Chef-d’œuvre de porcelaine impériale chinoise

Le 11 juin 2020, par Claire Papon

D'époque Qianlong, ce vase de la plus grande rareté l'est autant par sa provenance impériale que par son décor.

Chine, époque Qianlong (1736-1795). Vase en porcelaine émaillée polychrome et or à décor de fleurs de lotus dans leurs rinceaux et de motifs de brocart, anses en forme de dragons, marque en rouge de fer à six caractères en zhuanshu sur fond bleu turquoise, h. 26,3 cm.
Estimation : 600 000/800 000 

Son estimation devrait être dépassée et son acquéreur a toutes les chances de venir de Chine. Notre vase (voir l'article La porcelaine, l’autre creuset de l’éclosion des influences occidentales en Chine de la Gazette n° 10, page 6) en concentre toutes les caractéristiques : son fond jaune – couleur de l’empereur –, sa forme rare à double bulbe – évoquant celle de la jujube dont les graines sont un symbole de la fertilité masculine –, l’abondance et la variété de son décor – où se mêlent frise de choux, rinceaux, fleurs de lotus, de chrysanthèmes et d’anémones – et surtout cet assemblage géométrique triangulaire sur la panse et sur le col. Connu sous le nom de «rizières», il évoque les champs juxtaposés et est peut-être un emprunt aux textiles damassés de l’époque Qianlong (1736-1795), eux-mêmes inspirés des tissus du XVIe siècle. Les vêtements façon «patchwork» étaient censés garantir une croissance harmonieuse aux enfants qui les portaient, ce qui en faisait un motif populaire sous les dynasties Ming et Qing. Ce dessin peut également évoquer le tissu des vêtements des moines bouddhistes, en référence à celui porté par l’Éveillé, formé de haillons cousus ensemble. Il se dit que notre vase aurait été un cadeau pour l’anniversaire de l’empereur Qianlong… Aucune certitude bien sûr, mais l’on sait en revanche combien ce dernier, grand amateur de porcelaines, encouragea l’innovation technique et la créativité, notamment avec la production des émaux dits «yangcai». À savoir, selon Tang Ying (1736-1753), céramiste renommé à la manufacture impériale de Jingdezhen, des «porcelaines sur lesquelles une nouvelle technique empruntée à la méthode de peinture occidentale est utilisée». L’utilisation d’un ombrage dans le rendu du décor vise à renforcer sa profondeur, tout comme les motifs de brocart peints, se détachant sur une teinte rose plus claire. Ajoutons enfin que ce vase a été collecté par un officier français lors d’une expédition en Chine au XIXe, et qu’il est demeuré depuis dans sa famille.

mardi 16 juin 2020 - 14:00 - Live
Salle des ventes Favart - 3, rue Favart - 75002
Ader
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