Toulouse-Lautrec fait cavalier seul

Le 25 mars 2021, par Claire Papon

Le talent n’attend pas le nombre des années, à en juger par l’âge de l’artiste, 16 ans, quand il peint ce cavalier enfourchant sa monture.

Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901),  Jeune cavalier enfourchant sa monture, huile sur panneau, 23,5 13,7 cm.
Estimation : 50 000/80 000 

L’œuvre, de petite taille, n’est pas signée mais monogrammée en noir par incision, et comporte au dos deux études de visages. Elle a fait partie de la collection Jacques Guerlain. Rares sont les œuvres de jeunesse de Toulouse-Lautrec, et peu fréquentes les peintures représentant des cavaliers. Né dans une famille aristocratique, le jeune homme pratique l’équitation et la chasse. Comme son père et ses oncles, il adore dessiner. Alors, quand un mal osseux incurable l’atteint, il surmonte son infirmité en s’acharnant au travail, recevant de René Princeteau – peintre animalier de talent et ami de son père – ses premières leçons. Ne pouvant plus les monter, il témoigne son affection aux chevaux en fixant leurs attitudes, sur le papier ou sur la toile. Très vite, à l’exemple de son professeur, il peint de fringants équidés et se démarque déjà par sa facture très libre, ses mises en page originales, un trait rapide et nerveux, une façon d’aller droit au but. À l’été 1878, des manœuvres militaires se déroulent près du château familial du Bosc, dans l’Aveyron. Il s’en inspire pour peindre son Artilleur sellant son cheval, conservé au musée Toulouse-Lautrec, à Albi, mais aussi de petits panneaux de bois et une vingtaine de dessins à l’encre de Chine destinés à illustrer un manuscrit de contes pour enfants de son ami Étienne Devismes. Toulouse-Lautrec montre ici son talent dans la représentation de la morphologie de l’animal, dont la croupe puissante s’oppose à la silhouette fluette du cavalier, sa pose acrobatique. Le sens de l’observation dont il fait preuve anticipe l’humour si caractéristique de son œuvre parisienne à venir. On ne sera peut-être pas si surpris de savoir qu’un certain Frantisek Kupka, futur peintre du mouvement, vint consulter au milieu des années 1890 celui qui était perçu comme l’homme qui avait brisé l’immobilité de l’image, celui que la vitesse, le galop des chevaux et les formes jaillissantes des cavaliers captivaient.

Agenda
C'est pour une œuvre de jeunesse d'Henri de Toulouse-Lautrec, Jeune cavalier enfourchant sa monture que pourrait être prononcée la meilleure enchère. Elle est estimée 50 000/80 000 €. D'Edgar Degas, une Étude de mains pour le portrait de mademoiselle Dubourg (madame Fantin-Latour) au crayon noir est espérée autour de 40 000/60 000 €. Notre feuille a fait partie de la collection Paul-Louis Weiller, comme un panorama de La Frette, village vu des hauteurs en bord de Seine dans l'ouest parisien (30 000/40 000 €) et Le Nil à Assouan, Égypte (40 000/50 000 €) d'Albert Marquet. On disputera à hauteur de 70 000/100 000 € un Buste de Jean Fautrier de 1956 (huile sur papier), à 12 000/18 000 € une Marine à l'île de Groix de Ladislas Slewinski reflétant, par sa lumière pâle et sa simplicité plastique, l'influence du synthétisme mais aussi le caractère mélancolique du peintre, à 15 000/20 000 € une séduisante vue de la Falaise d'Étretat datée 1887 et signée Claude-Émile Schuffenecker, entre 5 000 et 7 000 € successivement deux feuilles d'étude de Pierre Puvis de Chavannes à sujet de personnages. Comptez 40 000/60 000 € enfin pour une toile attribuée à Pierre Auguste Renoir, Deux grenades, figues et prunes.
vendredi 02 avril 2021 - 04:00 - Live
Salle 6 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
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