La Bretagne vue par les peintres tchèques

Le 02 juillet 2020, par Agathe Albi-Gervy

Méconnu en France, Jan Zrzavý a consacré une part importante de son œuvre à la Bretagne, où il vécut plus d’une dizaine d’années en contact avec les avant-gardes parisiennes et la grande communauté tchèque du Finistère.

Jan Zrzavý (1890-1977), Boats in Port (Bateaux dans un port), 1929, tempera sur contre-plaqué, 27 35 cm.
Estimation : 1,6 MCZK (soit environ 61 500 €)

Malgré son caractère générique, ce paysage de 1929 a été peint par un homme qui connaît parfaitement ses secrets. Jan Zrzavý découvre d’abord la France par le biais de Paris, centre artistique dominant les premières années du XXe siècle et destination initiatique pour un jeune Tchèque désireux d’élargir son horizon comme son cercle. C’est donc à Paris, en 1906 ou 1907, que Jan Zrzavý apprend que Gauguin avait pris pour modèle la Bretagne. Il décide de s’y rendre et tombe amoureux du Finistère au point de s’y installer pendant plus d’une dizaine d’années, entre les années 1920 et 1930, jusqu’à ce que les accords de Munich, signant en 1938 le démantèlement de la Tchécoslovaquie, ne le blessent profondément et le contraignent à rentrer dans son pays natal, où il continuera à peindre la Bretagne d’après ses souvenirs. Peintre solitaire, il suit néanmoins l’évolution des courants artistiques de son temps. Sa vision onirique accouche de motifs simplifiés créant comme une suite de signes, un langage élaboré, un monde magique tout en rondeurs. Les barques figurent parmi ses motifs privilégiés. Camaret dans un premier temps, puis Locronan, Kermeur, les îles de Sein et d’Ouessant… Il recherche des lieux et des ports isolés ou déserts, des refuges qu’il peint bien plus volontiers que les figures humaines – sous son pinceau, les hommes deviennent des silhouettes énigmatiques, voire effrayantes. Le littoral breton est alors une terre d’inspiration pour toute une communauté d’artistes tchèques, dont les membres les plus célèbres sont naturellement Alfons Mucha, probablement invité en Bretagne par Sarah Bernhardt qui y possède un château, ou encore František Kupka, qui s’y octroie des séjours de plusieurs semaines. Une récente exposition, conçue en 2018-2019 par la Galerie nationale de Prague et le Musée départemental breton de Quimper, a mis à l’honneur ces artistes qui, dès les années 1850, ont pris le littoral occidental pour modèle.

Agenda
Dans cette vente fleuve généraliste, les tableaux tchèques des XIXe et XXe siècles sont prédominants. Deux amoureux de la France – si nombreux dans l'école locale au tournant du siècle – nous laissent ici la vue d'un champ normand traversé par trois vaches, capturée vers 1900 par le pinceau de Václav Radimský (650 000 CZK, soit environ 25 000 €) et une autre montrant un port breton en 1929, peint par Jan Zrzavý, l'un des plus grands représentants de la communauté tchèque en Bretagne (1,6 MCZK). Du fauve Václav Špála, on remarque une lumineuse nature morte au bouquet de fleurs, de 1935 (900 000 CZK), tandis que Karel Černý livre un paysage paisible de Bohême du Sud, peint en 1942 (850 000 CZK).
mardi 07 juillet 2020 - 16:00
Prague - Goetheho, 17-2 - 16900
Arthouse Hejtmanek
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