La Révolution par les assiettes

Le 24 septembre 2020, par Claire Papon

Elles ne vont probablement pas tout bouleverser mais ces faïences révolutionnaires montrent combien les événements de 1789 stimulèrent l’imagination des céramistes.

Nevers, fin XVIIIe siècle. Assiette à bords contournés en faïence à décor polychrome d’une cage entourée des trois ordres, au-dessus un oiseau et en dessous «w la liberté», sur l’aile rang de perles stylisées, diam. 22,5 cm.
Estimation : 300/400 

L’ensemble présenté dans cette vente est constitué d’une centaine de pièces et cédé par la veuve du Dr Pierre Marie Sestié, décédé en 2010. Sa collection, réunie durant une cinquantaine d’années, s’accompagne ici d’un fer à repasser à décor de bonnets phrygiens (300/400 €) et d’une lampe à huile en métal daté de l’an X (200/300 €), témoins de son vif intérêt pour la période. Seules exceptions : deux saladiers aux décors classiques de L’Arbre d’amour et du pont de Nevers, à 2 000/3 000 € chacun. Estimées de 80 à 400 €, les assiettes à motifs révolutionnaires dont Nevers s’était fait une spécialité entre 1789 et 1799 sont à l’honneur. Si la palette des émaux, limitée par le mode de cuisson au grand feu, se compose des seuls bleu, vert, ocre et noir ou violet selon l’intensité, celle des motifs est beaucoup plus large : d’un coq tenant une pique coiffée d’un bonnet phrygien à l’angelot sonnant de la trompette avec un fanion marqué «la paix», en passant par une Bastille que protège un lion bondissant, le tombeau de Mirabeau, des médaillons entourant des cœurs enflammés ou des arbres de la liberté… Nombreuses aussi sont les pièces munies de messages : «Vive la nation», «La loi», «La Montagne», «La constitution acceptée par le Roi». L’une des plus prisées pourrait être ce modèle décoré d’une cage ouverte d’où s’échappe un oiseau, entourée des symboles des trois ordres –la pioche et le râteau pour le tiers état, l’épée pour la noblesse et la crosse pour le clergé – et surmontant la formule «w [vive] la liberté».

Agenda
La vacation se déroule sur deux jours (jeudi 1er et vendredi 2), classiques dans leurs programmes et quelques nuances près. Les tableaux anciens ouvrent le premier jour et notamment une paire de cuivres de l'Anversois Pieter Van Lint (1609-1690), David avec la tête de Goliath et David et Saül, tableaux à rapprocher de plusieurs œuvres de l'artiste telles son Renaud et Armide dont le personnage masculin est très proche stylistiquement du David avec la tête de Goliath (15 000/20 000 €). Autre paire, sur toile cette fois, celle de l'école française vers 1660, de l'entourage des Le Nain, La Préparation du repas et Les Joueurs de cartes, un ensemble pour lequel il faudra compter 12 000/15 000 €. On poursuit en vitrines avec une collection de faïences patronymiques mais surtout révolutionnaires  (est. 100 à 400 €), la fin de cette première séance revenant aux objets d'art et au mobilier classique. Place aux dessins (de Erté notamment, 30 projets de costumes et décor à la gouache pour les revues du cabaret Tabarin) et aux tableaux modernes où une vingtaine de dessins et huiles sur carton d'Auguste Chabaud (est. 150 à 5 000 €) précèdent un petit ensemble de Daniel Sabater y Salabert (1888-1951), surnommé "Le peintre des sorcières" pour ses tableaux inspirés du tragique et du grotesque (est. 300 à 3 000 €). Les amateurs d'arts primitifs tenteront leur chance sur un masque de ceinture uhunmwunekhue (Bénin) en alliage de cuivre conservé de longue date dans une collection parisienne (5 000/7 000 €). Des objets chinois, des bronzes et terres cuites (dont un Portrait de femme d'Albert Carrier-Belleuse, 10 000/15 000 €) et de l'art nouveau ferment la marche.
jeudi 01 octobre 2020 - 14:00 - Live
Salle 5-6 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Crait + Müller
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