L’Afrique du Sud selon Pierneef

Le 06 février 2020, par Agathe Albi-Gervy

C’est une première : une maison de ventes s’associe, le temps d’une vacation thématique, avec une consœur du continent africain. Clou de la vente, ce paysage du Sud-Africain Jacobus Hendrik Pierneef.

Jacobus Hendrik Pierneef (1886-1957), Baobabs with Soutpansberg in the Distance (Baobabs avec le Soutpansberg au loin), 1920, huile sur panneau, 70 98 cm.
Estimation : 6/9 MZAR (soit 378 000/567 000 €)

La parisienne Piasa et la sud-africaine Aspire orchestreront les multiples coups de marteau depuis Cape Town, en marge de l’Investec Cape Town Art Fair, foire d’art contemporain africain qui réunit, du 14 au 16 février, environ quatre-vingt galeries spécialisées, tant locales qu’internationales. Dans la vente aux enchères seront représentés aussi bien la Côte d’Ivoire avec l’artiste Aboudia (8 000/10 800 €) et le Cameroun avec Marc Padeu (5 000/8 000 €), que le Congo avec Chéri Samba (14 000/18 900 €) ou le Soudan, à travers le peintre Salah Elmur (12 000/16 000 €). Précurseur de la peinture contemporaine sud-africaine, Jacobus Hendrik Pierneef domine la sélection avec cette huile de 1920, l’une des rares œuvres aussi précoces dans sa carrière à apparaître en vente publique. Fils d’émigrés néerlandais, né à Pretoria, Pierneef capture l’esprit et l’essence des paysages environnant Johannesburg, dans une gamme harmonieuse qui aide le regard à se porter au loin, jusqu’à la ligne d’horizon. Le baobab, motif récurrent dans son œuvre, incarne la force et la longévité de cette nature des régions basses d’Afrique que le peintre apprécie tant. Les branches sinueuses dessinant comme une auréole ne sont pas sans évoquer l’influence du Jugendstil hollandais qui l’a profondément marqué pendant ses études à la Rotterdam Academy en 1901. Des arabesques exacerbées encore davantage dans un paysage de Stellenbosch daté de 1928, lequel a apporté à Pierneef son record aux enchères en atteignant, le 5 juin 2017 chez Strauss & Co, la somme de 20,5 MZAR (soit environ 1,6 M€), plus de trois fois son estimation basse. L’absence de toute présence humaine et le style froidement géométrique développés par Pierneef dans ses paysages lui valent d’être parfois rapproché de l’idéologie nationaliste afrikaner – il a, dans son enfance marquée par la Seconde Guerre des Boers, dû fuir Pretoria avec sa famille pour se réfugier aux Pays-Bas jusqu’à sa majorité.

vendredi 14 février 2020 - 14:00
Cape Town - 170 Buitengracht Street - 8001
Piasa
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