Georges Mathieu, période «barbare»

Le 02 octobre 2019, par Caroline Legrand

Datant des alentours de 1990, les trois toiles de Georges Mathieu proposées dans cette vente forment un bel échantillon de ce que le père de l’abstraction lyrique pouvait créer de plus explosif.

Georges Mathieu (1921-2012), Heureuse rencontre, huile sur toile, 81,5 100 cm.
Estimation : 55 000/60 000 

«Assez souvent, je donne le titre après avoir fait la toile», disait Georges Mathieu… Ses œuvres sont ainsi nommées en fonction des impressions ressenties durant sa séance de travail  proche d’un moment de catharsis  ou, parfois, en lien avec une notion historique, mathématique ou scientifique. Les trois tableaux présentés ici évoquent, tel un théâtre des émotions, des moment cruciaux et éminemment sensibles d’une vie, et ceux de toute condition humaine. Ainsi, aux côtés d’Heureuse rencontre, seront proposés Désespoir originel (50 000/55 000 €) et Déception chatoyante (45 000/50 000 €), mesurant respectivement 89 x 115 et 73 x 92 cm. Georges Mathieu s’est engagé dans la peinture comme en croisade, avec des convictions fortes : «Je voulais un changement radical, une absence totale d’idéologique antérieure», explique-t-il dans son ouvrage Le Massacre de la sensibilité. En 1942, l’artiste autodidacte, né dans une famille de banquiers de Boulogne-sur-Mer, abandonne le professorat pour se consacrer à son art. Après son arrivée à Paris, deux ans plus tard, il entame, aux côtés de Hartung, Atlan ou Wols, une série d’expositions intitulées par ses soins «Abstraction lyrique», en 1947, 1948 et 1951. Ses voyages au Japon ou aux États-Unis le conforteront dans ses choix. À partir de 1989, Mathieu inaugure une période qu’il qualifie lui-même de «barbare». Dans des toiles de grandes dimensions, il fait exploser les couleurs à coups de brosse ou à même la main avec des tubes au contenu projeté en coulées, taches et éclaboussures. L’année suivante, c’est même «un sentiment de chaos tragique» qui ressort de ses œuvres, selon Lydia Harambourg (Georges Mathieu, éditions Ides et Calendes, 2013). «On observe une troisième dimension simulée par des lumières jaillies du fond du tableau, contrastant avec les premiers plans déchiquetés.» Une impression que l’on retrouve dans nos trois peintures, dont les fonds, plus clairs, semblent éclairer l’ensemble de la composition. Une lumière au cœur du crépuscule.

Agenda
Trois toiles datées vers 1990 de Georges Mathieu (1921-2012), dont Heureuse rencontre, estimée 55 000/60 000 € marqueront cette vente au programme complet (Voir Gazette 33 page 144). Les amateurs de belles pierres se tourneront vers une bague en or gris ornée d'un diamant navette de taille ancienne entre quatre diamants rectangulaires et quatre diamants ronds taillés en huit-huit (10 000/15 000 €), et ceux de tableaux anciens, vers une Nature morte à l'orange attribuée au peintre hollandais du XVIIe Martinus Nellius (8 000/10 000 €). Les arts décoratifs du XXe seront également très présents, comme l'illustreront un mobilier de salle à manger de Christian Kraas en placage de loupe de noyer, d'époque 1930 (9 000/10 000 €), et une suite de douze chaises à dossier débordant cintré en acajou réalisées par Jules Leleu en 1959 pour la chambre de commerce de Dunkerque (4 000/6 000 €). Les amoureux de la région préféreront peut-être la toile peinte en 1929 par Raoul Léon Brygoo, Le soir à Boulogne-sur-Mer (6 000/7 000 €).  
samedi 12 octobre 2019 - 14:30
Saint-Martin-Boulogne - 54, rue Pierre-Martin - Parc d'activités de l'Inquétrie - 62280
Enchères Côte d'Opale
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