L’art et la matière

Le 04 février 2021, par Claire Papon

Cette tapisserie est l’une des quatre tissées d’après un carton de Fernand Léger conçu en 1953.

Fernand Léger (1881-1955), Composition abstraite, tapisserie en laine à six couleurs, réalisée en 1962 sur métier de basse-lisse chez Tabard Frères & Sœurs à Aubusson, 195,5 394 cm.
Estimation : 80 000/120 000 

Inutile de chercher de quel tableau de l’artiste elle est la traduction, il n’existe pas. Cette tapisserie a été conçue comme une composition murale, non comme la transposition en laine d’une œuvre peinte. La maquette, réalisée en 1953, fait suite au Projet pour une peinture murale exécuté sur toile (114 195 cm) par Fernand Léger l’année précédente. Là n’est pas le seul atout de cette tapisserie. Ce n’est qu’après la mort du peintre que l’œuvre est tissée en basse-lisse dans les ateliers Tabard à Aubusson. Six exemplaires sont prévus. Quatre seulement verront le jour entre 1961 et 1962 : l’un appartient au musée national Fernand-Léger, à Biot, un autre est réalisé à l’initiative de Nadia Khodossiévitch – ancienne assistante du peintre et son épouse depuis 1952 – et de Georges Bauquier (1910-1997) –peintre lui-même mais aussi collaborateur de l’artiste, et initiateur de l’édification du musée du Var, à partir de 1958. Une troisième tapisserie n’est pas localisée. Quant à la nôtre, elle était gardée de longue date dans un hôtel particulier de Neuilly, à l’abri du soleil, mais non des regards. Elle est, de ce fait, livrée en bon état de conservation. Rares sont les œuvres de ce format et surtout celles dont le motif s’adapte aussi parfaitement au support. Preuve, s’il en était besoin, que Léger, était passé maître dans l’art d’opposer «des courbes à des droites, des surfaces plates à des formes modelées, des tons locaux purs à des gris nuancés», comme il l’expliquait en 1923.
Notre composition jouira-t-elle de la faveur dont bénéficient les tapisseries de Mathieu Matégot, Jean Lurçat ou Le Corbusier ces dernières années 
? Les amateurs de textiles devraient être sur les rangs, mais aussi ceux du mobilier de Charlotte Perriand, avec laquelle Léger entretenait une fructueuse proximité. Que le meilleur gagne…

Agenda
À défaut d'être assorti de la plus haute estimation, il ne devrait pas manquer de créer l'événement tant ses meubles sont rares sous le marteau… Comptez 80 000/120 000 € pour espérer repartir avec un meuble en bois noirci réalisé en 1911-1912 par le Viennois Josef Hoffmann (voir Gazette n° 3, page 6). Une même estimation est annoncée pour un lot connu des amateurs, une suite de quatre fauteuils modernistes de Louis Sognot et Charlotte Alix, présentés au premier salon de l'Union des artistes modernes en 1930 à Paris, mais aussi pour une tapisserie de Fernand Léger, tissée à quatre exemplaires chez Tabard à Aubusson. L'enchère espérée pourrait être aussi appuyée que la pièce est légère… Comptez 100 000/150 000 € pour un Grand nu de Jan et Joël Martel en lakarmé, sorte de plâtre laqué or. L'œuvre, conservée dans l'atelier juqu'à la disparition des deux artistes en 1966, et depuis 1969 dans une collection suisse, est annoncée à 100 000/150 000 €. Cette vacation, décidément très variée, comprend aussi un curieux coffre à jeux de cartes en forme de château, daté 1907, en bois recouvert de cuir de Nathalie Martin-Sabon (8 000/12 000 €), du mobilier 1900 (mouvement Dragestil) norvégien, en bois sculpté et peint d'après Gerhard Munthe (2 000/3 000 €), une boîte en ivoire sculpté d'une pieuvre d'Eugénie O'Kin (15 000/20 000 €). Sans oublier une Maternité en marbre blanc de Joseph Csaky (réduction du modèle créé en 1931) ayant appartenu à Pierre Vago (1910-2002), architecte, rédacteur en chef de L'Architecture d'aujourd'hui et membre de l'UAM (50 000/80 000 €).
vendredi 12 février 2021 - 02:00 - Live
Salle 1-7 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Ader , Ader Entreprises & Patrimoine
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