Émile Claus apprivoise la Tamise

Le 04 mai 2021, par Vanessa Schmitz-Grucker

Souvent classé comme peintre de la vie rurale, le Belge Émile Claus connut un exil urbain forcé à Londres. Il y adapta avec succès son travail pictural.

Émile Claus (1849-1924), Les Quais de la Tamise sous la pluie, Londres, 1918, huile sur toile, 61 61 cm.
Estimation : 80 000/120 000 

Réfugié à Londres pendant la Première Guerre mondiale, Émile Claus y réside dans un atelier-tour avec vue sur la Tamise. Une nouvelle période artistique s’ouvre ainsi pour ce peintre de la campagne, de la plaine de la Lys et des champs de lin des Flandres, qui passait ses étés à Astène, au sud de Gand, où il avait installé en 1882 sa villa baptisée « Zonneschijn ». L’hiver, il louait un studio à Paris. Son voyage en Afrique du Nord à la fin des années 1870 l’avait poussé à éclaircir sa palette jusqu’à devenir l’une des plus grandes figures du luminisme. Comme autrefois la Lys, le voilà qui étudie la Tamise, soumise, comme ici, à ses recherches sur la lumière. Depuis sa fenêtre, il capte l’animation sur le quai. Il en dégage une impression générale, une atmosphère : silhouettes et arbres se voilent d’une bruine typiquement anglaise, tout est suggéré à l’aide de rapides coups de pinceaux. La palette est éteinte, réveillée çà et là par quelques touches de vert et de jaune. Loin d’être déstabilisé par cet exil, Claus rencontre un certain succès dans la capitale anglaise avec, notamment, une exposition très remarquée en 1917 à la Goupil Gallery. Celui qui avait fondé le cercle « Vie et lumière » en 1904, l’association des impressionnistes belges très vite intégrée par son ami James Ensor, est déjà au sommet de son art et reconnu chez lui comme à l’étranger. Il est de toutes les grandes expositions internationales (Gand, 1913), les musées le font entrer dans leurs collections (musée du Luxembourg, 1913), son nostalgique Pique-Nique (Palais Royal, Bruxelles) est acquis par la famille royale. L’artiste est aujourd’hui également très présent en salle des ventes. Suite à la rétrospective que lui consacre en 2009 le musée de Gand, sa cote s’envole et une huile sur toile dépasse pour la première fois les 300 000 € (366 000 €, chez De Vuyst). Il atteint son record en 2018 avec une Vue sur Murano, adjugée 822 000 $ (Christie’s Londres). Une autre vue de la Tamise de 1918, intitulée Waterloo Bridge, se classe dans le haut du palmarès en 2014, en remportant 242 500 £ chez Sotheby’s à Londres.

Agenda
La vacation est l'occasion de découvrir ou redécouvrir des grands noms belges du XXe siècle, notamment Raoul de Keyser avec un tritpyque abstrait (60 000/80 000 €), Jean-Michel Folon et sa surprenante sculpture en bronze (130 000/180 000 €) ou encore Roger Raveel avec également un triptyque aux couleurs pop (160 000/200 000 €). Parmi les tableaux anciens, une Caritas Romana de Jacob de Backer (13 000/18 000 €), la Grand-Place de Bruxelles par Jacques Carabain (12 000/16 000 €) ou encore La Jetée du port d'Alger d'Henri Evenepoel (18 000/22 000 €). Une composition abstraite de Serge Poliakoff (30 000/40 000€) et une sérigraphie d'Andy Warhol (30 000/40 000 €) sont les autres lots phares de la section contemporaine. 
samedi 15 mai 2021 - 13:00
Lokeren - Kerkstraat 22-54 - B-9160
De Vuyst
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne