Les Madones de Cuno Amiet

Le 25 juin 2020, par Agathe Albi-Gervy

Sorte d’allégorie de la maternité proche des préoccupations symbolistes, ce couple mère-enfant a été peint par le Suisse Cuno Amiet pour le collectionneur Oscar Miller. Mais c’est finalement le grand amateur Willy Russ-Young qui l’acquiert près de trente ans plus tard.

Cuno Amiet (1868-1961), Mère et enfant, 1899, retravaillé avant 1904, tempera sur toile, 80 57 cm.
Estimation : 380 000/480 000 CHF

Sorte d’allégorie de la maternité proche des préoccupations symbolistes, ce couple mère-enfant a été peint par le Suisse Cuno Amiet pour le collectionneur Oscar Miller. Mais c’est finalement le grand amateur Willy Russ-Young qui l’acquiert près de trente ans plus tard.  Telle une Madone, cette mère tenant son enfant sur ses genoux adopte une monumentalité quasi sculpturale qui n’est pas sans évoquer les « Vierges à l’Enfant » de Raphaël, trônant devant des paysages s’étirant au loin. Les accointances de cette œuvre avec la Renaissance italienne sont renforcées par l’utilisation de la tempera sur toile, une technique traditionnelle déjà utilisée en Égypte antique : basée sur une émulsion, le plus souvent à l’œuf, elle est privilégiée par les Primitifs italiens avant d’être supplantée, au XVIe siècle, par la peinture à l’huile pure. De cette composition de Cuno Amiet, allégorie de la maternité influencée par le courant symboliste, il existe quatre versions, toutes exécutées entre 1897 et 1904 : l’une est conservée à la fondation Saner, deux autres au musée des beaux-arts de Saint-Gall, et la dernière est ici soumise aux enchères. Elle a été peinte en 1899 pour le riche industriel Oscar Miller (1862-1934), un homme de poids dans la région de Soleure – ville de naissance de Cuno Amiet – où il siégeait à divers conseils d’administration de la région. Sa collection, initiée en 1896, est particulièrement riche en œuvres de Cuno Amiet, Giovanni Giacometti, Ferdinand Hodler ou Hans Berger. Mais en 1900, Amiet doit reprendre sa toile souffrant de défauts de conservation, en particulier au niveau de l’horizon. Il peint donc une nouvelle version pour Miller et accroche l’ancienne dans sa propre salle à manger. C’est avant 1904 qu’il repeint la partie supérieure en retouchant les points faibles et en ajoutant une série d’arbres. Il finira par vendre, avant 1928, ce tableau à Willy Russ-Young (1877-1959), directeur de la fabrique familiale de chocolats Suchard et grand amateur d’art. Parmi les tableaux français et suisses réunis par Russ-Young, se trouve le plus grand ensemble de toiles de Hodler en mains privées. Conservateur au musée d’art et d’histoire de Neuchâtel de 1941 à 1950, sa passion pour l’art l’amènera à dilapider la fortune familiale dans la constitution de sa collection.

vendredi 03 juillet 2020 - 14:00
Zurich - Galerie Koller, 102, Hardturmstrasse - CH-8031
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