rouleau de sa main droite, ce n’est pas pendant dans son dos, mais enveloppé dans son manteau. Une « position rare et peut-être unique dans ce type de Vierge », selon l’experte Ariane de Saint-Marcq. Cette œuvre d’une grande finesse, où se remarquent les chairs parfaitement modelées à l’aide de fines stries, pourrait être le travail d’un grand artiste crétois à l’époque de la domination vénitienne. Le nom d’Andreas Ritzos (1421-1492) est ainsi avancé, puisqu’il réalisa de nombreuses icônes à l’élégance proche de celle-ci. Né à Héraklion, il fut l’un des principaux représentants de l’école post-byzantine de l’île, de cette école crétoise qui s’imposa sur tout le bassin méditerranéen et connut son apogée entre le XVe et le XVIIe siècle.

Agenda
Cette vente accueillera l'un des lots phares de la semaine : une icône réalisée en Crète vers 1500, représentant La Mère de Dieu Glycophilousa, peinte à la tempera sur tissu et bois et à fond d'or refait (voir Gazette n° 23, page 135). S'il faudra envisager 15 000/20 000 € pour cette œuvre, 3 000/4 000 € pourraient suffire pour une huile sur panneau de Georges Manzana-Pissarro, La Plage et les baignades, Petit-Andely. Du reste de ce programme, nous remarquerons par exemple une paire de légumiers couverts en argent, du maître orfèvre Mauyer (1 500/2 000 €), et un laque japonais attribué à Banura Shogo (500/600 €).
samedi 20 juin 2020 - 14:00
Château-Thierry - Brasles - 12, avenue de Château-Thierry - 02400
Sophie Renard
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