La Provence pittoresque

Le 25 mars 2021, par Claire Papon

Point de passage sur le chemin de l’Italie lors du Grand Tour, la Provence devient une destination à part entière au XIXe siècle. C’est le Britannique William Marlow qui nous sert de guide à Avignon.

William Marlow (1740-1813), Avignon, le pont Saint-Bénézet, huile sur toile, 37 54 cm.
Estimation : 12 000/15 000 

Sous un ciel pommelé de nuages se reflétant dans les eaux du fleuve, quelques pêcheurs s’activent sur leur barque. La palette de blanc, de bleu pâle et de brun est tout juste rehaussée par le vêtement rouge d’un personnage s’affairant sur la rive, non loin de l’artiste. C’est au célèbre pont Saint-Bénézet, toutefois, que revient le premier rôle. William Marlow fut à bonne école puisqu’il eut pour professeur Samuel Scott, peintre londonien spécialisé dans les marines et les représentations topographiques. Peu à peu, à partir de la fin du XVIIIe siècle, la Provence devient un véritable substitut à l’Italie. Si Richard Parkes Bonington acquiert la célébrité pour ses paysages de Normandie dans les premières années du XIXe siècle et William Turner pour ceux des Alpes françaises et suisses, William Marlow fut l’un des premiers artistes britanniques à voyager dans le sud de la France. Dès 1765, il suit la route conventionnelle de Paris à Chalon, poursuit le long du Rhône à Avignon, puis vers Nîmes et Marseille, pour naviguer probablement jusqu’à Livourne. Ses vues sont facilement identifiables, ses paysages pittoresques, les éléments architecturaux soigneusement rendus, comme le pont du Gard à Nîmes, celui de la cité des Papes ou la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. La majeure partie de l’œuvre de l’artiste est conservée dans des collections publiques et privées, et a été offerte à son retour en Grande-Bretagne, comme «souvenirs» pour ses clients britanniques.

Noblesse et longévité pour un daim d'époque Qianlong

Le 25 mars 2021, par Claire Papon

Figurant un animal que l’on retrouve à maintes reprises dans l’art chinois, ce bronze se distingue par ses dimensions et la qualité de sa ciselure.

Chine, époque Qianlong (1736-1795). Statue de daim en bronze à traces de dorure, debout, la jambe droite repliée, le pelage tacheté, 73 67 cm.
Estimation : 80 000/120 000 

Alice Jossaume, l’experte de la vente, est formelle : elle n’a jamais vu de sculpture de cette taille représentant un daim. Elle se dit frappée également par sa grâce, son élégante posture, sa patine, la finesse d’exécution, le traitement délicat des plis à la base du cou, les taches du pelage. Une telle facture semble trop précieuse pour envisager que notre animal ait orné l’un des jardins du palais d’Été. Cinq fois plus étendus que la Cité interdite, ceux-ci couvraient une superficie de 3,5 kilomètres carrés, où voisinaient espaces verts, pavillons, temples, galeries, lacs et œuvres d’art. Il semble plus probable que ce bronze ait été une œuvre destinée à un décor intérieur. De la dynastie des Han à nos jours, nombreuses sont les matières où l’on retrouve ce cervidé, seul ou en groupe, parmi les arbres et les rochers, dans diverses positions : cristal de roche, néphrite, encre sur papier, porcelaine, émaux cloisonnés, jades et racines de bambous, textiles, bronze… Boîtes, brûle-parfums, porte-encens, lampes, porte-miroirs, compte-gouttes accompagnant les lettrés dans leurs travaux d’écriture, le daim figure sur les objets de la vie quotidienne. Rien d’étonnant à tout cela. Emblème de la longévité et de la grâce dans la mythologie chinoise, son nom se prononce lu, et c’est un homophone du mot désignant les émoluments les faveurs, accordés aux officiels. Il incarne la richesse, la noblesse et le succès aux examens impériaux. Compagnon fidèle de Shou Lao, dieu de la longévité, et de la déesse Magu, l’animal est réputé vivre vieux et il est le seul capable de trouver le champignon de l’immortalité, le linghzhi. Si ses taches l’en différencient, le daim est parfois confondu ou associé au cerf, trophée de chasse pour les Mandchous, dont on utilisait les cornes pour réaliser du mobilier prestigieux. Notre bronze a été acheté dans les années 1950, chez un grand marchand parisien, et n’a pas quitté la famille du collectionneur. Reste à savoir où se trouve la femelle qui accompagnait – forcément – ce mâle aussi imposant que séduisant…

Agenda
Passés le chapitre des gravures et des dessins anciens (où figurent une Académie d'homme de profil à droite à la sanguine par Edme Bouchardon, 6 000/8 000 € et un album amicorum de 96 feuilles composé par la duchesse d'Hautefort, dame de compagnie de la duchesse de Berry, 20 000/30 000 €), voici une Sainte Famille et saint Jean-Baptiste attribuée à Giacomo Francia (10 000/15 000 €), et un Saint Paul attribué à Pompéo Batoni, reprise du tableau conservé au National Trust de Basilford Park dans le Berkshire (6 000/8 000 €). William Marlow nous emmène en Provence, à Avignon, devant le pont Saint-Bénézet, à la fin du XVIIIe siècle (12 000/15 000 €). On retiendra son souffle pour un bronze d'époque Qianlong figurant un daim pour lequel 80 000/100 000 € sont annoncés. Les faïences et les porcelaines (dont des statuettes de Meissen et de Louisbourg) précèdent les objets d'art et le bon mobilier XVIIIe. La couverture du catalogue revient à une paire de tabourets italien fin XVIIIe, en bois peint rouge et or, les angles à mufles de lion reposant sur des pieds en jarrets terminés par des griffes (3 000/5 000 €).
mardi 30 mars 2021 - 02:00 - Live
Salle 6 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Audap & Associés
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