Marquet à travers la ville

Le 10 décembre 2020, par Claire Papon

À Paris, le peintre multiplie les vues plongeantes de Notre-Dame, des quais de Seine ou d’ailleurs, au gré de ses déménagements. En 1904, il fait escale avenue de Versailles.

Albert Marquet (1875-1947), Avenue de Versailles, Paris, 1904, huile sur toile, 65 81 cm.
Estimation : 350 000/400 000 

Du 20 octobre 2004 au 23 janvier 2005, le musée Carnavalet présentait quelque 130 œuvres d’Albert Marquet, toutes techniques confondues, partagées en deux volets : l’un consacré à Paris, l’autre à l’Ile-de-France. La capitale y était nettement plus représentée, pour la simple et bonne raison que l’artiste y était arrivé – depuis Bordeaux – en 1890, et y avait fait son apprentissage dans l’effervescence de l’époque, entouré de ses amis Henri Matisse – rencontré dans l’atelier de Gustave Moreau –, Henri Manguin et Charles Camoin. Grand voyageur, des rives de la Méditerranée à la Scandinavie, Albert Marquet n’eut, semble-t-il, qu’un port d’attache : Paris. Du fauvisme, auquel il est associé à ses débuts, il garde la simplification des formes, des tons purs qu’il broyait lui-même et l’apparence d’improvisation. Une proximité qui ne l’empêche pas toutefois de garder son indépendance et de «peindre comme un enfant sans oublier Poussin», disait-il. En 1903, il suit ses parents dans leurs déménagements, avenue de Versailles et n’a qu’à regarder par les fenêtres. Les motifs sont là, entre la vue sur cette ex-route de Versailles ou de la Reine – ancienne section de la route nationale qui reliait la capitale à Bayonne – ou l’animation de la porte de Saint-Cloud, comme ils le seront, par tous les temps et à toutes les heures, quai des Grands-Augustins en 1905, place Dauphine l’année suivante, quai des Tournelles ou quai du Louvre. Du haut de son appartement, il livre ici une perspective audacieuse et le spectacle de la rue. À l’abri des curieux, il n’en observe que mieux les autobus qui passent, les piétons qui filent au pied des immeubles, silhouettes pressées, les arbres qui témoignent de la saison, la lumière qui avoue l’heure à laquelle a été réalisé le tableau. En subtil observateur, il suspend le temps, mêle l’homme à la nature sans se préoccuper des détails. Ses tableaux sont calmes, et même s’il participe au coup d’éclat de la salle des fauves au Salon d’automne de 1905, il baisse le ton très rapidement, sans perdre de vue Camille Corot et Claude Monet à qui allaient ses préférences.

Agenda
Haut la main, c'est un panneau de Juan Gris, Compotier et verre, 1916, qui devrait grimper sur la plus haute marche du podium. Il est attendu entre 2 M et 2,5 M€ (voir Gazette n° 44, page 6). À ses côtés, toujours au chapitre des tableaux XIXe et modernes, les plus plébiscités pourraient être une toile de Raoul Dufy de la période fauve, La Calèche à Falaise (380 000/450 000 €), un panorama de l'Avenue de Versailles, daté 1904 et signé Albert Marquet (350 000/400 000 €, voir Gazette n° 44, page 41), un Bouquet de lys et de roses dans un vase, 1862, d'Henri Fantin-Latour et une vue du Port de Boulogne-sur-Mer par Eugène Boudin (1891-1893) (160 000/180 000 € chacun). De Gudmundur Erró, Le Jugement de Pâris et l'école de Montmartre, une toile de 1966 réinterprétant l'un des chefs-d'œuvre de Rubens conservé au Prado pourrait être rendu entre 150 000 et 200 000 €, de Sayed Haider Raza, un ensemble d'acryliques se négociera entre 40 000 et près de 100 000 €. La patience des amateurs de flacons sera récompensée en fin de séance avec un ensemble de bouteilles de Bourgogne et de Bordeaux, pour lequel il faudra tout de même être prêt à débourser de 3 000 à 70 000 €. Des œuvres anciennes cédées en début de séance, un vase cratère de la manufacture de Sèvres vers 1847, orné de vues des châteaux des Tuileries et de Twickenham, est annoncé à 30 000/50 000 €, une commode de Mathieu Criaerd en laque de Chine à fond noir, décorée de bambous, pivoines et papillons, à 60 000/80 000 €, une Nature morte à la corbeille de raisins, datée 1660 et signée Paul Dorival, entre 170 000 et 200 000 €. Un résultat autour de 70 000/80 000 € pourrait enfin couronner une paire de coffres en noyer sculpté bourguignon d'époque XVIe, autour de 50 000/60 000 €, un bas-relief en marbre de même époque, mais de Venise, figurant le lion de Saint-Marc.
lundi 21 décembre 2020 - 02:00 - Live
Espace Matignon - 34, avenue Matignon - 75008
Kohn Marc-Arthur
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